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CHAPITRE SIXIÈME

Cat', le lendemain de la découverte des restes du P. Thomas, M. le consul de France, accompagné de M. Beaudin', des religieux de Terre sainte, du Père François, Capucin, et du sieur Salina, médecin, était allé rendre visite h M. Merlato. La conversation ayant roulé tout le temps sur le double assassinat du Père Thomas et de son domestique, M. Merlato,... élevant le verbe de manière h être entendu de tous, avait dit : « qu’il croyait bien que, pour le plus grand nombre, un sentiment de fanatisme avait inspiré le crime; mais qu’il pensait que, pour certains d’entre eux, leur coopération pouvait avoir eu pour mobile l’idée de trafiquer sur le lang. Puis, se tournant vers le consul de France... : « C’est d’après celte conviction que j’ai fait prier Chérif Pacha, — gouverneur général de la Syrie , — de faire espionner ?**■*■, et, si besoin est, de faire fouiller sa maison *. »

A cette page , nous devons ajouter une partie importante de la lettre que M. Pierre Laurella, consul d’Autriche k Beyrouth, adressait a M. Joseph Bellier, agent consulaire de la même nation k Latakieh : « Je ne sais si vous avez su l’horrible assassinat fait par les Juifs de Damas sur la personne du R. Père Thomas, Capucin, et de son domestique. Je vous remets copie de ce que m’écrit M. Merlato, consul autrichien. Cependant il ne faudra pas en faire une publicité (mo); vous en comprenez sans doute la raison '. »

Or, voici quelle était la lettre de M. Merlato ; « Damas, 28 février 1840. — Le croirait-on? Dans la maison de l)w commis l’horrible assassinat du Père Tho-

mas! Cesinfkmes, au nombre de trois frères, d’un oncle de M^* A***, d’un barbier et d’un domestique, ont égorgé

^ Chancelier du consulat de France, et négociant i Damas.

Ib., t. II, p. 207. M. Merlato ayant reçu des ordresdu consul général d’Autriche à Alexandrie, ainsi que les directions de M. E*** P***, consul général d’Autriche à Alep, « qui lui imposèrent une nouvelle manière de voir dans cette affaire, dit M. Laurent, se fit l’avocat des Juifs. » Laurent, ibid., p. 2t6-2t7. Des exigences diplomatiques l’obligèrent-clles à ce changement de front? Nous ne le jugeons point; et notre unique recherche est 1a vérité quant au fait principal.

8 Ib., p. 288-9.

l’inforluné vieillard, et mont recueilli le sang. Ensuite, ayant mis le cadavre en tout petits morceaux et brisé le crâne et les ossements, ils jetèrent le tout dans un conduit du quartier juif. Le susdit barbier et le domestique déclarent le tout, et quatre autres, jusqu’à présent, ont également avoué. Ces derniers sont au nombre des complices. Les restes du défunt furent retrouvés à l’endroit indiqué par les déclarants, dont trois disent que le crime résulte des principes religieux. On cherche maintenant à découvrir où a été caché le sang. On ignore encore la trace du domestique assassiné, mais on suppose qu’il a eu la même fin dans quelque autre maison de ces brigands,.... etc. '. »

Supposition très-juste, car on ne tarda guère à savoir ce que M. le consul Merlato ignorait à cette date. Bientôt, en effet, les soupçons conçus s’étaient changés en certitude, et, le 22 avril suivant, M. le comte Ratti Menton, consul de France à Damas, l’homme généreux dont la conduite dans cette déplorable affaire reçut dans la Chambre des représentants de la France un si juste tribut d’éloges officiels*, écrivait à Chérif Pacha : « Je dois ajouter de nouvelles informations sur les intrigues pratiquées par les Juifs , et sur les mouvements qu’ils se donnent... J’expose donc à Votre Excellence qu’un Juif, intermédiaire de ses coreligionnaires, a demandé, par l’entremise du protégé d’un autre consulat que le mien, à s’aboucher avec le sieur C*‘*‘*‘, et à se réunir tous les trois pour traiter une affaire importante. Celte réunion a eu lieu de mon consentement , afin de connaître le but de l’intermédiaire juif. Celui-ci a formulé quatre propositions. La première stipule la « cessation de toute traduction des livres juifs, parce que., disait-il , c'était une humiliation pour la nation ’. » La deuxième corrobore la première.

‘ Ib., t. II, p. 289-290.

^ 2 juin, à l’occasion du cbap. ni des Affaires étrangères, Chambre des députés.

^ Les nouvelles reçues par l'autorité sont que le vice-roi a donné l’ordre de tenir bon contre les Juifs ; et les gens sensés parmi ceux-ci « n’ont pas l’espoir de démentir ce qui a été prouvé contre eux relali-

CHAPlTRIi: SIXIÈME.

