CHAPITRE ONZIÈME
veuillons suivre d’un œil attentif Israël qui la donne et qui nous la fait payer assez cher!
Israël arrive, se repose, s’établit, s’assoit, prospère, pullule dans les provinces danubiennes, et décrète aussitôt que le moment est venu pour lui d’exposer et de soutenir ce qu’il appelle fièrement ses droits. Il les soutient-, il en use, il en abuse, et, pour conséquence, voici que tout ’a coup le sol tremble sous ses pas et refuse de le laisser debout. Israël est, comme jadis au cœur de l’Europe, renversé, conspué, souffleté, chassé! La brutalité des sévices dont on l'accable égale celle que déploient, aux applaudUsemeuts ilu Juif et de $es amis, l’Espagne et l’Italie régénérées, en dépouillant et en chassant, au nom de la liberté de conscience et des cultes, les religieux et les religieuses qui réclament dans leur pays le droit de vivre dans les pratiques de la religion dominante M Il est brûlé, bâtonné, noyé, victime d’odieux complots et de persécutions atroces. Tous les fléaux qui sortent de la malice et de la scélératesse humaine , — si l'hyperbole ne se mêle à son langage, — se déchaînent sur sa tête dévouée-, il s’agite et s’irrite; il se désole et se courrouce-, il crie, pleure, hurle, menace^ gémit, tempête; et, descendant ou remontant la gamme des passions qui s’inspirent de la terreur et de la fureur, sa voix, prompte à varier les tons, assourdit le ciel et la terre!
* Lire le.« Revues juives que nous citons passim, et nos journaux révolutionnaires : le Siècle, etc.
Les persécdtioxs , détails. — Récits et doléances du Juif. — Cris de détresse, appel à l’intervention des Juifs du dehors et des puissances. — Razzias de Juifs, emprisonnements, expulsions brutales. — Scènes désolantes. — Quelques mois de répit, et la fureur des populations se rallume; pillage, violences, synagogues renversées, sévices affreux.
Écoutons, écoutons les impérieuses doléances de ces persécutés, car l’électricité télégraphique les adresse au grand avocat Israélite chargé du soin de donnera tout intérêt
Judaïque le plus haut retentissement que puisse atteindre la parole humaine: « Un homme, et c’est le premier ministre du prince, — il se nomme Bratiano, — se permet d’annuler d’un trait de plume les contrats qui nous sauvegardent-, il déchire ceux même que le gouvernement a passés; il nous chasse de nos locations : fermes , auberges , maisons publiques; et, presque à portée de ses yeux, la police, exemple de contrôle judiciaire, exécute avec sa désolante brutalité des battues de Juifs! Ni l’àge, ni l’état, ni la position, rien n’émeut ces exécuteurs. Ou nous poursuit, on nous charge de fers, on nous jette par masses au del'a du pas de la frontière, hommes, femmes, enfants; et lorsque s’élèvent vers le ciel nos cris de détresse , ce spectacle bienvenu n’est pour la populace qu’un sujet de risée. Les excitations partent d’en haut et se multiplient; le fanatisme s’anime, et nous ne vivons plus que sous la menace d’un massacre général. Frères de l’Occident, protégez-uous! inJereenea; accueillez nos supplications; sauvez, sauvez vos mallieureux frères de la Moldavie. Hâtez-vous de nous arracher à notre malheureux sort ' ! »
A ces doléances, a ces nouvelles désolantes succèdent d’autres nouvelles, mais rien ne change. « Les arrestations, les expulsions, d'abord plus faibles, — et nous transcrivons les termes mêmes des Revues judaïques, — avaient fini par prendre de telles dimensions, que leur nombre atteignait par jour de cent cinquante ’a deux cents! Au début, elles ne s’étaient opérées que par des commissaires de police , sur l’ordre du ministre et sous les auspices du conseil municipal; mais ’a présent, afin de gagyier le peuple, on fait
faire nuit et jour des razzias générales dans la ville par des individus salariés, ainsi qu'en fournit partout la lie du peuple. Arrestations dans les rues, envahissements des maisons et mauvais traitements , tel fut le mot d’ordre de ces bandes, et heureux ceux qui sont arrivés jusqu’aux prisons sans avoir été par trop maltraités Les prisons sont de-
‘ Serelh, 22 mai 4867. Archives israéliles , XII, p. 539; 4867, etc.