‹ Le juifChapitre 220 sur 312 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

sa voix, le Juif l'a méprisé. Ce mépris est-il, ainsi que le lui ont dit les peuples, la cause du châtiment qui le poursuit? Voyez-le donc, après avoir été partout, depuis sa chute, le témoin de la vérité des Écritures prophétiques qu’il colporte sans jamais parvenir h les comprendre, être k la fois le missionnaire du mal , le cabalUte de gauche , l’apôtre des traditions primitives de l’occultisme, et l’homme que la fixité, que la paix, que le repos repoussent. Marche! marche donc, homme du progrès sinistre-, avance! — Mais où marcher? — Où tu pourras, âme errante, Juif errant; car le peuple, en te voyant passer, te salue de ce nom. Marche; marche, enfant de la terre, prince de la terre; marche, et sans pouvoir y trouver une patrie : marche toujours, et toujours agité, toujours inquiet, toujours souffleté, conspué, toujours le même, toujours impassible et immuable au milieu de tous les changements!... Si vieux es-tu que toutes les ruines , k côté des siècles que comptent tes rides, semblent d’hier; et cependant ta sève étonne et ta verdeur est une merveille. L’argent que tu adores ne peut tarir dans tes mains; mais tu le possèdes sans jouir; et ni ton pied ni ton avoir ne peuvent se fixer au sol. Marche! marche! car rester en place c’est pour toi porter double le poids du temps qui te pèse et te fatigue, mais sans t’user ' ! Toute nation te reste étrangère; toute nation pourtant te connaît, et tu les connais toutes; mais ton cœur de pierre ne s’attache k aucun homme, et nul ne s'attache k toi! Aucun lieu ne t’est domicile, et la lente sous laquelle ton front s’abrite se promène de pays en pays, déchirée par tous les vents de tempête. Ou te reconnaît partout, et partout, hommes, climats et fléaux , s’ils ne le ménagent l’insulte,

‘ Le temps n'use pas plus le Juif que les quarante années dans le désert n’usèrent , d’après la parole de la Bible , ses vêlements et sa chaussure, lorsqu’il errait sous la conduite de Morse : « Il vous a conduits jusqu’ici dans le désert pendant quarante ans : vos vêtements se sont conservés , et les souliers qui sont à vos pieds ne se sont point usés pendant tout ce temps. » Bible, Deutéronome, t. XXIX, p. 6. — Lire Tbomassy, ut suprà, sur ces miracles de l’Exode.

LES JUIKS.

épargnent ta vie. Un signe semblable à celui qui marquait et préservait Caïn te marquerait'il donc? Enfin, marchant sans cesse, et sans cesse attendant, ne sembles-tu pas poursuivi par cet anathème qui tomba sur toi, mêlé au sang du Christ,

le jour de la grande scène du Calvaire : Tu es maudit,

oui, maudit, mais pour un temps que l’on dirait sur le point de finir, si nous ne nous trompons au.v signes qui se pressent pour réveiller nos yeux assoupis!... Maudit! et les prophètes de ton ancienne loi te crient que nulle bénédiction n’égalera la tienne le jour où il te plaira, comme jadis, d’écouter l’ange du Seigneur-, le jour où, régénéré par le sang du fils de David , tu voudras refaire de ta personne le véritable enfant d’Abraliam!

Quoi qu’il en soit, gardons-nous jusqu’à cette heure de te disputer la supériorité de ton intelligence, et l’étrange supériorité physique qui fait de ta race la race durable par excellence, la race cosmopolite, celle qui, dans la plénitude de la santé et de la vie, sûre de ne point perdre son nom à côté des peuples florissants qui perdent le leur, peut s’asseoir en reine sur tous les points du globe, respirer avec impunité le venin de toute atmosphère, braver toute intempérie, toute mystérieuse et délétère influence, prospérer enfin dans les lieux mêmes où toute autre colonie humaine dépérit, condamnée le plus souvent à disparaître si les flots successifs de l’immigration ne remplacent les flots que le sol y dévore....

Oui, l’bistoire le dit et le veut : le Juif est, par son essence, le peuple le plus indestructible de ce globe, et par conséquent le mieux doué pour les entreprises et les négociations lointaines, pour les missions étrangères, facilitées en lui par sa merveilleuse aptitude à parler les langues de toutes les nations. Au point de vue physique et intellectuel, le Juif, ce cosmopolite insigne, est donc, en attendant qu'il le devienne au point de vue religieux, l’homme le plus universel, c’està-dire le plus catholique qui se puisse concevoir, car tel est le sens de ce mot (x«eoXtxô«j !

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