CHAPITRE SIXIÈME
trouvé des défenseurs! Le membre de la Société orientale qui jette au beau milieu de notre public l’étourdissante et complète procédure de cette affaire, M. Achille Laurent, nous affirme que ces défenseurs « ont été pour la plupart achetés largement' ; » et, de son côté, l’un des hommes qui possèdent le mieux le monde judaïque et le Talmud , l’ancien rabbin Drach, prononça cette accablante sentence ; « Les assassins du Père Thomas, conraincus de leur aime, ont été soustraits k la vengeance de la loi par Us efforts réunis des Juifs de tous Us pays Vargent a joué U principal rôle
dans cette affaire *. »
Mais que ce d^^i de justice , que la suspension des lois de l’État soient ou non le résultat du travail de cet or et le fruit des exigences de la politique, y a-t-il pour cela rien de changé dans la nature des pièces, des aveux et du jugement qui donnent k ce crime une accentuation si brutale, une physionomie si nette et si rude? Nous nous contentons, pour toute réponse, de placer devant l’investigateur des autorités qui répondent personnellement de leurs paroles et de leurs actes -, cette lâche une fois remplie , nous laissons k chaque lecteur, s’il lai plaît, le soin de se poser en juge! Mais ce que nous devons formuler, c’est que, dans le camp des ennemis de l’Église et des sociétés occultes, les arrêts favorables k Israël et insulteurs pour la France ne se firent guère attendre , et nous distinguerons entre les patrons de ces Juifs que poursuivait notre consul indigné, le digne ami de M. de Cavour, Maxime d’Azeglio, dont la science et Uimpartiaiiîé se résument dans les paroles suivantes :
« Les accusations de cruauté, de meurtres d’enfants, de magie, portées contre les Israélites en des temps moins civilisés, sont des fables epi ne peuvent trouver créance k une époque aussi éclairée que la nôtre. Le triste fait arrivé k
‘ Laurent, t. II, p. 266. Journal de Toulouse, 10 juillet 1840.
* Harmonie entre l’Eglise et la ^nagogue, t. I*”', p. 79; Paris, 1844. La grave Histoire universelle de l’Eglise de Rohrbactier nous a tenu le même langage, t. XXYIII, p. 684, et XXIX, p. 247, etc.; Paris, 1852
Damas en 1840 , dont la vérité a été révélée et la justice obtenue par sir Moïse Montefiore et par le jurisconsulte Crémieux montre précisément que de pareilles extravagances ne peuvent avoir de partisans que dans une société grossière et ignorante * . »
Toutes pétries d’audace et d’ignorance que semblent cire de telles paroles, nous nous garderons de les négliger, et nous nous demanderons comment il se fit qu’au moment décisif, la justice, après s’être si franchement prononcée, ait trompé l’attente universelle et suspendu ses dernières vindictes? Le voici :
De retour au Caire, Chérif-Pacha , le magistrat suprême et le gouverneur général de la Syrie, ne cessait de raconter « a qui voulait l’entendre les circonstances du meurtre. H assurait que les Juifs avaient assassiné les chrétiens pour en avoir le sang » El nul plus que ce haut magistrat ne devait se sentir eu droit de formuler a haute voix ses convictions, car il s’était scrupuleusement entouré de tous les moyens d’investigation que mettait h sa portée l’étendue sans bornes de son pouvoir discrétionnaire. Sa conduite « ayant été constamment dirigée par des sentiments de loyauté, » cet éminent fonctionnaire tenait k honneur qu’il fût impossible « de suspecter ses sentiments un seul instant, » et le résultat de l’affaire dirigée par ses soins avait été que, de seize Juifs impliqués dans l’assassinat du Père Thomas et de son domestique, deux étaient morts dans le courant de la procédure , quatre avaient obtenu leur grâce pour avoir fait des révélations, et dix avaient été condamnés à mort *.
L’exécution des condamnés devait suivre, et eût immédiatement suivi le prononcé de la sentence, si le consul de
' Grand maître de l’ordre maçonnique, et Israélite.
* L'Eglise et la Synagogue, p. 266, etc., 1859; même discours dans la bouche de sir Robert Peel ; car la politique et le monde occulte ont leurs mystères, qui ne sont que trop souvent les mêmes.
* M. Hamont, l’Égypte, ib„ p. 274. Laurent, ib., t. Il, pi 339.
' Laurent, ibid., t. II. p. 223. Voy. leurs noms, ibid., t. II, p. 250, etc.
