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CHAPITRE SIXIÈME

mais, à la vue des plaies affreuses qui couvrent ses membres, un cri de douleur et d’indignation s’échappe de la poitrine de l’évêque : Ah! Seigneur! ce crime ne peut avoir été commis que par un ennemi de la foi chrétienne!

Le renom de tout homme le suit; c’est là son auréole ou son ombre. L’accusation du public s’attache donc aux Juifs. On les sépare les uns des autres; on les interroge; leurs réponses ont toutes les discordances du mensonge et leur

visage trahit les cruelles fluctuations de leur âme Le

chef de la magistrature ne veut d’ailleurs négliger aucun indice; et, curieux de se renseigner pertinemment sur les motifs de cette opinion populaire, il fait venir un certain Jean qui , sept ans avant la perpétration de ce crime , était devenu de Juif chrétien.

«C’est une coutume des Juifs, dit Jean, le mercredi de la semaine sainte , de faire des pains azymes et d’y mêler le sang d’un enfant chrétien. Le jeudi et le vendredi, ils mêlent ce sang à du vin. Quand ils béni.ssent leur table, ils y ajoutent des malédictions contre le Christ, contre la foi chrétienne, et prient Dieu de faire tomber sur les chrétiens les plaies dont il a frappé l’Égypte '. Je me rappelle, dans ma jeunesse, avoir souvent entendu dire à mon père que, dans Ja ville de Tongres, les Juifs avaient.conspiré quarante ans auparavant, et qu’ils avaient égorgé un enfant chrétien pour en employer le sang à leur pàque. Mais leur iniquité s’était enfin révélée, et l’aveu de leur crime en avait conduit quarante-cinq dans les flammes. Mon père, qui parvint à s’échapper avec quelques autres, eut la chance de pouvoir s’établir en ce pays »

Ces paroles donnèrent aux investigations de la justice un surcroît d’activité. Les Juifs, afin de parer le coup, eurent recours à la ruse, et usèrent de dénonciations perfides, mais sans parvenir à détourner les soupçons. Leurs frères des

‘ Id., fiaronius, Annal. eccL, ann. 1320, XXVt. .Maledictiones quoque gravissimæ, etc., ann. 1286, XXIV : Vel potius in execrationibus, etc.

pays étrangers s’efforçèrent alors, mais vainement, de faire briller des monceaux d’or aux yeux des juges , aux yeux de l’évêque lui-même et du prince Sigismond d’Autriche. Le monde, comme dans l’affaire du Père Thomas, Jut remué par leurs intrigues, et les plus habiles jurisconsultes mirent h leur service leur science et leur astuce. Mais Dieu ne permit pas l’impunité d’un crime si noir. Ils furent condamnés, roués vifs et brûlés. Deux des moins coupables demandèrent le baptême , le reçurent et furent simplement décapités.

Les princes de la certitude historique , les Bollandistes , ont rapporté ce drame avec une profusion de détails du plus haut intérêt , mais que le besoin de la brièveté nous force d’omettre'. Aujourd’hui, quatre siècles environ se sont écoulés depuis la date de ce crime*, mais nous en relevons les traits principaux, et nous en retrouvons le m.obile en par- . courant quelques-unes des pièces qui nous sont offertes, et dont se compose l’histoire aussi tragique que récente du Père Thomas de Damas, et de son domestique.

L’Orient est le pays de l’immobilité -, c’est la patrie de la nation juive et du Talmud. Rien n’y change, ou plutôt, rien n’y changeait hier encore; car, aujourd’hui seulement, le mot de Bossuet commence h s’étendre h cette partie du monde que nous voyons devenir semblable au reste de la terre, où « la loi du pays est la loi même du changement! » C’est que Dieu marque d des signes particuliers la fin de cer-

‘ Nous ajouterons toutefois à ce fait un argument dont ceux qui savent la prudence des hauts conseils du catholicisme nous sauront gré : c’est que la multitude des miracles qui s’opérèrent sur les reliques de l’innocent que les Juifs avaient martyrisé, engagèrent de son côté le pape Grégoire XIII à inscrire les lignes suivantes dans les fastes sacrés de l'Eglise : « A Trente, passion de saint Simon, petit innocent, cruellement égorgé par les Juifs en haine du Christ, et qui ensuite brilla par beaucoup de miracles. » Le plus grand homme de son siècle, Sixte-Quint, le seul homme qu’Elisabelh d’Angleterre eût daigné se donner pour époux, s’il eût pu se marier; ce grand pape, disons-nous, autorisa plus tard, en 1588, le cardinal Madruce, évêque et prince de Trente, à célébrer la fêle du saint dans son diocèse, en y attachant une messe propre et un office spécial. Bollandistes, Acta SS., 24 mart. — Hist. univ. de Eglise, t. XXII, p. 260; Paris, 1852. — Eglise et Syn., voir p. 119, 294, et de 269 à 296, une multitude de faits pareils.

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