CHAPITRE NEUVIÈME
par devoir religieux ou social, auraienl-ils traité ou laissé , traiter les Juifs avec tant de cruauté et de violence? »
« Les Juifs ne doivent pas plus de reconnaissance à la Papauté, que le prisonnier n’en doit à son geôlier. Sans doute la réunion des notables Israélites à Paris, en 1807, a fait une manifestation k l’éloge de plusieurs Papes, et rappelé leur bienveillance pour les Juifs ; mais n’était-ce pas uniquement pour déterminer les catholiques du monde entier à cesser d’opprimer nos frères, et non pour proclamer des faits dont l'authenticité est si discutable?
» La manifestation des notables était un acte politique d'une grande habileté' !... »
Eh quoi! ce sont les Juifs eux-mémes qui veulent nous contraindre à ne voir dans l’acte de justice et de reconnaissance dont nous faisons honneur aux représeniaiits de leur nation qu’un acte de ruse et de fourberie! Leur parole n’est pas douteuse, à coup sûr. Eh bien, après leur avoir prêté l’oreille, laissons deux actes de la Papauté nous dire avec quelques développements s’il y a plus de justesse dans la triste et ignominieuse interprétation de ces Juifs que dans la simple et noble déclaration du grand synode hébraïque. Nous choisirons, afin de faire la partie belle aux amis de la nation juive, deux époques réputées barbares.
• Les Juifs, lors des trois premières croisades, « avaient eu à craindre ou a souffrir; dans la quatrième, ils furent Iranquilles. Le pape Innocent III fit k leur égard, en l’année 1216, une ordonnance... qui nous fait voir sa conviction sur les véritables rapports des Juifs et des chrétiens. Ils sont en effet, dit-il, les témoins vivants de la véritable foi chrétienne. Mais le chrétien ne doit pas les exterminer, ni même les opprimer, pour qu'il ne perde pas lui-méme la connaissance de la loi.... Quoiqu’ils aiment mieux persister dans l’endurcissement de leur cœur, que de chercher k comprendre les secrets de leur loi, et k parvenir k la connaissance du Christ, ils n’en ont pas moins droit à notre pro-
' Univers israélüe, VII, p. 893-4; 1867.
lection. Ainsi, comme ils réclament notre secours, nous les prenons sous l’égide de notre protection... Et, suhaiu les traces de nos prédécesseurs d’heureuse mémoire : de Calixte , d’Eugène, d’Alexandre, de Clément et de Célestin, nous défendons à qui que ce soit de forcer un Juif au baptême , car celui qui y est forcé n’est pas censé avoir la foi. Mais, sÜl consent k le recevoir, que personne n’y mette obstacle. Aucun chrétien ne doit se permettre des voies de fait à leur égard’, ni de s’emparer de leurs biens, ou de changer leurs coutumes sans jugement légal. Que personne ne les trouble dans leurs jours de fêtes, soit en les frappant, soit en leur jetant des pierres; et que personne ne leur impose pendant ces jours des ouvrages qu'ils peuvent faire en (Cautres temps * .
* Los voies de fait et l'insulte étaient et sont encore d'usage contre le Juif dans une grande partie des immenses Etats où règne le Coran. Nous avons aboli en -\lgérie ces odieux abus.
L'Eglise respecte donc leurs jours religieux plus qu'i's ne le font eux-mèmes, car ils n'obser\ent même plus le jour du sabb.it. Les chrétiens qui insuMaient ainsi les Juifs ne faisaient d'ailleurs que leur rendre la pareille. Lire à titre d'échantillon ce qui suit : lorsque les Juifs « rencontraient ceu.v d'entre eux qui s’ôtaient convertis, ils les insultaient, et souvent même les poursuivaient à coups de pierres pour les assassiner. » Constantin, I. i, Cod. Th. De Judæis. — a... Défense aux Juifs de rien mêler dans leurs fêtes et dans leurs divertissements qui fût injurieux à la religion chrétienne et surtout de brû-
ler une croix à leur fêle de Mardochée. » Loi de iOh, Honorius et Théodose. — Dofense « aux Juifs de paraître en public, ni d'ouvrir les portes et fenêtres de leurs maisons le Vendredi saint et dans'le temps de Pâques, parce qu'ils avaient coutume, en ces jours, d'insulter à la piété des chrétiens. » Les gains de l'usure les avaient « rendus insolents. Ils affectaient , pour insulter aux chrétiens, de paraître, la semaine sainte, plus magnitiquement vêtus que d'ordinaire, et de la passer en réjouissances; et ils paraissaient au contraire tristes et en deuil dans le temps de Pâques. Childebert, fils du grand Clovis, fit cesser ce scandale par un édit de l’an .^33, qui dofendit aux Juifs de paraître en public pendant le saint temps de la Passion et à Pâques. Il leur défendit aussi d'avoir aucun domestique ou esclave chrétien... » Le pape Innocent 111 écrit « qu’il était informé que l’on souffrait en France que les Juifs fissent nourrir leurs enfants par des femmes chrétiennes, et que ces malheureux en prenaient occasion de commettre un crime énorme contre notre sainte religion. Que toutes les fois que ces femmes recevaient le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à Pâques, ils les obligeaient durant les trois jours qui suivaient les fêtes à tirer 'eur lait dans les latrines avant de donner à teler à leurs enfants. Qu’ils commettaient plusieurs autres abominations qu’il était important de faire cesser. 11 conclut enfin sa lettre par des défenses très-