CHAPITRE DIXIÈME
spirituels investigateurs. L’hyperbole et l’injustice se mêlentelles h sa parole , dont il assuma fièrement devant le public la responsabilité? Trop ignorant sommes-nous des faits dont il a rassasié ses pages, pour ne nous point abstenir de placer b côté de son jugement le nôtre. Mais le personnel des Débats, fùt-il resté ce qu’il était alors, ce sera justice de faire observer à qui nous lit que nulle affirmation de M. Toussenel, — et nous sommes loin de les reproduire dans leur intégrité, — ne dépasse le millésime de son livre (Paris, 1847).
Sous un prince protecteur et admirateur des Juifs', et dont cette feuille était l’organe le plus accrédité , éclate le cri de M. Toussenel : Les Juifs! les Juifs sont les rois de l’époque 1 Ce cri devient le titre de son livre, et nous y lisons ces paroles : « La féodalité financière a, pour faire connaître son bon plaisir aux hommes du gouvernement nominal, son journal officiel, le Journal des Débats! »
(( On a osé imprimer que tout ministère était tenu de payer au Journal des Débats une énorme contribution de guerre. — Le fait est-il vrai? — Il y eut de grands ministres qui ont essayé de s’affranchir de ce protectorat onéreux , M. de Villèle entre autres. Mais M. de Villèle fut renversé par une coalition dans laquelle les Débats figurent glorieusement, et le ministère Martignac fut obligé de rembourser au Journal des Débats les trois années de l’arriéré.... M. Thiers eut aussi, un jour, à ce qu’on assure, la velléité de se révolter contre le despotisme des Débats. Mais le vieux Entelle terrassa d’un seul revers d’article le présomptueux Darès , qui mit aussitôt les pouces, demanda pardon, et se hâta de conclure la paix avec le caissier du journal. L’acte de contrition fut accepté »
« M. Guizot et M. Duchâtel s’honorent de leur empressement k exécuter les moindres ordres du Journal des Débats : « Si c’est possible c’est fait-, si c’est impossible on le fera! » Ils lui servent sa subvention k genoux, et sur un plat d’or.
‘ Ut suprà, Bédarride, p. 430 ; 8® édit., 4 861 .
La dévotion de M. de Montalivet au Journal des Débats dépasse les bornes de la servilité-, c’est, à proprement parler, le Journal des Débats qui règne k l’intérieur quand M. de Montalivet est ministre. M. de Montalivet a dû causer un tort immense a la dynastie de Juillet, plus encore par son entourage que pour ses actes-, non pas seulement parce qu’il a encombré tous les offices publics des pires écrivains des Débats, mais parce qu’il a habitué l’opinion k faire intervenir le nom du Roi dans tous les tripotages de la presse ministérielle, et k considérer le Journal des Débats comme l’organe du château , du parti de la cour. Et comment aurait-on douté dans le public de l’intimité qui régnait entre la royauté de la rue des Prcires'et celle des Tuileries, quand on voyait figurer sur la liste des rédacteurs du journal tous les noms des précepteurs des princes? »
« J’ai pu habiter aussi longtemps que je l’ai voulu , sous le 15 avril , la région des faveurs, des sinécures et des gratifications. Je ne sais pourquoi , malgré mes affections pour le pouvoir , je n’ai jamais pu séjourner dans cette région plus d’un mois. Il faut qu’il s’exhale de ce milieu officiel une senteur de rachitisme moral et d'âpreté argentière qui suffoque l’homme de cœur! »
Ces paroles de M. Toussenel ne sont point ambiguës; mais ne nous importerait-il pas de savoir ce qu’est en luimême le journal qui, par les faveurs dont on le comble, nous donne un échantillon de l’importance de quelques-unes des feuilles de la presse? Eh bien, cela se dit du ton le plus ferme ; \e Journal des Débats est d'abord « l’organe officiel de la haute banque, et non pas du château. Il protégera la cour tant que la cour se montrera docile aux volontés des puissants seigneurs de la rue Bergère et de la rue Laffitte; sinon, non; et son dévouement k la dynastie n’ira pas plus loin. Le Journal des Débats a enterré beaucoup de dynasties dans sa vie , et il y a longtemps qu’il a juré de ne plus s’attacher k des institutions si fragiles'.
‘ Ib., p. 6 à 9, vol. II.