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CHAPITRE NEUVIÈME

Un mot le dit : le Ghetto c’est un quartier de Rome , et sa destination toute spéciale est d’clre habité par les Juifs. Nul chrétien na le droit d’y fixer son séjour, et nul Juif n’avait autrefois, à Rome, le droit de s’établir ailleurs.

C'était, en définitive, une sorte de place forte féodale, ou plutôt d’eiiceintf affectée il l’étranger de race juive habitant la ville de Rome, c’est-à-dire au Juif romain. Chaque soir, et chaque fois qu’une sédition semblait être à redouter, la porte de ce lieu se fermait et protégeait le Juif contre la colère souvent très-juste du chrétien, en même temps qu’elle protégeait le chrétien coutre ses incursions et ses industries nocturnes. Tel est le mystère du Ghetto; et c’était à la condition d’accepter pour résidence ce quartier clos, soumis à quelques-unes des servitudes de nos places de guerre, que les étrangers de race judaïque obtenaient droit de séjour dans les États où l’intérêt du chrétien, où l’intérêt du Juif et de l’ordre public commandaient au gouvernement l’établissement de ces enceintes!

Mais le Juif émancipé ne se contente point de briser du pied la muraille du Ghetto. Une fois l’égal du chrétien, il veut, et nous le verrons, atteindre l'objet de ses désirs, devenir son juge, son législateur, monter, s’asseoir aux plus hauts sommets du pouvoir ; et lorsque , déjà victorieux , il se met en marche vers de nouvelles conquêtes, malheur à l’homme d’État qui, pour arrêter son élan, repousse la parole judaïque par le langage de l’expérience et par la parole de l’histoire. Que si notre témoignage est récusé, taisonsnous, et, fidèle à notre habitude de laisser les gens se faire connaître par eux -mêmes, appelons h notre secours la bouche frémissante du Juif. Empressée de s’ouvrir, elle nous dit ;

« M. Thiers parlait aussi de la liberté des cultes dans les États romains, en disant qu’il y a une synagogue à Rome. Comment un homme de boune foi, un historien, un homme qui a passé une partie de sa vie en Italie, et qui a vu l'épouvantable sort des martyrs du Ghetto, peut-il produire un si triste

argument, contré lequel sa conscience aurait dû se soülever d’indignation! »

« On a regretté au milieu de nous l’absence au Sénat d’un Israélite qui eût pu répondre aux affirmations incroyables de plusieurs prélats relativement aux malheureux Israélites de Rome. Mais il y a plusieurs des nôtres au Corps législatif; qü’oht- ils répondu h M. Thiers'? » — Rien! c’est-k-dire tout ce qü’il y avait a répondre dans une assemblée dont plusieurs membres ont, comme il est dit de M. Thiérs, « passé line partie de leur vie en Italie » et sans y voir cè qu’y voient les Juifs. Mais l’un des anciens présidents de nos assembléés législatives, un de ces jurisconsultes célèbres qui firent de Rome ‘a la fois une seconde patrie et l’objet tout spécial de leurs études comparatives, succède h l’historien législateur; écoutons :

R Ort s’est plaint d’une police tracassière et inquisitoriale; c'est sa mollesse, et quelquefois son inertie, qu’on pourrait accuser. Il faut s’étonner surtout de la longanimité avec laquelle élle a souffert les menées et les scandaleux embauchages des émissaires piémontais, s’abritant sous des protections diplomatiques pour exciter ouvertement les sujets du Pape à la révolte et ses soldats k la désertion.

» On a accusé le gouvernement romain d’intolérance; et la tolérance véritable, éclairée, pratique, celle qui professe non l’insouciance pour les principes, mais la bienveillâùcë pour les personnes, est poussée a Rome jtw^u’à ses dernières limites. Chacun suit librement sa croyance et exerce en pait son culte i Rome fut de tout temps le refuge des Juifs, et ils la nommèrent eUJe-mémes leur paradis, üU moyen âge, alors que les barbaries de l’ignorance les persécutaient impitoyablement par toute l'Europe. Rome offre encore aujourd’hui un abri protecteur ail peuple ennemi de sa foi. Ce peuple à, dans Rome même, une synagogue et an quartier où il peut forcer lés propriétaires des maisons à le recevoir; et cependant il a la liberté (fen sortir pour habiter le reste de la ville. Il n’Cst tenu alors

' Univers israèlite, p. 416; novembre 1864.

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