CHAPITRE SIXIÈME. S
saat aux fêtes de Pâque le pain azyme avec le sang des chrétiens; calomnie qu'au nom des Juifs de tout l’univers, — ajoutait-il , — sir Mosès Montefiore et moi , avons abolie devant le tribunal de ce grand Méhémet-Àii, dont l'esprit égalait le courage ‘ ! »
Plus aveugles que leur avocat, et d’une audace que nous n’oserions qualiâer, les écrivains les plus orthodoxes du judaïsme français osaient hier encore se permettre, à l’endroit do ministre historien qui glorifia devant la Chambre des députés la vigueur du consul de France contre les Juifs de Damas, une plaisanterie que, par respect pour nos lecteurs, nous nous excuserions de rapporter si le goût et le style, si l’aveuglement et l’opiniâtreté judaïques ne s’y peignaient en traits inimitables :
« Un fait curieux! Les jours de Rosch Hascbana, on a sonné du schofar dans l’hôtel M***, qui est voisin de M. Thiers. Le grand homme a été surpris, saisi, ellVayé de ces sons étranges et lugubres. Il croyait peut-être que le jour du jugement était arrivé, que le Dieu des Juifs allait lui demander compte de sa condmte déplorable dans l’affaire de Damas, et que les victimes des Jésuites, sollicitant en vain les secours du consul de France, protégé deM. Thiers, sortaient sanglantes de leurs tombes pour crier vengeance*. »
Et certes, si la pudeur eût seulement permis dt donner un signe d’intérêt à ces misérables, que n’eût point fait en faveur des Juifs de Damas le gouvernement du souverain qui , dans un de ses épanchements libéraux , leur avait dit en audience publique : « Ainsi que l’eau qui tombe goutte h goutte finit par percer le rocher le plus dur, de même l’injuste préjugé qui vous poursuit s’évanouira devant les progrès de la raison humaine et de la philosophie ' ! »
‘ Archives israélites, recueil religieux, moral et littéraire..., t. XXV, p. 519, in-8»; Paris, 1864.
L’Univers israélite, II, p. 52, octobre 1866. Voilà le ton et l’audace de ces revues, où reviennent sans cesse les noms du P. Thomas et du petit Mortara.
3 Bédarride, ib.. Des Juifs, p. 430. — Un de nos amis fut chargé par
Mais le monarque dont M. Thiers fut le ministre avait entre les mains quelque chose de plus irrécusable et de plus fort que les clameurs de Juda; car, nous dit le grave auteur de V Histoire universelle de l’f^glise, « toutes les pièces du procès furent envoyées à la cour de P" rance'. »
Elles y furent envoyées, et si l’influence qui domine dans les révolutions, où les Juifs ont toujours une part immense, ne les a point fait disparaître , elles y sont encore ; car le livre qui les a reproduites quatre ans avant le bouleverse-, ment de 1848, c’est-à-dire quatre ans avant l’époque où l’Israélite Crémieux fut un des souverains provisoires de la France, se termine par cet avis au lecteur que nous rapportons pour la seconde fois :
« Tous les documents relatifs à la procédure dirigée contre les Juifs de Damas , accusés du double assassinat du Père Thomas et de son domestique Ibrahim-Amurab , étaiu déposés auministère des affaires étrangères, il sera facile de constater l’exactitude des procès-verbaux, notes et piècesjuridiques qui sont en tête de cette troisième et dernière partie*. »
Le lecteur aura donc toute facilité de s’édifier-, et peutêtre alors ces paroles de M. Hamont lui paraîtront- elles celles d’un homme de sens. « Si dans notre France, — pays
le gouveiliement de 1 S30 d’une importante mission dans les Etats de Méhémet. Nous croyons même que le but principal de cette mission était de savoir de ce prince, et des principaux personnages initiés à la conduite de cet affreux procès, les faits positifs et les circonstances déterminantes de cette odieuse affaire. Autant que ses devoirs de discrétion le lui permirent, ce très-consciencieux personnage répondit à nos questions, entra dans certains détails, et nous affirma que nul, en Orient, ne révoquait en doute cet assassinat. Cet homme grave, que nous devons nous abstenir de nommer, est encore plein de vie; il pourrait parler et peut-être mieux faire I
Nous reçûmes, en présence de quelques amis, un témoignage analogue de la part d’un voyageur sérieux, sénateur de l’Empire, et que ses investigations avaient retenu quelque temps à Damas. Mon domestique, nous dit-il en outre, y faillit avoir le sort du Père Thomas; il ne se tira d’affaire que grâce à sa force musculaire et à une rare présence d’esprit.
‘ Rohrbacher, t. XXVllI, p. 684; Paris, 1852.
* Ach. Laurent, membre de la Société orientale, Relation historique des affaires de Syrie depuis 1840, etc., etc., t. II, p. 399.