CHAPITRE DIXIÈME
l’avocat éloquent «lu libre échange, le patron, le protecteur ardent d’une idée, d’un intérêt tout contraire k ceux pour lesquels, au lever de l’aurore, il versait son encre? C’est que, dans le domaine de la presse, le simple écrivain, difficile k distinguer de l’homme k convictions sérieuses, n’est que trop souvent, hélas! le souple et très-humble serviteur d’un maître qui, d’une voix exempte de douceur et d’égards, lui commande militairement son service. Il reste alors k ce malheureux la liberté d’obéir ou de mourir de faimi
Mais quel tout-puissant et invisible despote plane donc au plus haut des cieux dans les sphères sublimes du journal? Quel en est le mystérieux inspirateur, le moteur, l’âme, le dieu? — Certes, bien audacieux serait l'homme de peine qui vend les sueurs de sa verve k ce maître suprême, si jamais il prétendait le contempler face k face ou faire articuler k ses lèvres les lettres dont se compose son nom. Eh quoil le caissier de la feuille lui compte k juste échéance le prix de sa prose k tant la tâche, k tant le mètre, et sa curiosité n’est pas assouvie! Ah! qu’il écrive, qu’il traîne ou fasse voler sa pluine, mais qu’il ait le tact de se taire, s’il ne renonce k toucher ses gages!
L’homme véritable de la presse, et celui-lk seul la représente, qu’il écrive ou qu’il ne sache tenir une plume , qu’il soit seul ou qu’il se nomme société, compagnie, légion, car le nom ne fait rien k la chose, cet homme est, dans chaque feuiüe, celui qui peut dire du journal : Ceci, c’est mon bien, c’est ma personne, c’est moi. Ces paroles sont un avis assez clair k quiconque, si cette feuille est disponible, prétend se la donner pour auxiliaire ou pour organe. Il sait que désormais il doit financer e.\. contracter avec le maître t^icelle; sinon, lui plaire ou le convaincre. De cos deux partis, le premier passe pour être le plus général et le plus sûr '.
Or, le propriétaire, le maître de cette machine k remuer
' La FinatM est une feuille française, mais qui s’imprime en Belgique parce qu’elle tfcnt à vivre et à conserver la liberté de ses allures. Elle a pour rédacteur en chef M. Crampon , piquant et habile écri-
l’opinion, ce spéculateur latent, qui le plus souvent et dans la plupart des États de l'Europe est de race judaïque ou tend la main aux faveurs du Juif, n’a jamais quelquefois ni fabriqué ni limé la moindre phrase. Mais l'un de ses mérites est d’avoir la main sûre dans le choix de ses subordonnés, de ses entrepreneurs littéraires, habiles eux-mémes a se pourvoir de ces artistes en style dont le nombre, immense déj'a, s’accroît chaque jour, grâce k l impolitique et cruelle sorte d’éducation qui se prodigue sans relâche aux classes nécessiteuses. Dressés que sont ces mercenaires k l'art de tourner une phrase, et fatalement étrangers ou hostiles pour la plupart k toute doctrine sociale, k tout principe de fixité, vous les voyez se faire de leur talent un métier qui ne saurait admettre de chômage, et se disputer sans ménagement la main qui daigne leur tendre un salaire.
Tels sont, dans une grande partie de l’Europe, les gens de haute et de basse paye qui foisonnent sur les placés où se fournit une certaine presse; artisims empressés que nous voyons en foule innombrable accourir, offrir leurs services, et, sans sourciller, se faire, aux ordres du chef d’aulier qui les engage, les joyeux démolisseurs de l’ordre social des pays chrétiens. Or, ces valets de plume, et nous voulons éviter un terme plus fort qu’employa Lamartine , ne sont la plupart du temps, et presque toujours k leur insu, que les exécuteurs des œuvres du Juif, exact k payer ce qui fut promis, et doué d’une habileté rare k cacher la maii^ qui trace les plans et qui solde l’ouvrage.
vain. Nul peiil-êy^, dans CPtte double et scabreuse spécialité de journaliste et de docieur es-finances, ne lait re-sortir avec plus de t.dent et de courage le mercantilisme et la vénalité de la presse. M. Crampon dirige au grand jour ses attaques, et sa tactique est de produire des faits, à côté desquels il faut avouer que ses arguments deviennent quelquefois un véritable luxe. Nousavons remarqué, entre ses différents numéros, celui du 27 février 1868. Lire dans celte feuille, par exemple, l’article sur le journalisme contemporain , et celui qui commence par ces mots : Le mercantilisme de la presse est-il arrivé à son apogée?
Nous ne connai.ssons point M. Crampon, et nous n’avons aucune relation avec son journal, qui est la terreur de ceiA auxquels on aime à ne point ressembler.