‹ Le juifChapitre 133 sur 312 · CHAPITRE SEPTIÈME. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME. S

sonnes zélées lui envoient la farine dont il fait du pain-^ il pétrit Ini-même la pâte , sans que personne sache qu'il y met du sang, et il envoie le pain k ceux à qui appartenait la farine!

— Votre réponse ne nous a pas fait suffisamment comprendre comment l’emploi du sang d’une personne peut être permis? — C’est le secret des grands khakhams; ils connaissent cette aifaire, et la manière d’employer le sang.... » Ce que nous savons, nous, c’est que le mode de cet emploi varie; c’est qu’il est multiple; c'est, en outre , que dans les azymes le sang n’est pas toujours pétri avec la farine; qu’on se borne quelquefois à en mettre sur le pain « une couche, un enduit », comme pour le dorer. C’est Ik ce que nous aideront k saisir quelques paroles deBen-Noud, Juive connue fort au loin : paroles que nous allons entendre , et qui sont confirmées par le témoignage de l’un de nos plus distingués voyageurs en Orient, M. le comte de Durfort- Civrac. Nous engageons le lecteur k parcourir sa lettre entière, k l’adresse de l’incorruptible consul de France, M.de Ratti-Menton , et nous y lisons ces mots :

La Juive Ben-Noud , fille de Mourad , natif d’Âlep , nous affirme « se rappeler parfaitement avoir vu, k l’âge de six k sept ans, dans la ville d’Antioche, et dans la maison où elle logeait, deux enfants suspendus au plafond par les pieds. » Elle courut effrayée prévenir sa tante-, la tante répondit que c’était une punition infligée aux enfants, et la fit sortir, afin de détourner son attention. « A son retour, les corps avaient disparu, mais elle vit le sang dans l'un des vases que les Arabes appellent kghen, et dont ils se servent pour laver le linge '. »

Huit ans plus tard, en 1834, elle demeurait k Tripoli chez une parente, et fut témoin dans cette ville d’une horrible scène dont aucun détail ne s’échappa de sa mémoire. Du haut d’une terrasse où elle était inaperçue , elle vit un

* Lire ibid. Interrog., etc., t. II, p. 45, 58, 323, 319.

i34 LES JUIFS.

chrétien, vieillard h barbe blanche, invité parles Juifs, avec lesquels il trafiquait, k venir manger des oranges dans une petite cour attenant k la synagogue. On lui offrit le narghileh, l’eau-de-vie, le café, puis, au moment où il se voyait combler de politesses, quatre ou cinq Juifs se jetèrent sur lui, lui bandèrent la bouche avec un mouchoir, le garrottèrent et le pendirent par les pieds. » Ainsi fut-il laissé depuis neuf heures du matin jusqu’k midi; car il s’agissait « de lui faire rendre par le nez et par la bouche l’eau dont l’évacuation est nécessaire pour que le sang acquière le degré de pureté qu’exige l’emploi auquel on le destine. » Au moment où le vieillard était près d’expirer , moment qu’il importe de veiller avec un grand soin , « les Juifs lui coupèrent le cou avec un de ces couteaux dont les rabbins se servent pour égorger les victimes , et le corps resta suspendu jusqu’k ce que tout le sang fût tombé dans une bassine. »

Trois ans après, Ben-Noud vint k Latakié chez un de ses oncles;... et, tant qu’y dura son séjour, on leur envoya régulièrement d’Alep le pain azyme nécessaire pour la pâque. Or, il en est de deux espèces, dit-elle : « Le mossa , et le mossa giiesira '. » Semblable au premier, le second contient en outre un enduit de sang humain, mais d’une quantité trop minime pour communiquer k la pâte un goût prononcé. « Les Juifs mangent de ces pains azymes pendant les sept jours de leur pâque ; ils ne se servent du mossa que lorsque le mossa gucsira vient k leur manquer. »

« Pendant la nuit qui précède leur pâque , il y a trèn-peu de familles juives qui ne crucifient un coq. On lui cloue les ailes k la muraille, et on le tourmente de toutes les manières; chacun des assistants vient le percer avec une pointe de fer, pour tourner en dérision la Passion de .fésus-Christ , et par conséquent pour s’y associer de cœur; « tout cela se fait avec de grandes explosions de rire. »

I/année passée, cette cérémonie barbare s'accomplit dans ' Guesira signifie, dit-on, égorger, en syriaque.

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