CHAPITRE HUITIÈME
tendre une religion en conduit-elle les sectateurs à une tolérance voisine de l'indiflërence ou du mépris : pensée que nous nous contenterons d’appuyer sur trois exemples, en le livrant au lecteur.
Pratüer exempte. Le prétident d’une administration syuagogalc figure tout let ans dans les processions catholiques, 11 rend de la sorte un éclatant et public hommage a aux symboles d’un culte étranger, » tandis que, pour compléter l’édification de ce spectacle, « le secrétaire de la communauté escorte le dais sous lequel est portée l'image de la Trinité (sic.') ». Ce fait, tel qu’il est affirmé, paraîtra sans doute assez fort. Mais qui donc, après s’étre pénétré de la doctrine des réformistes judaïques, songerait à s’indigner de ces outrages aux sentiments et à la foi d’Israël , si ce n’est un cbampiou de l’orthodoxie ‘ ?
Deuxième exemple. Le Consistoire de Paris adresse k M. grand rabbin de Szegedin, et d'un savoir éminent, une lettre de félicitations sur les articles qu’il a publiés en faveur de la fusion des rites dans les feuilles du Benehanania. Or, nous dit une voix qui l’accuse : Cet éminent docteur en Israël s’y déclare favorable aux tendances « qui ont ouvert l’abîme sous le judaïsme moderne... Il nie l’obligation de nos usages religieux*, il destitue les plus illustres autorités en Israël que la Synagogue ait reconnues depuis de longs siècles. Sont-ee Ik les considérations si élevées dont le Consistoire de l^is est viveimmt touché * P » Oui sans doute, et de quel droit le trouver mauvais si le talent de ce rabbin répand quelque éclat sur ses doctrines? Car ainsi l’exigeut les intérêts du judaïsme réformateur; et qui s’ai étonnera, si ce n’est un champion de l’orthodoxie?
Troisième exemple. Nous lisons dans la feuille même qui pose et pratique à la fois les préceptes de la tolérance réformiste : « On nous accuse de favoriser le matérialisme, le nihilisme, et pourquoi? » parce que notre coreligionnaire,
‘ Univers israélile, XI, p. 498; t86S.
® Univers israélile, XII, p, S4î ; 4866.
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M. le docteur Sée, — l’un des professeurs de l’École de médecine de Paris, accusé de matérialisme, d’athéisme', et dont les débats parlementaires viennent de livrer le nom aux retentissements de la tribune, — « a été récemment adjoint au Consistoire israélite de Paris. » Ah! vraiment, laissons donc « de côté les doctrines du docteur Sée, qui ne nous regardent point et n'engagent en rien noire culte; mais constatons que ce médecin distingué a été appelé non au Consistoire de Paris , mais au Consistoire central. Cette administration réunit dans son sein des notabilités, maist/ être admis n‘implique point qu’on s’occupe du culte, ou qu'on soit versé dans les questions israélites * I »
Tel est le langage des réformistes modérés, que les Juifs d’un libéralisme plus franc appellent des libéraux incomplets'. Et cependant le Consistoire central, où s’effectuent ces libérales nominations, est le conseil suprême chargé de l’administration des intérêts religieux et sociaux du judaïsme! N’étailt même rien autre chose que cela, les athées et les matérialistes ne lui semblent nullement déplacés dans son sein !
C’est pourquoi mieux vaut un sage ennemi qu’un ami tel que vous, crie du haut de son gosier le champion de l’orthodoxie a ces champions de la réforme! Oui certes, la licence est un peu forte; mais « nous serions les premiers à rire du pavé qui vient d’être jeté à la tête du Consistoire central, si nous n’étions profondément attristé du sang-froid avec lequel une publication qui se dit israélite en vient à parler des devoirs et de la mission de notre première administration religieuse! » Nous avons exprimé, pour notre part, « notre sentiment sur une telle nomination , et nous n’avons malheureusement rien à répondre aux journaux catholiques, qui s’étonnent à juste titre du choix qu’on vient de faire... » Et quoi ! fils de Jacob , « vous avez cru que le Consistoire ceu-
‘ « Je pardonne bien des choses... mais j’ai horreur de l’athée, du matérialiste. Comment voulez-vous que j’aie quelque chose de commun avec un homme qui croit qu’il est un tas de boue? » Napoléon F'', Sentiments sur le Christianisme, p. 77.
* Archives israélites, IX, p. 389; <868.