‹ Le juifChapitre 177 sur 312 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

d’une croyance chrétienne... Quelqu’un va s’écrier peut-être: Mais vous rêvez! et quelque malsaine vision hante vos yeux! Eh bien, l’honorable Israélite Crémieu.x consent k nous ôter la parole et k la prendre-, écoutons :

« Mon cher Guéroult, je viens de lire la préface que Napoléon III met en tête de la Vie de Jules César. D’une part, un système de fanatisme, assez mitigé pourtant; d’autre part, le devoir pour les peuples, assez grandement présenté d’ailleurs, d’admettre, selon les époques, les idées de César, de Charlemagne, de Napoléon /•% avaient éveillé toute mon attention, lorsqu’on poursuivant ma lecture j'arrivai à ces mots : « Heureux les peuples qui les comprennent! Malheur à ceux qui les méconnaissent et les combattent! ils fokt COMME LES JUIFS, ILS CRUCIFIENT LEUR MESSIE. » CommCllt

Napoléon lll a-t-il écrit cette phrase? Où donc riiislurieii a-t-il trouvé la preuve historique de cette énonciation qu’il formule si nettement? « Les Juifs ont crucifié leur Messie! » La religion juive, qui, dans les contrées où scs sectateurs jouissent des droits civils et politiques, marche l’égale des autres religions; qui, dans les contrées où ses sectateurs subissent encore d’indignes mépris ou d'odieuses persécutions, maintient avec tant de courage son immortelle vitalité, )» La religion juive al'end son Messie.

» LA RELIGION CATHOLIQUE, SEULE, VEUT quc ce Messie, méconnu par les Juifs, ait été crucifie par eux.

» Maisécrireau point de vue catholique la préface de Jules César! présenter «ne prétention religieuse comme un axiome histoiique! que nous sommes loin de cette large pensée de Napoléon I" afiirmant la religion juive par la convocation du grand Sanhédrin, et par l'organisation du culte Israélite!

» Nous vivons dans un temps, dans un pays où la religion et le culte doivent se renfermer dans les consciences et se mouvoir dans le temple. Qu'un prêtre dans une église, du haut de la chaire, soutienne Vavéneme/u du Messie et l'aveuglement des Juifs qui l'ont méconnu et crucifié, je comprends cette expression de la foi catholique, dont le rabbin, dans la syna-

gogue, du haut d’une autre chaire, prouvera l’inanité. Mais que le chef d’un vaste empire jette dans une page d’histoire une parole si dangereuse; qu’il dénonce de nouveau a l’univers, dans un livre qu’on fait traduire dans toutes les langues, qu’il dénonce surlout h la France, où il concentre dans ses mains le pouvoir suprême, Vaveuglemcnt des Juifs coupables d'avoir crucifié leur Messie, qua>d ce messie EST jÉsus-cuaiST ; qu’il ravive cette terrible et douloureuse accusation, que les flots de sang juif qu’elle a fait répandre semblaient avoir étouflée au sein des nations éclairées par le flambeau de la philosophie, c’est une bien malheureuse inspiration!

» Veuillez, mon cher Guéroult, faire place à mes protestations dans votre journal {l’Opinion nationale). Je vous envoie l’expression de ma vieille amitié. Paris, 27 février 1865. — Ad. Crémieüx. »

« Une chose, ob.serve M. Lecliêne, nous a frappé tout d’abord dans ce défi audacieux jeté à la tête de l’Empereur et à la face de deux cents millions de catholiques, c’est le chemin que les Juifs ont fait dans le monde depuis le jour où les sociétés chrétiennes les ont admis dans leur sein et leur ont accordé une généreuse participation aux droits civils et politiques. Et puisque M. Crémieüx cite le Sanhédrin réuni en 1807 par Napoléon I", qu’il prenne la peine de relire les procès-verbaux de cette assemblée hébraïque, et qu’il compare C humilité, la reconnaissance des Juijs d'alors avec les prétentions inouïes du judaïsme contemporain '. »

' « Certes, quand Napoléon I" disait au général Bertrand : * Je me connais en hommes, et je te dis que Jésus-Christ n’était pas un homme; » quand il prononça, avec l’accent de la conviction, celte

f)arole profonde, il était loin de prévoir qu'un jour les Juifs, réhabiités par lui, feraient un crime à son successeur d’alTirmer cette même vérité. O puissance do l'or!

» M. Crémieüx, émancipé depuis cinquante ans, exige aujourd’hui que les catholiques, que l'Empereur lui-méme, renferment leur foi au fond de leurs consciences; il défend qu’on manifeste cette foi en dehors du temple... Au train dont vont les Juifs, que sera-ce donc de la société chrétienne à la fin du siècle!

» M. Crémieüx, pour le succès de sa cause, va même jusqu’à donner

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