CHAPITRE HUITIÈME. ïOT
le but est si noble , si largement civilisateur. Détruire chez les Juifs les préjugés dont ils se sont imbus dans la persécution, qui engendre l’ignorance*, fonder au nord, au midi, au levant, au couchant, des écoles nombreuses-, mettre en rapport avec les autorités de tous les pays ces populations juives si délaissées, quand elles ne sont pas traitées en ennemies; à la première nouvelle d’uue attaque contre un culte, ^ ^
d’une violence e.xcilée par des baiues religieuses , nout lever comme un seul homme, et réclamer l’appui de tous-, faire entendre notre voix dans les cabinets des ministres, et jusqu’aux oreilles des princes, quelle que soit la religion qui est méconnue, persécutée et atteinte, füt-ce même par des mesures écrites dans des lois encore en vigueur, mais repoüssées par les lumières de notre temps; nous joindre'à tous ceux qui protestent, et agir de tous nos ctTorls ; donner une main amie ’a tous ces hommes qui , nés dans une autre religion que la nôtre, nous tendent leur main fraternelle, reconnaissant que toutes les religions dont la morale est la base dont Dieu est le sommet, sont sœurs et doivent être amies entre elles; faire ainsi tomber les barrières qui séparent ce qui doit se réunir un jour; voilà. Messieurs, la belle, la grande mission de >to(re Marchons fermes et résolus dans la voie qui nous est tracée. J’appelle à. notre ASSOCUTION nos frères de tous les cultes; qu’ils viennent à nous;... avec quel empressement nous irons vers euxl On nous tend une main fraternelle. On nous demande pardon du passé; le moment est venu de fonder sur une base indestructible une immortelle association »
De longs applaudissements succèdent ’a ces paroles, qui doivent sembler étonnantes à quiconque ne connaît la ^
* Quelle morale? celle du Talmud? du Coran?elc., otc.Et l’Alliaace Israélite doHiie-l-elle signe do vie, aujourd’hui, en Italie, en Russie, en Espagne, contre les gens qui, par décrets, démolissent leséglisèa, et au nom de la liberté religieuse, chassent les religieux, abolissent les sociétés charitables de Saint-Vincent de Paul, aux applaudissements des écrivains libéraux et des feuilles politiques amies des Juifs... etc., etc.
^Ibid., p. 514 à 0*0.
marche actuelle du monde que par des relations circonscrites. Mais il était naturel que le peuple Israélite témoignât hautement sa faveur à « l’institution qui porte si haut le drapeau d’Israël, » et qui, lui rappelant dans l’idiome consacré par le libéralisme ses prophétiques destinées, u est devenue en peu de temps, selon ses propres expressions, le phare de salut de ses frères opprimés. »
Tout k l’heure, « Israël dispersé depuis dix-huit siècles sur la surface du globe, n’avait plus de centre, plus de représentants, plus de défenseurs des intérêts communs. Maintenant tout est changé! Une société florissante, et qui trouve accès auprès des trônes les plus puissants , est Ik , toujours prête a revendiquer nos droits, k combattre ces hommes qui sont tout k la' fois les ennemis de notre race et ceux de la lumière et de la liberté! »
Ainsi parle le président de l’Alliance! Et, parmi les approbateurs et les échos de ses paroles, les uns veulent se croire orthodoxes, tandis que les autres se raillent de l’orthodoxie; mais, tous ensemble, ces sectateurs de la religion la plus atrocement exclusive que nous ait signalée l’histoire, tous ensemble ces talmudistes d’hier se proclament amoureusement les fils de la philosophie du dix-huitième siècle! Et voyez-les battre des mains aux révolutions qui bouleversent les croyances et les empires; voyez-les tresser des couronnes aux Voltaire, aux Volney, aux Grégoire, aux Joseph II, aux Garibaldi, aux Michelet *. Leur langage est assez explicite, sans doute! et porte avec soi la lumière; il n’a point égalé cependant les paroles saisissantes qui sortent de la bouche de M. le grand rabbin de Belgique. Ou ne saurait, en vérité, donner plus de vie que ne l’a fait ce pasteur en Israël au tableau qui représente la sincérité philosophique d’un judaïsme devenu, par l’éclipse de sa foi, le refuge de ceux qui renient leur culte et leur foi. "Mais pré-
' Archives israélites, XIV, p. 655; ■1867.
Voir, directement ou indirectement, tout le long des revues citées, et par exemple, Archk'es israélites, X, p. 463 ; ■1867.