‹ Le juifChapitre 14 sur 312 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

grand que d'exceller en tout ce qui était en estime chez les Grecs. Due dangereuse émulation s’y excitait entre eux, car ils étaient jaloux des coutumes de ces payens, et affectaient d’étrc en tout semblables à ceux qui avaient été les mortels ennemis de leur pays ’ . »

Or, chez les Juifs, la religion et la loi n’étaient qu’une seule et même chose! S’adonner aux mœurs abominables des Gentils, toucher aux prescriptions des livres Mosaïques, modifier les usages dont ils étaient le code sacré, c’était profaner et violer la loi. L’apostasie commença donc, vers l’époque où nous sommes remontés, k devenir commune; et, malgré le nombre des vrais adorateurs, malgré les saints et les martyrs qui témoignèrent de leur fidélité par l'effusion de leur sang, tout se corrompit dans la nation. Puis, grâce ’a cette honteuse décadence du sacerdoce et du peuple, grâce ’a l’étrange savoir faire et â la magistrale hypocrisie des Pharisiens, les traditions et les doctrines de ces novateurs se mêlèrent jour â jour aux traditions sacrées des patriarches et des prophètes.

Et cependant ces doctrines, ces constitutions que l’histoire ne peut nommer traditionnelles sans ajouter et répéter aussitôt qu’elles découlent d’une source extrajndaïque et impure *, les Pharisiens prétendirent les avoir n'çues des mains de leurs ancêtres, et ils en infectèrent l’esprit du peuple. Mais « les Saddiicéens les rejetèrent, parce qu’elles n’étaient point comprises dans les lois que donna Moïse, les seules, soutenaient-ils, que l'on fût obligé de suivre. De cette contestation se formèrent des sectes diverses » ; et le petit nombre, c’est-à-dire « les personnes de condition, embrassèrent le parti des Sadducéens, tandis que ce fut du côté des Pharisiens que se rangea le peuple »

Un zèle sans bornes pour ces vaincs ou détestables tra-

' Bible, Machabées, liv. II, ch. iv, v. 7, etc. Id. Josèphe, Hist., liv. XII, 0. VI.

* Le C.hrisl leur disait : Fos ex pâtre diabolo. S. Jean, vin, 44.

® Josèphe, Hist., liv. XllI, ch. xviii.

ditions forme le Irait caractéristique de ces sectaires. Outre la loi donnée sur le Sinaï, Dieu, s’il eût fallu les croire, « avait confié verbalement à Moïse un grand nombre de rites et de dogmes qu'il avait fait passer k la postérité sans les écrire ». Ils nommaient les bouches par qui s’étaient conservées ces prétendues traditions, auxquelles ils attribuaient la même autorité qii’k la loi, et leur entêtement pour elles a a passé des Pharisiens anciens aux modernes », c’est-k-dire aux sectateurs des écoles rabbiuiques '.

Que la Synagogue Mosaïque, ainsi que l’Église du Christ, ait eu ses traditions légitimes k côté de scs saintes Écritures, c’est ce que nous sommes loin de nier; au contrairel Et ces traditions qui se lient aux textes sacrés, pour les interpréter et les soutenir, sont celles mêmes du catholicisme; elles ne sont donc ni les doctrines des Pharisiens ni celles d'une secte quelconque. Écoutons :

« Outre la loi écrite, nous dit une des grandes autorités de l’Église, saint Hilaire , Moïse enseigna séparément les mystères les plus secrets de la loi aux soixante et dix anciens, institués dans la Synagogue en qualité de docteurs chargés spécialement d’en transmettre la connaissance *. » Mais rien de pareil , rien de divin dans les doctrines traditionnelles des Pharisiens. Au contraire, ajoute un ancien docteur du judaïsme, notre contemporain; et « comme les rabbins, c’est-k-dire les Pharisiens, audacieux falsificateurs de la véritable tradition, exagèrent tout de la manière la plus extravagante, ils prétendent que Dieu révéla k Moïse nonseulement tout l’Ancien Testament, mais encore la Mischna et les deux Ghemara (c’est-'a-dire le Talmud) telles qu’elles ont été rédigées par la suite, avec toutes les contestations de Hillel, de Schammaï et autres docteurs, voire tout ce qui devait passer par le cerveau fiévreux du moindre rabbin jusqu'k la fin du monde ’ ! »

* Histoire des Juifs, contin., p. 359. 75.

* Num idem Moyses, quamvis, etc. Tract in. xi Ps., edil. Bened., p. Î8.

^Tatmud, Traité Meghilla, fol. 19, v". Id. Medrasch-Yalcul,

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