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CHAPITRE SIXIÈME

pratiques religieuses que la race judaïque. Les Juifs une fois connus, il semble donc qu’on doive les connaître à tout jamais-, et, tels on les voyait en ces temps lointains, tels en effet les retrouvions-nous hier à notre porte -, assertion qui se vérifie d’elle-même si nous rapprochons l’un de l'autre deux épisodes que près de quatre siècles séparent, et qui semblent , au point de vue religieux et moral , réclamer une seule et même date! Le second , tout retentissant encore sous le nom du Père Thomas, s’est passé de nos jours, et l’aimée 1475 forme le millésime du premier, par lequel il importe de commencer notre récit.

L’enceinte de la ville de Trente , que le dernier concile œcuménique rendit célèbre dans les fastes de l'Église, renfermait trois familles juives dont les chefs se nommaient Tobie, Ange et Samuel; et, chez ce dernier, demeurait un vieillard h longue barbe du nom de Moïse. Le mardi de la semaine sainte, c’est-à-dire le 21 avril 1475, ces Israélites se réunirent dans la maison de Samuel, dont une partie formait la synagogue. Et, comme ils devisaient ensemble, Ange de s’écrier tout à coup : « Rien ne nous manque pour la Pâque, en vérité, si ce n’est une chosel Une seule! — Et laquelle donc? » Ils se regardèrent et se comprirent!... Ce qui manquait, c’était un enfant chrétien que les Juifs avaiént l’habitude « d’égorger en mépris de Notre-Seigneur , et dont ils mangeaient le sang mêlé à leurs azymes... »

La victime se trouva sans peine; mais en quel endroit accomplir ce sacrifice si méritoire en Israël? Chez Tobie? chez Ange? Non; ceux-ci refusèrent; leurs maisons, trop étroites, ne permettaient guère de dérober aux domestiques une action si grave et si longue. On s’en tirerait mieux et plus sûrement chez Samuel. — « Lazare, dit Samuel à son domestique, si tu as l’adresse de me dérober un petit chrétien, je te donne à l’instant deux ducats. » — Mais Lazare eut peur, prit ses hardes, et s’enfuit dans une terre étrangère.

Le jeudi, les Juifs dirent en synagogue 'a Tobie, qui pra-

tiquait la médecine : « Nul mieux que vous ne peut nous servir, car vous vivez dans la familiarité des chrétiens-, vous ne leur causerez aucun ombrage , et nous vous récompenserons généreusement... » Le péril était grand-, Tobie refusa. Mais la communauté voua sa tète aux exécrations, et iü synagogue lui fut à jamais interdite s’il hésitait k se dévouer. Les promesses jointes aux menaces le déterminèrent; il obéit, et l’on convint que, jusqu’à l’exécution de ce complot, les portes des Juifs ne se fermeraient point h clef, afln de faciliter au médecin le rapt de l’enfant.

Tobie sortit donc vers le soir; il fit la rencontre d’un petit garçon de vingt-neuf mois, d’une beauté parfaite, et qui se nommait Simon, L’enfant fut attiré, caressé, puis enlevé et soigneusement caché; car les parents et la population avaient aussitôt pris l’alarme : Qu’est-il devenu? Qui donc aurait commis ce rapt? Il faut le- chercher chez les Juifs!

les Juifs l’auront volé pour le crucifier Ainsi se disait-

il; mais la nuit survint.

Un profond silence régnait. Les Juifs conduisirent l’enfant dans un vestibule; et l’un d’eux. Moïse, qui passait |K)ur savoir le temps de la venue du Messie , le reçut sur ses genoux. Ce fut là le chevalet de la torture. Samuel lui serra le cou de son mouchoir, afin d’étouffer ses cris ; d’autres lui tinrent les mains, d’autres les pieds et la tête, tandis que Moïse, armé d’un couteau, le circoncit. Aussitôt après, il se prit à le tenailler et à lui arracher la chair, dont une coupe recevait les lambeaux; puis cbacun à son tour fit ce que Moïse avait fait, et le sang qui coulait/ut recudUi dans des écqelles. Mais le mouchoir enroulé autour du cou de Simon se relâcha , et le râle sortant de la gorge à peu près libre , inquiéta les Juifs. De leurs mains appliquées sur sa bouche ils se hâtèrent de le suffoquer, et l’enfant parut à moitié mort. Moïse, alors, l’implacable vieillard, assit Samuel à sa gauche ; ces deux hommes étendirent violemment en forme de croix les bras de la victime, et les Juifs, armés de poinçons^ vinrent à l’envi le percer de coups, du sommet de*la

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