CHAPITRE HUITIÈME
doxes de tout échelon brûlent également du zèle de tenir haut et ferme l’étendard national du judaïsme. C’est pour-^ quoi nous les voyons réunir an besoin leurs moyens et leurs forces dans un intérêt commun, et, par exemple, « pourvoir ensemble avec libéralité aux fonds nécessaires à l’érection d’un temple magnifique k Pesth. » (Ibid.) Il est vrai que, sépulcre blanchi, le temple ne renfermera que le vide, que la corruption de la loi divine ; mais la magnificence de ses dehors proclamera la richesse et la force du peuple élu ; et, si Dieu n’est glorifié, du moins resplendira la gloire d’Israël.
Ces deux tronçons palpitants du peuple hébraïque se réunissent donc dans le désir de donner an culte une apparence; et les réformistes de s’emparer de ce désir pour qchever la ruine de l’orthodoxie bâtarde dont la présence odieuse blesse k la fois les intérêts nationaux et le bon aens humain. La convocation d'un synode israélite fut en conséquence un des leurres dont ils se servirent pour attirer et réunir à leur bordées orthodoxes nouveaux. Mais le flair de ces champions boiteux du Taimnd éventa le piège : A quoi bon votre synode, frères? « Une fusion serait désirable, certes oui! « penonne ne août contestera ce point. Mais peutelle se réaliser? Ici, nous hésitons-, car on pourrait bien arriver à une confusion, an lieu tPune fusion, et se séparer plus aigris qu’avant la réunion. »
Il se trouve en effet « deux partis extrêmes en présence : d’abord les ultra-avancés, ceux qui rejettent toute toi cérémonielle,... quitraitentde vétilles et deminuties les prescriptions de la Synagogue, et les déclarent bonnes tout au plus pour des nourrissons, pour des enfants k la mamelle! » Or, « toute réforme, du moment qu’elle ne sera que partielle, ne contentera jamais les premiers, les hommes du progrès, et aliénera toujours les seconds, c.eux qui continuent d’opposer encore quelque résistance aux violateurs de l’orthodoxie. Le synode aurait donc tenu ses séances en pure perte! » Disons le mot, et ne l’oublions plus : ce qui
est dans les voeux des réformistes , « c’est une abolition du judaïsme traditionnel; abolition décrétée en bonne et due forme par ses chefs autorisés. Une victoire partielle ne ferait qu’accroitre leur ambition, sans satisfaire leurs désirs; et que l’on ne croie pas que nous exagérons les choses! »
Nul ne l’ignore, la fusion pour laquelle nos hommes du progrès affectent un si beau zèle « n’est qu’un piège tendu k la bonne foi du public. » Mais ce qu’ils veulent,' c’est la « suppression des lois alimentaires et des dispositions prohibitives du sabbat..., etc., etc. Qui sait? peut-être vont-ils jusqu’il se flatter, in petto, que la circoncision, ce cachet divin que nous portons sur notre chair, selon la poétique expression duTalmud, sera rayée par un trait de plume de MM. les conférenciers. Telles sont les espérances dont se flatte le parti qui pousse au synode, et qui se croit tellement maUre de la situation qu’il les expose au grand jour'. »
Malheur, malheur a Israël ! répliquent h ces paroles les Juifs de la moyenne réforme, ceux qui s’efforcent de se tenir dans un certain milieu entre ces frères de la petite orthodoxie et les Juifs libres penseurs; malheur, puisque notre royaume se divise! Car « pour les uns nous sommes des niveleurs voués au culte de la libre pensée , et les autres voient en nous des Ubéraux incomplets et inconséquents. Un grand nombre d’Israélites, pour se fusionner davantage avec la société moderne, trouvent importune toute voix qui les entretient de nos intérêts et de nos devoirs; et les faux orthodoxes , qui tirent bénéfice de la défense de l’obscurantisme après avoir débuté par le pourfendre, regrettent de ne pas nous voir relever leurs personnalités injurieuses*. »
SileXalmud est pour Israël un fléau, l’orthodoxie mitigée, c’est-k-dire fausse ou bâtarde, est non moins que la réforme elle-même une véritable plaie pour le judaïsme. Et ce qu'il y a de certain , nous affirme de son côté le Rév. Père Ratisbonne, prêtre de sang Israélite, c’estque « les hommes de cette
1 Univers israélite, VIII, p. 358-59 ; 1868.
2 Archives israélües, XX, p. 915; 1867.