CHAPITRE NEÜVIÈME. Î8I
foule comme des troupeaux humains?... Vous le savez*, et je le sais aussi I...
» Mieux que personne, vous savez ce que valent ces odieuses insinuations, que Votre Excellence ne craint pas de renouveler h la suite d'une presse anlicbrétienne : que je veux faire payer par le sacrifice de leur religion, h ces pauvres Arabes, le pain que leur distribue par mes mains la charité catholique. Non, il n’en va pas, il n’en ira pas ainsi de la part <fun évêque! Je n’ai pas dit, ni laissé dire un mot dans ce sens aux Arabes que je secours. Je n’ai pas voulu, et je l'ai déclaré hautement, qu'un seul des douze cents enfants recueillis par moi fût bapti.sé autrement qu’au moment de la mort; et encore, au moment de la mort, je ne l’ai permis que pour ceux-là qui n’avaient pas l’âge de raison. J’ai voulu, je veux qu’ils conservent à cet égard toute leur liberté; et, s’ils préfèrent rester mabométans lorsqu’ils seront en âge de prendre une décision raisonnée, je ne leur en continuerai pas moins mon dévouement et mon appui paternels.
» Je leur apprendrai, il est vrai, qu’il est mieux de s’aider soi-même par le travail contre les coups de la fortune que de s’endormir dans la mort en invoquant le destin -, qu'il est mieux d’avoir une famille que de vivre, sous prétexte de divorce ou de polygamie , dans une perpétuelle et honteuse débauche-, qu’il est mieux d’aimer et d’aider tous les hommes, à quelque race qu’ils appartiennent, que de tuer les chiens de chrétiens. (O le fougueux apôtre!)... Voilà ce que je leur apprendrai. Quel est celui qui oserait y trouver à redire?
» Mieux que personne enfin, monsieur le Maréchal, vous savez que je vis dans la solitude, dans la retraite la plus profonde, fuyant le monde, ne m’occupaot que de mes devoirs et de mes œuvres d’évêque. Si donc, comme vous me l’apprenez, la population algérienne se serre encore davantage autour de moi. c’est qu’elle considère les idées et les principes que je soutiens comme son port de salut après tant de tempêtes!
» C’est mon troupeau, monsieur le Maréchal; ce sont les âmes dont je suis le pasteur; et vous leur reprochez leur con-
fiance en moi! et Vous me reprochez de les aimer, de cher^ cher à les sauver! et vous me faites entendre que% si je ne me sépare pas d’eux, je ne suis pas l’ami de César!. . . .
» Je connais l’Empereur!... Le devoir de tout honnête homme, en présence de la crise qui illumine nos questions algériennes d’un jour sinistre, c’est de lui dire avec autant de respect que de courage qu’on l’a trompé. On a trompé Votre E.xcellence elle-même *.... .
et c’est h l’origine même de la conquête que remonte le système dont je parle. »... Car Mgr Pavy, le successeur de Mgr Dupuch, premier évêque d’Alger, « n’a pas été plus
heureux Le vénérable supérieur de son grand séminaire
a été publiquement menacé de la prison, et des galère» même», pour avoir recueilli dans les boues d’Alger quelques petits orphelins indigènes dont il voulait faire des hommes! »
« Et pendant qu’on leur refusait ainsi toute liberté d’apostolat, mes deux vénérables prédécesseurs avaient la douleur de voir élever à grands frais de» mosquées , le plus souvent inutiles; de voir encourager par des subventions les écoles, les réunions religieuses où s'exaltait le fanatisme des indigènes de voir le pèlerinage de la Mecque^ facilité, accompli aux frais de l’État par les musulmans de l’Algérie; de voir enfin donner, au nom de la France, chose vraiment incroyable! l’enseignement du Coran d ceux mêmes qui ns Pavaient jamais connu, comme les habitants de la Kabylie. Je devais voir se continuer les mêmes épreuves... »
Aussi , * malgré l’autorisation que j’en avais obtenue d’une auguste bienveillance, je n’ai pu parvenir, à cause de la résistance obstinée qui m’a été opposée , à établir k mes
’ Monseii^neur d’Alger témoigne hautement d’ailleurs, et avec raison, de quelle sincère estime est digne .M. le maréchal.
^ Qid aboutit à la révolte des Arabes, et au massacre des chrétiens I
^ Auquel le monde dût une des plus longues et cruelles reprises du «holéra asiatique.