CHAPITRE DEUXIÈME
boulevèrsait les sens de la Pythonisse*, maft elle eût contraint à sortir de leur bouche les paroles de justice et de vérité. Ainsi la langue de Balaam s’évertuant à maudire Israël était-elle forcée de le bénir I Car cette chaire, que, dans leur exacte et profonde définition, les siècles ont nommée la chaire de vérité, ferme la bouche au mensonge, et l’intelligence à l’erreur. Liée depuis les plus lointains patriarches jusqu’à Moïse, et depuis Moïse jusqu’à la consommation des temps, aux enseignements et aux doctrines du catholicisme, elle nous transmet les dictées de l’Esprit-Saint par la langue des hommes qui l’occupent, quelque divine ou impure que celte langue se trouve être par elle-même! Mais ne s’agit-il plus que de l’homme, que du simple pharisien, ohl c’est alors que nous entendons le Christ tenir le langage de la vérité la plus foudroyante, celle qui sauve les peuples en dessillant leurs yeux. C’est-à-dire que nous voyons alors Jésus exercer dans toute l’âprelé de leur rigueur les actes de la grande et suprême charité : œuvre incomprise et détestée aux époques d’affaissement moral où triomphent les principes de l’égoïste et calamiteuse mollesse qui , sous le titre hypocrite de modération, ne cherche qu’à se dérober à tout péril et à se concilier tous les suffrages.
Mais nous le disions tout à l’heure : guerre pour guerre, et le langage de l’Évangile, loin d’être pour le Juif judaïsant de nos jours la parole même de la vérité, n’est encore que le mensonge de la légende. « La question de l’authenticité historique de la vie de Jésus, nous dit-il , ne devrait pas, à vrai dire, être sujette à controverse, pas plus que l’authenticité des mythes que Virgile nous donne sur l’origine de Rome. Tout homme tant soit peu instruit qui lit les Évangiles sans parti pris reconnaît leur caractère légendaire*. » C’est pourquoi le nom de Pharisien que flétrissent les pages évangéliques, ce n’est nullement pour le Juif le nom du
' Voir notre livre la Magie au dix-neuvième siècle, chap. vu : Les vapeurs oraculaires, Delphes et autres lieux.
* Arch. israél., 1867, p. 207, n“ V.
LKS JUIFS.
dévot hypocrite*, du sépulcre blanchi, du fourbe ambiticus; non! c’est un litre d’honneur qui ne doit se placer que sur le front du mérite et de la vertu, car le judaïsant moderne est le fils spirituel des Pharisiens du temps de Jésus-, il veut croire ^ la vertu de ses ancêtres, il la proclame avec faste et s’en glorifie.
Aussi M. le rabbin Lazard nous apprend-il que M. Trencl, l’admirateur passionné du chef de la doctrine pharisaïque, repousse avec énergie « l’arrêt inique que les Évangiles ont prononcé contre les Pharisiens. » Ce prince du pharisaïsme occupe à ses yeux la place même que nous donnons ’a Jésus! Oui! que toutes les oreilles l’entendent, Hilicl, — cet homme dont le Juif seul ici-bas sait le nom — « est destiné k grandir dans l’opinion. Sa place est marquée dans le Panthéon des hommes illustres, bienfaiteurs de l’humanité. C’est lui, lui seul, après la Tkora et les prophètes, qui a révélé au monde la loi d’amour et "de fraternité'. »
Vous l’entendez, peuples de ce monde et de ce siècle! c’est lui seul, après les prophètes, qui nous initie à la vie du cœur. C’est lui, cet homme dont il est probable que notre plume vous apprend l’existence , ce n’est nul autre, et surtout ce n’est point le Christ, k qui, loin de Ik, les Juifs, aujourd'hui vainqueurs de la civilisation chrétienne, attachent la honte éternelle d'avoir calomnié les Pharisiens, disciples de ce grand révélateur de la loi d’amour et de fraternité!
Et si tels sont les Pharisiens, il im|iortera sans doute d’arrêter un instant nos yeux sur quelques traits du phari-
' P. 610, Arch. israél.. XIII, 1" juil. 1867. Hillel, l’Ancien, Juif illustre de Babylone, chef du sanhédrin, vécut plus de cent ans avant le Christ. Josephe l’appelle Pollion. II soutint avec zèle les traditions orales des Juifs contre Schammal, son collègue, qui voulait qu’on s’en tint littéralement au texte de l’Kcriture. Cette dispute fut, selon saint Jérome, l’origine des Scribes et des Pharisiens, llillel est peut-être le premier auteur de la partie du Tahnud qui se nomme la Mischna. Quels hommages ne lui doivent point les Pharisiens, disciples de ce ’falmud auquel nous allons consacrer un chapitre! La Thora est la loi écrite.