‹ Le juifChapitre 116 sur 312 · CHAPITRE SIXIÈME. ÎOI · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME. ÎOI

Père Thomas compte au nombre de ses amis. » Le soir commence : on l’accueille avec affection, et bientôt surviennent les deux frères de D***, puis un de leurs oncles, et deux Juifs qui comptent entre les plus notables de Damas. Tout à coup, le Père Thomas, saisi par ces gens k l’improviste, est bâillonné, garrotté, puis enlevé, transporté dans un appartement éloigné de la rue, et l’on y attend la fin* du jour. La nuit tombe, et avec elle arrive un rabbin, accompagné du barbier-saigneur S***, sur lequel les sacrificateurs ont compté pour l’accomplissement de leur projet. — « Allons, S***, égorge-nous cet homme, nous t’attendions. » — Mais le barbier pâlit , le cœur lui manque , et il se récuse. Les sacrifiants, déçus dans leur espoir, prennent le parti d’étendre â terre le Père Thomas, et le plus pieux des Juifs de Damas, l’honnéte D*^*, faisant contre fortune bon cœur, se résigne k lui scier lui-méme la gorge avec un couteau. La main lui tremble cependant! bientôt même il faut que son frère A.*** le remplace, tandis que le barbier se contente de tenir la barbe du Père, dont le sang est recueilli dans un vase pour être envoyé plus tard au grand rabbin. Il s’agit ensuite de faire disparaître les traces de ce meurtre. Les officiants se mettent donc k brûler les habits de la victime, dont les chairs sont hachées en menus morceaux et les os brisés sous le pilon; après quoi cette pâte humaine est jetée dans un cloaque.

Cependant les recherches commencées par le domestique du Père Thomas ont alarmé les Juifs, et sept des plus notables de Damas, entre lesquels trois rabbins, décrètent l’urgence de faire disparaître cet homme. Ils le guettent , le saisissent, le sacrifient de la même manière qu’ils ont sacrifié son maître, et ne conservent de sa personne que tout juste ce que convoitait leur foi talmudique : son sang!

Déjk « plusieurs de ces divers attentats, nous dit le même historien, quoique connus etprouvés, étaient restés sans poursuites de la part de la justice, k cause ^le la prépondérance de certains Juifs dans le gouvernement. » Mais, cette fois, la justice.

ÎO* LES JUIFS.

informée par le consnl de France, obtint après « les procédures ordinaires et légales du pays, » et sur les débris presque fumants des victimes, les aveux des coupables.

A cette nouvelle qui les bouleverse , « les Juifs d’Europe jettent les hauts cris, non contre les coupables, mais contre la victime; mais contre le consul français, mais contre la justice. » Digne du noble pays qu'il représente, le consul de France « a fait courageusement son devoir en dépit de leurt offres, de leurs promesses et de leurs menaces. Les Juifs demandent b son gouvernement sa flétrissure et sa destitution... Ils offrent en même temps des sommes énormes aux employés des consulats français pour supprimer les pièces de la procédure* •,... » mais la vérité ne se laissera point étouffer , elle bravera tous leurs efforts.

Après avoir extrait d’une si grave histoire de l’Église ce récit sommaire et ces traits généraux , nous croyons devoir entrer dans quelques-uns des détails caractéristiques de cette monstruosité, que jamais les Juifs ne nièrent avec une unanimité plus audacieuse qu’à l’époque actuelle-, et, sans parti pris que nous voulons être, nous puiserons nos documents aux sources mêmes de la justice, et sous la garantie de M. Laurent, qui publia les pièces du procès.

Le premier interrogatoire, et c’est par là que nous entrons dans notre sujet, est celui du barbier. Pressé qu’il est de questions, il se décide, « après de nombreux faux-fuyants et de manifestes hésitations , à franchement avouer ce qui soit : »

« me fit venir -, j’allai chez lui , j’y trouvai le khakam (rabhin), etc., etc., et le Père Thomas qui était lié.

et son frère A*^*, me dirent : « Égorge ce prêtre. » — Je répondis que je ne le pouvais pas. « Attends, » me dirent-ils, et ils apportèrent un couteau. Je jetai le Père par terre, et, le tenant avec un des assistants, je plaçai son cou au-dessus d’une grande bassine. D*** saisit le couteau, l’égorgea, et

‘ Rohrbacher, HUtoire universelle de l’Église, t. XXVIII. p. 683 ; Paris. 4 858.

