CHAPITRE H;U1T1EME
parons par quelques lignes encore l’esprit du lecteur a cette surprise :
Le journaliste juif et libre penseur Michel Bérend vient de fermer les yeux sur le sol belge , et de les ouvrir à la lumière de l’autre monde. Chargé par un journal auquel il prêtait le concours de sa plume de lui donner, sous forme de parodie , le compte rendu d’une procession jubilaire de Notre-Dame , Bérend avait laissé librement jaillir sa verve sarcastique et sacrilège^ mais quelques instants après ces Insultes au catholicisme, le choléra le surprenait au théâtre
et lui faisait ressentir ses foudroyantes atteintes 11
expirait.
L’heure des funérailles ayant sonné, ses coreligionnaires de lu libre pensée le portèrent au cimetière israélite , où , tournant le dos aux pompeuses et libérales maximes du respect pour tous les cultes que proclame l’Alliance israélite universelle, M. le grand rabbin de Belgique Aristide .Astruc prononça sur la tombe béante le panégyrique de cet insulteur de la religion que professent les Belges. i.c journal du judaïsme orthodoxe, auquel nous empruntons le récit de ce fait , s’attache à faire valoir par des citations étrangères les ntérites éminents du libre penseur, que sa prudence ne lui permet point de louer en termes directs , et rapporte le texte de ce discours sans y ajouter un mot de critique :
« Mes frères, s’écrie le grand rabbin douloureusement affecté,... je ne puis laisser se fermer cette tombe prématurément ouverte , sans y déposer un juste tribut de regret et d’e*time; et permettez-moi de vous dire qu’à la douleur que j’éprouve il se mêle un sentiment de profonde tristesse personnelle^ car Michel Bérend, dont je vais, au nom de la religion, bénir la sortie de ce monde, saluait il y a quelques
jours à peine mon entrée dans le sein de cette grande
cité.
» Vous avez tous connu l’énergie de ses convictions, et la force indomptable qu’il mettait à assurer leur triomphe. Amant passionné de la überté, Bérend a toujours combattu
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pour cette noble et sainte cause. Fils d’une vieille race de persécutés, il mettait son honneur en toute occasion à relever le drapeau d’Israël , qui est celai de l» liberté religieuse. Adieu donc, Dérend; sois béni! Comme le jeune héros de la Bible, tu es mort en combattant ' . »
Mais ce langage est incomplet, et nous nous devons de le compléter. Le Moniteur des solidaires, journal du libre eiamen, effarouché de cet apparat religieux, traita de méprise ou d’inconsé({uencc l’intervention dvn culte quelconque sur la tombe d’un libre penseur. Or, isoler du judaïsme la libre pensée, c’était offenser la religion du grand rabbin, qui sur-le-champ répliqua : « Vous affirmez que l’intervention du culte que je représente n’a été dans celte triste occasion qu’une méprise... Permettez- moi de vous dire, Monsieur,
que vous vous trompez Bérend était membre de la libre
pensée, nous le savions. Le judaïsme n’exclut personne de ses temples pendant la vie, ni de ses cimetières après la mort. Non-seulement il admet dans les uns et dans les autres les Israélites qui ont cessé de pratiquer ses rites, mais encore il y reçoit les étrangers, sans leur demander sur le seuil aucune formule de confession; il les appelle tous, sans distinction j à la fraternité ici-bas, et à l’immortalité dans la vie à venir.
« Voilà pourquoi Bérend a pu devesùr libre penseur en ratasU Israélite...., Voilà pourquoi, enfin, la franc-maçonnerie, et aussi la libre pensée, ont pu intervenir sans obstacle à côté du judaïsme sur le tombeau d'un frère, d’an ami, d’un coreligionnaire que tous, Israélites, franco^maçons et libres penseurs, regrettent également^. »
L’intime union, l’égaiité, la parité.i régnent donc de nos jours , au sens de la tliéologie rabbiflique , entre ces trois
* Univers israélile, II, p. 85-6; 1866. Oser dire que le drapeau de ceux dont le Talmud esl le code est le drapeau de la liberté religieuse, et faire de cette liltcrU; celle du libre penseur, de Combiea irest-ce point dépasser le* bornes de l’audace!
't Archives israèiites, .\X1, p. 927-948; 1866. Ce discours est, d'un bout à l’autre, le reniement du Talmud, do vrai judaïsme.