La troisième est une « intervention auprès de moi pour obtenir de Votre Excellence la mise en liberté du mâallem „ La quatrième, enfiu, « sollicite l’adoption dejiùesures propres à obtenir un jugement moins sévère en faveur des condamnés, par la commutation de la peine de mort en toute autre punition. »

Ces quatre points obtenus, on payait cinq cent mille piastres : savoir, « cent cinquante mille comptant au moment de la ratification , et les trois cent cinquante mille restant après que tout serait terminé. restait libre de partager la somme totale avec qui bon lui semblerait. »

Le sieur demandant au Juif où se prendraient les cinq cent mille piastres en question... le Juif répondit que « cette somme ne devait être prise sur personne, mais qu’elle se trouvait prête dans la caisse de la synagogue, appelée caisse des pauvres! » Signé : Comte de Ratti-Menton Quant à J*** ce protégé de l’Autriche que son consulat avait abandonné d’abord aux exigences de la légalité, il H chercha constamment par son attitude audacieuse , en se prévalant du nom du gouvernement autrichien et de celui de ses supérieurs, à en imposer à la justice égyptienne et k encourager ses coaccusés. » Sa réponse* est d’ailleurs « calquée sur celle que fit M. Merlato a M. de Ratti-Menton vers le 7 mars, lorsque s’éleva un conflit entre ces deux consuls relativement à la compétence de Chérif-Pacha. Le consul d’Autriche, qui avait consenti sans difliculté k l’incarcération de P*** dans la prison du gouvernement local , déclara au consul de France, lors de son revirement, qu’il ne le laisserait pas juger par l’autorité égyptienne, mais qu’il l’enverrait au tribunal de ses supérieurs. Il n’expliqua pas si c’était

vement à la traduction de leurs livres, faite par quelques-uns d’entre eux au Pacha, et qui prouve que le sang de tous ceux qui travaillent le jour du sabbat (chrétiens ou musulmans) leur appartient. » /6.,II, p. 292.

‘ Laurent, ibid., t. 11, p. 88-90. Sous ce nom de Caisse des pauvres existe donc une caisse nationale semblable à la caisse à Perrelte du Jansénisme, à celles des sociétés occultes, et commise aux bons soins de la Synagogue.

«Voir p. 174.

k ses supérieurs d’Alep, d’Alexandrie, de Constantinople ou de Vienne ' ! »

Cependant M. le consul de France restait inébranlable dans les voies du devoir et de l’honneur. Sa conduite fut donc attaquée par les Juifs et par leurs protecteurs. « Pour défendre les Juifs, nous dit M. Hamont, les consuls d’Autriche ont attaqué la réputation d’un magistrat français! C’est un moyen étrange, mais il n’atténue pas l’accusation qui pèse sur les protégés des Autrichiens. Nous avons lieu de nous étonner qu’un consul général d’Autriche , homme instruit, versé dans les mœurs des Orientaux, ait demandé

que l’affaire fût examinée dans des formes spéciales Et

que sont donc les Juifs de Damas pour qu’on fasse en leur faveur une exception à la règle générale? D'impitoyables usuriers, des sangsues affamées, des irafiqueurs sans honte, comme tous ceux qui habitent l’Orient*. »

Mais, hélas! dès que « l’on examine avec attention ce qui a été publié sur la disparition du Père Thomas, on éprouve un sentiment pénible Un honorable magistrat, le repré-

sentant de la France, insiste* auprès des lieutenants de Méhémet-Ali pour que justice soit rendue; et qu’arrive-t-il P Les Juifs d’Europe crient au meurtre, à l’assassin! On diffame M. de Ratti-Menton -, la communion des Juifs, que protège

le consulat d’Autriche, jette des cris de détresse et,

parce que des enfants d Israël sont allés d Europe en Égypte, un voile épais a été tiré sur cette scène de sang’, » et la justice a suspendu son cours.

« Les Juifs de Damas ont offert de l’or à M. de Ratti- .Menton, et l’or a été refusé’-, w mais cet irrésistible agent, sorti de la caisse nationale, ainsi que la dénomme M. le consul de France, s’est mis eu campagne, et la cause hébraïque a

' Laurent, ibid., t. Il, p. 219.

^ Hamont, l’Egypte sous Méhémet-AU , 2 vol. in-8“, t. I*', p. 375; Paris, 1843.

® Les représentants du judaïsme occidental ; voir plus bas, Hamont, l’Egypte sous Méhémet-Ali, p. 171 ; Paris, 1843. Laurent, t. Il, p. 338.

* Laurent, ib., t. II, p. 339.

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