CHAPITBE SIXIÈME. *03

A.*** l’acheva. Le tang fut recueilli dans )a bassine, sans qu’il s’en perdit une goutte-, après quoi, le cadavre fut traîné de la chambre du meurtre dans la chambre au bois. Lk, nous le dépouillâmes de ses vêtements, qui furent brûlés ; ensuite arriva le dometüque » et les sept susnommés nous dirent « de dépecer le prêtre. » Nous demandâmes comment s’y prendre pour faire disparaître les morceaux^ ils nous répondirent ; « Jetex-let dan» le* conduits. » Nous les dépeçâmes-, nous en mimes les débris dans un sac, et, au fur et k mesure, nous allâmes les jeter dans les conduits, puis noos retournâmes ches D***. L’opération terminée , iis dirent qu’ils marieraient le domestique k leurs frais, et qu’ils me donneraient de l’aident. Alors je m’en fus chez moi. »

... Fort bien, mais les ossements pouvaient vous trahir-, qu’avez-vous fait de ces os? « Nous les avons cassés sur la pierre, avec le pilon do mortier. » — Et de la tête? — « Nous l’avons également brisée avec le même instrument. > — Vous a-t-on payé quelque chose? — On m’a promis de l’argent, en me disant que si je parlais on déclarerait que c’est moi qui l’ai tué. Quant au domestique, on lui promit de le marier, comme je viens de le dire. »

— Et comment était le sac dans lequel vous mettiez les débris? — « Ck>mme tous les sacs k café, en toile d’emballage, et de couleur grise. » — ... Qu’avez- vous fait des entrailles? — U Nous les avons coupées, noos les avons mises dans le sac , et nous les avons jetées dans le conduit. — Le sac ne laissait-il pas dégoutter les matières contenues dans les entrailles? — Un sac k café, lorsqu’il est mouillé, n’est pas sujet k laisser dégoutter ce qu’il renferme... — Le portiezvous seul? — Le domestique et moi nous nous entr’aidions, ou nous le portions tourk tour. — « Lorsque vous avez dépecé le Père, combien étiez-vous? combien aviez-vous de couteaux? et de quel genre étaient ces couteaux? — Le domestique et moi nous le dépecions , et les sept autres noos indiquaient la manière de s’y prendre. Tantôt je coupais, et tantôt

c’était le domestique; nous nous relayions lorsque l’un ou l’autre était fatigué. Le couteau était comme ceux des bouchers-, c’était le même qui avait servi pour le meurtre... — Sur quel pavé avez-vous brisé les os? — Sur le pavé entre les deux chambres. — Mais en brisant la tête, la cervelle dut en sortir? — Nous l’avons transportée avec les os... » — A quelle heure, à peu près, le meurtre a-t-il eu lieu, et combien s’est-il passé de temps jusqu’à la complète effusion du sang?... — Je crois que le meurtre a eu lieu vers le letchai. « Le Père est demeuré au-dessus de la bassine jusqu’à l’entière effusion du sang, l’espace d’une demiheure ou de deux tiers d’heure... Quand nous eûmes terminé toute /’opérafton, il pouvait être environ huit heures, plus ou moins'. »

Le domestique futà son tour interrogé, et ses réponses concordèrent exactement avec celles de , avec les réponses

des autres accusés, et avec tous les faits de l’enquête*. La justice se mit alors en devoir de vérifier l’endroit où les Juifs avaient jeté les débris : la pâte d’os et de chair de leur vieil ami le Père Thomas, a On découvrit le canal, et l’on trouva à l’entrée des traces de sang et des filaments de chair... Les ouvriers qui descendirent dans le conduit en tirèrent plusieurs fragments de chair, une rotule, un morceau du cœur, des débris du crâne, d’autres morceaux d’os et des parties de la calotte du Père. On mit le tout dans une corbeille, et ou consigna ces débris au consul de France pour les faire examiner par des médecins, après que le pacha les eut vus, qu'il les eut montrés aux accusés et en eut fait constater la nature’... »

* Dépouillement des pièces authentiques, qui sont déposées au ministère des Affaires étrangères, à Paris, et, par conséquent, faciles à vériBer. T. Il, p. 24 à 31, ihid., 399; Relation historique des affaires de Syrie, depuis 1840 jusqu’en 1842, et procédure complète dirigée en 1 840 contre les Juifs de Damas, etc., etc. , par .Achille Laurent, membre de la Société orientale; 2 vol., Paris, Gaume frères, 1846. Ouvrage disparu. Voir ci-dessus.

2 Lire à la suite, t. II, ib.

3 Ib., p. 37, 38.

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