CHAPITRE ONZIÈME
il se borne à cdder à la pression de la volonté nationale. — Celle nation roumaine est-elle barbare? — La Roumanie a toujours été le refuge des persécutés; son peuple est, d'après l’aveu même des Juifs, un modèle de tolérance religieuse, de bonté, d'hospitalité. Paroles de MM. Crémieux et Monlefiore. — Si le Roumain n’a pas changé de mœurs en un clin d’œil, et sans motifs, le tort serait donc, comme au moyen âge, dans les exactions et les iniquités du Juif? — Mot de M. de Metternich sur l’Allemagne, applicable peutêtre demain à ce pays. — Ce qui s’y passe est-il pour l’Europe, qui a méconnu les vérités de sa vieille histoire, un avertissement providentiel?
Le prince et son ministre sont donc pour Israël un objet de méfiance, de terreur et d'horreur. Mais de tels sentiments sont-ils légitimes? Car, au milieu de ces elfroyables scènes, comment ne point se demander k qui les tort§, a qui les grands torts, k ceux qui provoquent ou de telles persécutions, ou des accusations si sanglantes?
Écoutons : le cri public éclate, et s’élève contre le Juif : Arrière, arrière, implacable agresseur!... ta présence est maudite-, et si nous la tolérons, adieu pour nous la patrie; car ta race y pullule, la race y afllue, et ta cupidité sans frein nous y dépossède, elle ne nous laisse que misère et que larmes. — Mais k ce cri, qui semble s’échapper des entrailles mêmes du sol, répond le tapage des accusations et des doléances du Juif. Ne serait-ce point Ik, par hasard, la manœuvre du malfaiteur surpris, et dont l’habileté détourne sur autrui, par le bruit et la vivacité de ses clameurs, l’attention du passant? Car d’après le proverbe rappelé contre ces étrangers par le président de la Chambre législative de Roumanie, « ce sont eux qui frappent, et ce sont toujours eux qui crient '. » 11 faudra même nous résigner k croire qu’il en est ainsi si nous acceptons la lettre écrite k l’Israélite sir Montefiore par le ministre des affaires étrangères de la Roumanie : Je suis en mesure de vous affirmer. Monsieur, que les troubles dont les Juifs ont souffert, « bien que frè«regretiables à tous égards, sont loin de présenter la gravité qui leur a été attribuée très-inexactement. La vérité me force
' Paroles reçues avec applaudissements. Archives israélites, VI,
même d’ajouter que, d’après les données de Ceminêie ’a laquelle on procède, ce seraient vos coreligionnaires qui auraient malheureusement occasionné, sinon provoqué, le mouvement dont il s’agit'. »
Telle est la réponse d’un gouvernement libéral et progressif aux affreuses doléances que poussent les Juifs del’Occident, sans savoir eux-mêmes ni quels sont les auteurs du mal sur lequel les Juifs moldo-valaques leur donnent la mission de gémir, ni presque quelle en est la nature. Cette vérité difficile à croire s’échappe de temps en temps de la bouche d’Israël : «C’est un flot d’affirmations contradictoires; ou plutôt, — nous dit-il, — c’est un double courant d’informations opposées qui se lait sentir en Europe. A en croire les Israélites, il y a persécution continue et organisée sur une large échelle; à en croire les Roumains, c’est une pure affaire de vagabondage et de police municipale*.... » Comment donc « concilier toutes ces dépositions, x dont l’une est la ruine de l’autre? El comment, ajouterons-nous, ne pas se taire avant d’avoir su de quel côté est la justice?
Mais tandis que le Juif libéral se montre inhabile à dissimuler le chagrin que lui causent, dans les États qu’on l’accuse de désoler, et la libre parole de la tribune, et la libre parole de la presse’, pour lesquelles il se passionne dans les États chrétiens que travaillent ses doctrines antisociales; tandis, disons-nous, que le Juif libéral se récrie contre les libertés de la presse et conlvc l'intolérance du Roumain, gardons-nous d’omettre la lecture de quelques lignes dont le contenu nous initie au rôle des potentats qui le protègent, et au caractère de ses prétendus agresseurs.
Un de nos plus éminents publicistes écrivait, au mois de mai 1808 : — « On a vu que la Chambre des députés de Bucharest a repoussé, comme sans fondement, le reproche adressé
' Signé : Stefan Goloscu; Univers israélile, VIII. p. 371 ; 18f>8.
- Archives isruélites, XV, p. 682 ; 1867.
* Lire les Archives israclites, p. 78, n° î, 1868; p. 639, n" 15, 1866, etc., elc.
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