CHAPITRE HUITIÈME. m
notre science dans leurs paroles et dans leur vie , nous leur demanderons ce que sont en Israël les gens que nous venons de voir repousser k titre d’insulte le nom d’orthodo&es , et nous saurons de leur bouche ce qui caractérise dans le judaïsme ceux que nous entendons s’intituler les hommes de la Réforme et du progrès. Ces nouveaux venus ne v
seraient-ils que des faibles d’esprit, que des hommes ardents k s’imaginer qu’une religion diviw peut et doit progresser et SC perfectionner-, qu’elle doit soumettre par conséquent k la sagesse ordonnatrice de l’homme le Dieu qui en est l’auteur; qu’elle peut, en un mot. durer et grandir en assujettissant scs croyances aux caprices des événements, aux tyranniques et mobiles exigences des intérêts temporels, au commandement de quelques manœuvriers habiles k diriger ses évolutions? Mais au lieu de nous livrer au courant de folles hypothèses , prêtons une oreille attentive k ceux (|ii’il nous importe de connaître, et sachons les écouter avant de les juger. — Non, non, s’écrient leurs voix tumultueuses, nous voulons marcher, nous voulons avancer, nous ne saurions être n pour ce statu quo béat et inintelligent dont il existe encore des coryphées! L’immobilité n’est, en ce mumeul surtout , le droit ni l’avuutuge de personne. Unir le passé au présent, de manière k préparer l’avenir par d’utiles amélioratiotia faites k pro[)OS , c’est là le secret de la durée pour une croyance, Depuis un demi-siècle, on a, malgré les cris et les protestations de ce qui H’intUule l’ orthodoxie, réalisé nombre de changements avantageux taxés k l’origine de subversifs et d’impies. Nous en citerons dix pour un ; l’initiation religieuse, l’instruction des jeunes filles , la préili-
cation en langue nationale, etc., etc.; et l’on n’est pas
au bout de cette féconde transformation, Il faut y persévérer, quoi qu’en puissent penser ceux qui disent que, la loi religieuse étant au-dessus des rabbins et des consistoires, comme au-dessus de nous tous, ils n’y doivent pas plus qu’aucun de nous rien changer ' . »
> Archives Israélites, XIX, p. S35; 4866.
Ici, les réformistes ont grand soin de se taire sur les réformes qui portent un coup mortel à la foi judaïque ; mais déjà nous avons vu le Talmud, la racine de cette foi, n’êlre plus, k leur sens, qu’une relique archéologique, un vénérable plastron. Or, ce code religieux une fois relégué dans les cabinets de curiosités et placé sous des vitrines d’antiquaire, que reste-t-il a Israël en fait de livre sacré? — La Bible, ce merveilleux ouvrage dont ils furent jusqu’à nos jours les fidèles et incorruptibles gardiens! — Non, nous savons le contraire, et d'ailleurs voici leur langage : « Pour nous, Israélites, la Bible n’est ni un livre de science ni même toujours un livre d’histoire. » Ainsi par exemple le récit « d’Adam et d’Ève, de Caïn et d’Hébel , n’est pas nécessairement le récit d’une histoire extérieure qui se soit passée sur notre terre;... ce récit peut bien être une histoire figurée *. » La Bible et la vérité deviennent donc deux choses distinctes! Comment exprimer en termes plus clairs que nul livre sacré , nulle croyance , nulle loi positive ne lie à la parole qu’un Dieu lui aurait révélée le peuple qui se prétend élu? Nous rendons cependant hommage 'a cette absence de toute équivoque, et nous remercions nos initiateurs du développement que les lignes suivantes donnent k leur croyance : « Une religion n’est k nos yeux ni un moule inflexible,... ni une matière inerte qui se prête k d’incessantes expériences; c’est un être vivant, perfectible, ayant dans le passé des racines qu’il ne faut pas couper, et se renouvelant avec une lenteur nécessaire*. » Or, jamais plus que de nos jours « la pensée religieuse en général n’a exercé dans le monde, en dépit de certaines apparences contraires, une plus considérable influence,... et le judaïsme ne saurait se tenir en dehors de ce courant. N’ayant, par un heureux privilège de son organisation, ni mystères’ ni caste sacerdotale k dé-
* Archives israélites, XIV, p. 613, et mille autres passages; 1866.
* Archives israélites, XX, p. 879 ; 1 866.
^ Rien de plus faux ! mais serait-il une absurdité plus énorme que celle d’une religion sans mystères, c’est-à-dire, par conséquent, où il serait donné à l’homme de pénétrer et de comprendre Dieu. Compren-