CHAPITRE SIXIEME
lêle au bout des pieds. » Voilà , voilà comment nous avons tué Jésus, le Dieu des chrétiens! ainsi soient à jamais confon<dus nos ennemisl... » Et l’enfant rendit le dernier soupir,, après avoir résisté plus d’une heure à cet atroce supplice... Les Juifs aussitôt lavèrent le sang de son corps, et, de cette eau, ils aspergèrent leurs maisons, chacun se sentant heureux de pouvoir s’en laver les mains et le vi.sage
Mais nous croyons devoir interrompre un instant le cours de ce récit par une réflexion que les Pharisiens modernes nous adressent aujourd’hui même, afin de nous faire ofliciellement savoir ce qu’ils sont, de même que le Pharisien de l’Évangile croyait devoir $e faire connaître à Dieu, lorsque, se tenant fièrement debout, il lui adressait ce langage t « Mon Dieu, je vous rends grâces de ce que je ne suis point comme le reste des hommes, qui sont voleurs, injustes et adultères; ni même comme ce publicain! » Tandis que a le publicain , au contraire , se tenant éloigné , n’osait même pas lever les yeux au ciel , mais frappait sa poitrine et disait: Mon Dieu, ayez pitié de moi, qui suis un pécheur'.»
Les continuateurs et les apologistes des Pharisiens nous disent donc, en septembre J867 : « La dureté et la cruauté ne se rencontrent que chez les payens-, mais les descendants d’Abraham, les Israélites, à qui Dieu a révélé sa doctrine si parfaite et prescrit des lois si justes, sont animés de bonté envers toutes les créatures. Dieu, à qui nous devons nous efforcer de ressembler, n’est-il pas miséricordieux?... C’est là, en efiet, le caractère dominant en Israël; et, s’il a été qualifié de peuple à la nuque dure *, on peut, avec non moins de vérité , l’appeler peuple au cœur tendre. Ses vices sont parfaitement rachetés par ses qualités , qui reste-
' Evang. S. Luc, ch. xviii, v. 13.
* Le Seigneur dit à Morse : Ce peuple a la tête dure, et non pas la nuque, ce qui serait absurde : Populus duræ cervicis es; Exode, ch. xxxiii, V. 3-5; XXXII, 9: xxxiv, 9. L’Evangile se fait encore mieux comprendre : C’est à cause de la dureté de votre cœur que Moïse vous a peiTOude renvoyer vos femmes; «ad duritiam cordis vestri.» S. Matth., ch. XIX, V. 8. Les faits nous disent si Moïse et l’Evangile peignent plus exactement les Juifs qu’ils ne se peignent eux-mémes.
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ronl jusqu’aux derniers siècles comme un témoignage en sa faveur. Oui! cet Israël était vivement pénétré des sen-
timents de la fraternité humaine etc., etc. »
Or, nous répétons une fois encore qu’il ne s’agit nullement dans ces pages de l’Israélite observateur de la loi de Moïse. 11 ne s’agit en vérité pour nous que du Juif qui se donne pour l’homme « au cœur tendre, et pénétré des sentiments de la fraternité humaine » ; mais qui cède aux vœux de sa loi religieuse lorsqu’il croit que son devoir est d’égorger un chrétien, un enfant sans défense, et de s’ en approprier le sang. Or , ce Juif qui tout à l’heure va se voir poursuivi par la justice musulmane et par l’indignation du représentant de la France, pour avoir immolé le Père Thomas (en 1840), ce Juif est exactement celui (pii s’entend accuser d’avoir (en 1475) martyrisé le jeune Simon dont la disparition soudaine alarme et fait trembler les chrétiens.
Aussi voyons-nous les magistrats de Trente qui le cherchent, accompagnés de son père et de sa mère, se livrer à d’actives perquisitions, et la maison de Samuel est-elle de fond en comble visitée; mais nul œil n’y découvre le corps du petit martyr, caché qu’il est sous la paille dans un grenier. Chez cet homme, cependant, et chez tous les autres Juifs sur qui peuvent s'arrêter les soupçons, l’agitation devient extrême. La justice, d’un moment 'a l’autre, va mettre la main sur la victime, se dit-on, et signaler à la vindicte publique les coupables. On s’épuise en vains conseils; une résolution succède k l’autre, et le parti se prend enfin de jeter le cadavre dans le canal. — On l’y jette. Mais aucun des efforts de le tenir au fond de l’eau ne réussit, et ce témoin accusateur revient sans cesse à la surface.
Hors d’eux-mêmcs, et 'a bout d’inventions, les assassins s’imaginent alors faire preuve d’habileté en dénonçant, eux les premiers, à l’évêque, la découverte de l’enfant que les chrétiens continuaient de chercher. Le voiPa donc! On s’empresse auprès du cadavre; on le recueille, on l’examine;
• Vie de Hillel l’Ancien, XVIII, Arch. israél., p. 8i5, etc.; 4867.