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France, M. de Ratti-Mcnton , ayant l’idée assez singulière de donner h cet arrêt la sanction de l’approbation la plus solennelle , n’eût obtenu l'envoi de la procédure au fils de Méhémet-Ali , k Ibrabim-Pacha , généralissime des troupes égyptiennes en Syrie. Ce délai changea la face des choses, sauva la vie des condamnés^ et parut, aux yeux des gens étrangers k l’Orient, remettre en question la justice de l’arrêt-, car ce fut le moment précis où les délégués des Juifs d’Europe, où les représentants de la toute-puissance judaïque en Occident arrivèrent en Égypte. Ces hommes habiles et entreprenants adressèrent aussitôt leur supplique k Méhémet-Ali, sollicitèrent la révision de la procédure, s’entendirent avec ce souverain, et lorsqu’ils se, présentèrent k l’audience, ce prince leur dit; « Les prisonniers sont libres; la, protection la plus large sera accordée k vos frères; c’est mieux, je pense, que Ui révision et les enquêtes! Le voyage de Damas n’est pas sûr aujourd’hui ; refaire un procès, d’ailleurs, c’est réveiller entre chrétiens et Juifs des haines que je veux éteindre. Je vais dire aux consuls ma volonté; ce soir même j’adresserai mes ordres k Chérif-Pacha.... J’aime les Juifs; ils sont soumis et industrieux; j’accorde avec plaisir k leurs délégués cette preuve de sympathie *. »
Voici cependant les termes du iirman de Méhémet dont les Juifs furent réduits k se contenter : « Par l’exposé et la demande de MM. Mosès Montetiore et Crémieux, qui se sont rendus auprès de nous comme délégués de tous les Européens qui professent la religion de Moïse, nous avons reconnu qu’ils désirent la mise en liberté et la sûreté pour ceux des Juifs qui sont détenus et pour ceux qui ont pris la fuite au sujet de l’examen de l’affaire du Père Thomas, moine disparu de Damas*, lui, et son domestique Ibrahim. Et comme , à cause d’une si nombreuse population , il ne serait pas convenable de refuser leur requête, nous ordonnons de mettre
' P. 251 à 254. Les mots de grâce, de culpabilité et d’innocence furent évités dans le flrman ; cet acte de haute et suprême volonté annulait la condamnation légale des criminels.
^ Mais dont les restes étaient retrouvés.
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en liberté les prisonniers juifs, et do donner aux fugitifs la sécurité pour leur retour, etc., etc. ‘ »
Ce que les Juifs sollicitaient, et leurs plus folles espérances ne pouvaient s’élever plus haut, Méliémet-Àli le concède k la toute-puissance judaïque ; c’était la liberté des condamnés et le silence de la justice. Renouveler l’enquête eût été folie de leur part^ car alors la France, représentée dans l’Orient par son consul, se fût vue, jusque sous le gouvernement si peu chatouilleux de Louis-Philippe, obligée de tenir cloués sous les regards du monde entier tous ces Juifs, la tête basse, les yeux et la barbe dans le sang des victimes! Et ces condamnés, soumis a la honte d'une seconde enquête que 1a France entière eût suivie, eussent-ils pu faire un mouvement sans éclabousser de ce sang leurs hauts et nombreux protecteurs? ^
Le silence, chez les Israélites européens, un instant après cette insigne faveur, eût été l’adresse suprême! Mais ce fut Ik ce que les Juifs, ardents k faire retentir tous les échos de l’Europe de la tapageuse innocence de leurs condamnés, n’eurent jamais le tact de sentir. Leur principal avocat, M‘ Crémieux , eut , il est vrai , le mérite de protester d’une voix généreuse contre les détestables et féroces superstitions de ses coreligionnaires orthodoxes; mais son bonheur, nous ne saurions dire son triomphe dans cette malheureuse affaire, ne fut point modeste; les Juifs, sans doute, ne l’eussent point permis! Ils ne le permettent point encore, et la pression qu’ils exercent sur ceux qui les servent est irrésistible. Un jour, en effet, tout naguère, et c’était en pleine assemblée judaïque, en l’an de grâce 1864, cet orateur, qui sait le côté faible des siens et les illusions de leur orgueil , revient tout k coup sur ces accusations douloureuses, humiliantes, et tonne de sa voix la plus forte : Arrière enfin, s’écrie-t-il, les préjugés « de cette contrée où s’était réveillée vingt ans auparavant , contre les. Juifs, cette niaise et abominable calomnie qui les représente comme pétris- ■ Laurent, ib., 1. 11, p. 254 à 255. Pièces ^ridiqa».