CHAPITRE ONZIÈME
C’est aux confins de l’Autriche, et du côté de l’Orient, que ce passé reprend figure, que le moyen âge se remet â vivre, et que tons les Juifs de l’Europe, auxiliaires des Juifs de la localité, s'efibreeut pour le moment de diriger nos regards et de tenir en haleine le monde entier. La principauté de Roumanie, c’est-â-dire un vaste démembrement de l’empire du sultan formé des pro\inces moldo-valaques, voilà le point topographique où se débattent ces intérêts nouveaux , ces prétentions audacieuses du judaïsme; et le poids des grandes puissances de l’Europe y est ouvertement poussé par les mains d’Israël dans la balance des affaires publiques. Appuyé sur ces forces diverses , le Juif de la Roumanie dit au Roumain qui vient de l’accueillir sur son sol ; Désormais chez toi je veux être chez moi-, j’y serai ton égal; et chez toi mon culte sera chez lui, respecté de tous, et l’égal du tien * .
Car Israël a donné pour le moment au monde révolutionnaire ce mot d’ordre , si peu compris de tant de chrétiens : Égalité des cultes! Il le fait retentir de sa voix la plus sonore : « C’est l’égalité des cultes qui, seule, permet tous les progrès; » et « la liberté, l’égalité des cultes, sont un des premiers droits de l’homme*. » Le judaïsme, en effet, ne saurait établir sur aucun point de la terre un principe plus favorable k sa cause!
Or, au point de vue légal, Israël , en tenant ce langage sur le sol roumain, se trouve être dans son droit; de même qu’au point de vue de la raison il est dans l’absurde; et, au point de v-ue pratique, dans l’impraticable, dans l’impossible. Mais d’où naît pour le Juif ce droit légal? Le voici : « Les potentats de l’Europe, circonvenus par les Juifs et par les fauteurs de révolutions, auxiliaires constants d’Israël, ont inscrit dans une constitution dont ils dotèrent les Rou-
* Nous avons fait voir comment, pour les Juifs, l’égalité implique la supériorité.
* Archives israélites, XV, p. 683, 1 867 ; — ibid., XVI, p. 721 , 1 866 ; discours de l’Israélite Crémieux devant un bureau de la Cliambre législative de Roumanie.
mains et qu’ils revêtirent du titre siguificatif d’internationale, ce droit a l'égalité dont le Juif use déj'a quelquefois au milieu de nous en s’essayant à le tourner contre le libre exercice du culte que notre nation professe. — {Vide tuprà.) Ou n’eut sans doute point le temps de penser, en improvisant cette constitution, qu’accorder au Juif talmudique de la Roumanie les droits du Roumain, c’était déposséder le Roumain de ses droits naturels et de son avoir. Car il manque h cet indigène, pour lutter à armes égales contre le Juif, une religion semblable à celle du Talmud , c’est-à-dire qui lui permette et lui fasse un mérite de tromper et de spolier I homme dont la croyance est étrangère à la sienne. 11 lui manque encore une intelligence et des ressources acquises qui le rendent l’égal du Juif; il lui manque en outre ce que, seul au monde, possède le Juif, c’est-à-dire non-seulement au milieu , mais autour de ta nation commune , une seconde nation, une nation particulière qui partage sa foi, qui soit de son sang, et qui, lui donnant en tous lieux l’appui d’une puissante et irrésistible famille, fasse de la cause de tout individu la cause d’une nation tout entièrel De là le sentiment de faiblesse et d’infériorité qui décourage, qui désole le Roumain, et l’excite, comme jadis les populations chrétiennes, à se soulever contre des oppresseurs que la loi ne saurait lui permettre d’atteindre, à se porter contre eux à des actes de la plus répréhensible violence
Les phases de cette question redeviennent ainsi celles des grandes luttes du chrétien contre le Juif au moyen âge et depuis. Â mesure qu’elles se déroulent, elles reproduisent ^ donc, en faveur des habitants du dix-neuvième siècle dont les yeux consentiraient à s’ouvrir, une des pages effacées de ces temps aujourd’hui méconnus; elles nous offrent une leçon d'histoire aussi sûre et nécessaire qu’attachante;
‘ Même cause en Servie, mêmes effets. Voir rt/muers israélite, VIII, p. 357-9; 1867. Mais en vain la loi, en vain l’étranger pesèrent-ils de tout leur poids en faveur du Juif; les mœurs, et la nécessité de vivre en restant le maître cliez soi, l’emportèrent en Servie sur toute autre force : Primo vivere, secundo philosophari.