‹ Le juifChapitre 230 sur 312 · CHAPITRE ONZIÈME. 4S · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME. 4S

au ministère d’avoir exercé des persécutions contre les Jiiils de la Roumanie. Ceci répond aux allégations des consuls étrangers, qui siègent tons b Bucharest, et ignorent ce qui a pu se passer dans un endroit éloigné. » Nous observerons d’ailleurs « que l’action collective des consuls ressemble trop à un parti pris. La Ctwmbre roumaine a publié hier une adresse au peuple où il est dit que le gouvernement de Bucharest a

bien mérité du prince et de la patrie » Ainsi donc, ces

coupables que les Juifs accusent, /es représentants de la nation les glorilienl!

C’est que « les mœurs et les antécéilents des populations sont pour beaucoup dans ce qui se passe en Moldo-Valacbie. Les puissances européennes ont l’air de se plaindre que les Juifs n’aient pas en Roumanie tous les droits civils et politiques. Mais, en vérité, b qui appartient-il de décider une telle question? Et n’est-ce pas violenter une population que de l’obliger b ratifier une égalité qui lui répugne?.... 11 ne faut pas oublier que, dans l’Orient, les Juifs ne sont pas fondus dans les nationalités qui les ont accueillis. Ils vivent b part, gardant leur caractère national et cosmopolite. Savonsnous quelles relations existent entre les Juifs et les habitants des principautés danubiennes? Étudions donc la question avant de la trancher, et ne fomentons ]>as des troubles par une ingérence qui est toujours vue de mauvais œil '. »

Le gouvernement, si son action n’est point libre et spontanée, ne se trouverait donc coupable que de céder b l’irrésistible pression de cette volonté nationale pour laquelle l’Ëurope progressiste et les amants du sulfrage universel affectent un si tendre et si profond respect. Mais, dans la grande question des torts, cette volonté se trouvait-elle être celle d’une population intolérante et barbare?

Jamais, nous dit un admirable manifeste que publièrent trente et un députés de la Roumanie, jamais ce peuple doux etbienveillant nes’estlivré dans l’intérêt de safoià /anioôjrfre

' Coquille, l’auteur des Légistes, etc., le Monde, 19 mai <868 et <9 juin 1868. Ibid., Correspondance allemande.

persécution religieuse. Loin de là, « depuis les temps les plus reculés la Roumanie a été le rejuge de tous les persécutés , et les Juifs ont également profité de notre hospitalité et de notre tolérance. »

Que si ces lignes, tracées par des plumes roumaines, étaient récusées comme suspectes, l’exactitude de la peinture oiïerte à nos yeux serait confirmée par les Juifs euxmêmes , car ils nous représentent la Roumanie comme un pays « où régnait de tout temps l’esprit de tolérance et la liberté des cultes , qui est une des vertus de ses habitants ' ! »

« Vingt ans se sont écoulés depuis ma première entrée dans la Roumanie, écrit de Jassy l’Israélite J. Byk, et mes relations avec toutes les classes de ses habitants m'ont mis en état d’étudier leur caractère et d’observer leurs penchants bienveillants. Bien des fois j’avais eu l’occasion d’apprécier leur bon naturel et leur obligeance. Pieux, attaché à sa religion, le Roumain respectait toujours les croyances des autres; jamais la haine n’a souillé ses nobles sentiments , et jamais les querelles religieuses n’oîit troublé son caractère paisible. »

Mais, « plus lard, les différentes opinions politiques ont

commencé à agiter les esprits » Et c’est alors que le

Roumain, si débonnaire, se trouve réduit à défendre son existence contre les envahissements du Juif. Les luttes éclatent; elles répandent, en éclatant, leur aigreur habituelle, et cependant l’Israélite Crémieux, qui sollicite l’intervention de Napoléon III, lui fait entendre ces loyales paroles : « Le prince Charles est animé des intentions les plus libérales;... et le peuple roumain ne savait pas, il y a quelques années, ce qu’étaient les haines religieuses*. » Enfin l’un des potentats du judaïsme, sir Moses Montefiore, confirme dans la pétition qu’il adresse au prince des Roumains les éloges que les Juifs ses compatriotes, d’accord avec les représentants de la Roumanie, décernent à la merveilleuse tolérance de ce

‘ Archives israélites, X, p. 462-4; 1868. Ibid., p. 470. Manifeste des Juifs aux puissances européennes.

2 Archives israélites, II, p. 72-3 ; 1 867. — Ibid., XII, p. ü41 ; 1867.

Page 1