CHAPITRE HUITIÈME
maichc tlii .Fuif. Car, au point de vue religieux , et par conséquent moral, le Juif était immobile, sa croyance était immuable; le dogme talmudique, en un mot, plus solide que la Divinité, se trouvait, d’après la parole des rabbins, aiHlessus de Dieu lui-même. El voici que tout d’un coup, après dix-huit siècles d’inébranlable fixité, tout change, tout s’ébranle, tout se meut; signe éclatant d’une époque nouvelle et présage d’événements grandioses I
Mais ce que nous nous proposojis avant toute chose de relever pour le moment , ce ne sont peint les conséquences de ce fait inouï, c’est le fait lui-même ; c’est le changement énorme, l’incroyable révolution que quelques brèves années amenèrent dans la croyance du Juif; c’est la marche qui soudain l’éluigna de la source talmudique où il puisait sa foi; marche inégale, il est vrai, dans les contrées diverses que peuplent les lils de Jacob; car, à peine sensible dans les régions de l’Orient, elle est d’une rapidité si prodigieuse dans certaines régions occidentales, que nous ne saurions mieux en comparer l’allure qu’au pas précipité des déroutes.
A nous donc aujourd'hui, puisqu’ils ont marché, de savoir ce que sont et cc que deviennent les Juifs, ces hommes dont la religion, toute seule hier encore, constituait la nationalité; car ii’est-ce pas chose étrange, prodigieuse, que de voir en un clin d’mil un tel peuple se décomposer, et, conservant dans son noyau le plus irréductible son orthodoxie primitive, se former tout ù coup en 'orthodoxes bâtards, eu croyants épris du progrès, en philosophes libres penseurs, c’est-à-dire en membres chez lesquels le lien religieux brisé ne laisse plus subsister d'autre attache que celle de la race, de la parenté, du sang.
Au-dessous de l’indissoluhlc noyau des purs talmudisants, cette primitive et antique catégorie dont naguère se composait exclusivement le corps judaïque, il nous faut donc aujourd’hui ranger les incroyants de nouvelle école et les nouveaux croyants; mais d’abord ceux qui, daus les États les plus policés de l’Europe, tiennent à se conserver le nom
LES .lüIFS.
d’orthodoxes, malgré la distance, malgré l’abîme qui les sépare des Juifs de la véritable orthodoxie; ces vaillants des traditions pharisaïques dont nos chapitres ont assez fréquemment déjà reproduit les paroles et les actes. Hier encore, sous nos yeux (1827-1844), ces fidèles talmudisants qui peuplaient nos grandes villes traitaient la femme en être infime ; ils chassaient sans pitié de leur toit le professeur assez irréligieusement délicat pour refuser d’initier ses jeunes élèves aux monstrueuses obscénités du Talmud-, et ces enfants, dociles aux leçons de leurs pères, attendaient 5vec impatience l’arrivée du Messie , prêts à livrer au pillage, pour fêter sa bienvenue, les boutiques de la ville de Strasbourg ' 1 Certes, si l’orthodoxie nouvelle et modifiée ne nous semble plus mériter le renom de l’antique orthodoxie, qu’elle en reçoive nos félicitations sincères! Mais, en la félicitant de ce qu’elle cesse d’être , bâtons-nous de nous former une idée précise de la physionomie sous laquelle elle nous apparaît; alors nous sera-t-il donné de peser dans d’assez justes balances ses pauvretés et son mérite!
A l’indéfinissable scandale de l’Univers ismélite, organe de cette orthodoxie mitigée, mais qui conserve ses prétentions k la scrupuleuse pureté des doctrines, l’illustre rabbin Jellinek , qui semble la piquer au vif par cette apostrophe , s’est écrié du haut de sa gorge : « Dans ce seul siècle il n’est presque pas un seul homme, voulant améliorer l’éducation de la jeunesse , relever les formes du service divin , propager la culture de la civilisation, avancer le progrès pour le bien des Juifs, qui n’ait senti les pointes du fanatisme juif. Nous avons des lamentations sur les persécutions que les Juifs eurent à supporter de la part d’autres peuples, mais l’élégie racontant comment des membres du judaïsme ont lâchement humilié et cherché à perdre les plus nobles hommes de leur peuple , qui avaient consacré à son éducation et k son élévation toutes leurs forces , cette élégie n’est pas encore composée La fureur religieuse... se place
‘ Voir plus bas, chap. Messie; 1827.