CHAPITRE HUITIÈME
avec l’épée nue devant la porte de l’instruction et de la conversion , inaccessible comme tout autre fanatisme religieux à toute discussion calme... »
Telles sont les paroles qui blessent au cœur l’antique et la nouvelle orthodoxie et que nous dénonce dans toute l’amertume de son langage l’Univers üraélite, effrayé du progrès dont le cours menace de l’emporter, et qui, luimême pourtant , s’est mis en marche ‘ !
C’est qu’en vérité les temps changent, et même pour Israël, ô prodige! Jadis l’autorité talmudique avait triomphé de l’autorité de Moïse, et le Talmud avait effacé la Bible. Maintenant, nous disent avec jactance les hommes du progrès judaïque, voici que les effluves de la liberté chassent devant elles les nuages de l’immobile orthodoxie... Bien mieux, « ceux que l’on appelle réformateurs veulent, d’un seul coup, se débarrasser de toutes les entraves, et le Talmud, qui depuis son apparition avait joui «fane autorité incontestée », se voit « dédaigné et repoussé », rendu responsable des souffrances antérieures... de la nation juive; enfin c’est à lui que s’applique, en le retournant, le mot célèbre de Sieyès : « Qu’a-t-il été.? Tout! Que doit-il être? Bien. » Ah ! c’est trop peu maintenant, en vérité, si l’on ne renie la foi judaïque; mais aussi quelle mesure obsener’?
Aucune, nous dit la raison; car dès qu’un livre nous est proposé comme divin, une seule tache, une seule erreur, et la moindre que l’on y découvre, signale en lui la faiblesse humaine ou le mensonge, et le tue. Il faut qu’il en meure; et l’organe de l’orthodoxie boiteuse du judaïsme, l’Univers israélite, en confiant aux vents tapageurs de la publicité ses lamentations, ne formule que les justes conséquences des énormités aperçues enfin, et montrées du doigt par des fils même d’Israél dans le Talmud. Nul étonnement dès lors si, d’après la propre parole des nouveaux orthodoxes, « l’affaiblissement graduel de la conscience religieuse fait dispa-
*’Nous donnons les paroles textuelles; VI, p. 242, 1868.
2 Lire Archives israélites, XII, p. 242, etc.; 1867.
raîlre au dedans de la communauté toute vie Israélite , et fait dire au dehors que le judaïsme n’est plus une religion, mais une simple étude archéologique, une chose vieillie, une chose morte ! »
C’est pourquoi le judaïsme n’est plus qu’un cadavre, et vainement Israël s’efforce-t-il de le ranimer en le réchauffant de sou vieil amour. L’amhition l’emporte chez lui sur la foi , et parmi les frères divisés vous entendez celui qui conserve un reste d’orthodoxie reprocher en termes amers aux hommes du progrès que, « contrairement à la plus simple loyauté^ à la plus vulgaire bonne foi, on se fasse nommer chef et prince du judaïsme lorsqu’on montre pour toutes scs lois un dédain éclatant; lorsqu’on foule aux pieds le drapeau de son propre^ égiment ; « lorsque enfin, devant être gardien de Jérusalem, on vit « dans le camp payen ' ! »
Le journal protestant la Croix se borne donc à mettre au jour nue vérité d’évidence lorsqu’il exprinlb, en pays civilisé, « le peu d’idée qu’on se fait de l’énergie qu’il faut pour demeurer Israélite orthodoxe*. »
Il est notoire, en effet, que, dans les régions les plus libérales de l’Europe, non-seulement « l’antique code de Moïse et le Talmud strictement orthodoxe ne sont plus du goïït de la majorité », mais que les simulacres memes de l’orthodoxie offusquent des myriades d’Israélites. C’est assez dire, ce m<semble, « qu’un grand schisme s’est élevé entre les réformistes et les orthodoxes de toutes nuances*. Il s’eu faut toutefois que cette dissidence profonde, et que l’on eût jugée un crime impardonnable il y a quelques années, empêche aujourd’hui les deux partis de s’entendre sur d’autres points et de fraterniser. Car les réformistes et les ortho-
' Univers israélite, XII, p. 538-39; <866; id. suprà.
La revue judaïque réplique avec un spirituel à propos « qu’on se fait également peu d’idée de la robuste bonne volonté qu’il faut poirdemeurer chrétien tout en niant le Christ! » Unimrs israélite, V. p. 196 ; 1867. Car, aujourd’hui, la plupart des ministres du protestar. tisme nient la divinité du Christ 1 ^ ylrc/i/ues Israélites, p. 563 ; 1 866.