CHAPITRE DIXIÈME
Telle esl ou devient la dominante de la pensée moderne, 'au milieu du concert des voix libérales. Et si l’homme, ainsi que le répètent de tous côtés les organes de la Révolution , doit être comopoliie; si les peuples réunis d’abord en corps de nation , doivent s’unifier ensuite et ne plus former qu’une famille, une république universelle et unique, empressons-nous de signaler une conséquence rigoureuse qui naît, qui découle de ces prémisses, et qui nous suit pas Il pas : c’est que l’homme est , ou que tôt ou tard il doit être et sera le subordonné, le sujet du Juif.
Et pourquoi le sujet? Ah! si ce mot interrogatif nous est adressé , les yeux de celui qui nous interroge ne sont pas encore ouverts, et, dès lors, ne craignons pas d’étonner le lecteur en affirmant ce que nous ne démontrerons que tout à l’heure : c’est que, seul entre tous les peuples, le Juif est citoyen du monde entier; c’est que, seul, il inscrit en tous lieux sa naissance sans que la terre ait une latitude k laquelle il soit permis de lui être marâtre; c’est que, seul, il se mêle â tous les peuples et sans jamais s’y confondre; c’est que, seul, par conséquent, il représente un peuple toujours le même dans le sein des autres peuples; c’est, en un mol, que la nation juive, s’il lui plaisait de tirer des délégués judaïques de tous les points de l’horizon, et de former de ces élus un vaste congrès, pourrait, à elle seule, représenter tous les intérêts, tous les Idiomes, et toutes les nationalités de la terre! Et, dans ce sens, parfait représentant du globe entier, ella ferait voir dans chacun des siens une maille vivante de l’immense réseau qui doit, en réalisant ses espérances, enserrer un jour tous les hommes.
Couverte par une invisible protection , que l’Église et la Synagogue ont chacune â leur point de vue nommée miraculeuse, la nation juive se trouva préservée du naufrage qui
terre qu’une race unique, provenant d’un même père. Or, l’école libérale presque tout entière soutient le contraire , dans son incons^ quence , afin d’attaquer ce qu’établit la parole biblique ou divine , c’est-à-dire l’unité de la race humaine I
devait l’engloiitir daos les flots sans cesse tourmentés de cette mer qui forme la multitude des peuples. L’éternel mouvement qui l’y ballottait l’y soutint au milieu des populations exaspérées contre scs mœurs nationales partout où le Talmud resta sa loi. Courbés dix-huit siècles durant sous le poids de la haine et du mépris, ces fils de la dispersion se formèrent donc, comme par la force des choses, en une immense et compacte société que le soin de son salut, et que des espérances inhérentes à sa foi, disciplinèrent sous la loi rigoureuse du secret. Entretenant du sein de cet océan des peuples, au milieu duquel apparaissaient leurs têtes éparses , des rapports de religion , d’affaires et de nationalité, qui de chacun des divers pays habités par eux, les liaient les uns aux autres, ces frères, qui eussent perdu le titre de citoyens juifs s’ils se fussent écartés de leur foi judaïque, épiaient d’un œil sagace et tendu tout incident propre h servir leurs farouches instincts, tout événement apte à soutenir la longue, l’infatigable attente de leur race. La grandeur et l’ubiquité de leur commerce, la dévorante et la secrète activité de ses affidés, devenus pour eux le seul et infaillible moyen de se concerter et d’agir, portaient des uns aux autres, avec le silence et la rapidité de l’oiseau nocturne, le mot d’ordre dont la magique puissance établissait k la fois sur tous les points du monde la pensée commune et l’action d’en.semble'. Ainsi donc, du milieu des peuples qui l'abhorraient, Israël gémissant de la faiblesse apparente que lui causait sa dispersion, couvrait-il la face entière du globe d’une famille de frères, d’une affiliation sacrée dont chaque membre, serviteur de tout autre membre, puisait sa force sur le tronc commun ; image grandiose de ce polype géant qui, dans le sein des mers, livre aux courants dont le flot l’agite et le nourrit, ses innombrables tentacules et ses inévitables suçoirs.
‘ Le récit de l’enlèvement dos enfants de Drach, opéré de nos jours, et que nous avons rapporté, suffit à donner une idée de celte organisation naturelle et mystérieuse d’Israël.