CHAPITRE ONZIÈME. 4S
peuple : « Le bruit a couru en Angleterre et ailleurs que mes coreligionnaires de la Roumanie ne jouissent plus de la tranquillité et de la técurité à laquelle ils avaient été accoutumés depuis plusieurs générations, grâce â Dieu et aux sentiments d’équité et d’honneur de cette nation ' . »
Le changement subit dont les Roumains sont accusés semble donc k peine croyable au négociateur israélite; et se serait-il accompli sans motifs? ou bien n’y aurait-il k voir dans les accusations intéressées du Juif roumain que celles dont le Juif du moyen âge poursuivait les populations que les doctrines du christianisme rendaient tolérantes et douces, mais dont ses exactions et sa tyrannique cupidité poussaient k bout la patience et déchaînaient un beau jour les fureurs?
Une grande leçon, mais qui depuis longtemps, depuis que l’histoire, odieusement faussée dans l’enseignement des peuples, cessa de parvenir k leurs oreilles, une grande leçon se répéterait donc k notre profit dans ce coin de l’Europe ; et peut-être avons-nous k voir se réaliser pour ce pays le mot que tout k l’heure M. de Metternich appliquait au sien ; les Juifs « auront un jour redoutable pour l’Allemagne, probablement suivi d’un jour redoutable pour eux*. » Il semble cependant que, sur ce lambeau de l’Europe choisi pour théâtre par la Providence, et comme s’il s’agissait de nous prémunir contre une immense et prochaine révolution où les Juifs se disposent k jouer un grand rôle. Dieu veuille offrir k notre dix-neuvième siècle pour avertissement, au moment où il commence k se passionner contre les doctrines du catholicisme et en faveur des doctrines antisociales du laisser faire, une véridique et irrécusable édition des scènes lamentables dont certains historiens accusèrent nos ancêtres du moyen âge k l’endroit des Juifs; scènes atroces, mais où les détails qui se déroulent aujourd’hui sous nos yeux nous donnent l’intelligence des siècles passés, car ils nous retracent, dans l’histoire toute vivante
‘ Archives israélites, XXI, p. 989; 4867.
* Voir chapitre antérieur.
encore du peuple dont le spectacle provoque et rassasie nos regards, la raison du soulèvement des populations chrétiennes contre les Juifs, leurs perfides et implacables oppresseurs-, contre les Juifs sans cesse refoulés et brisés par les masses qui semblaient devenues leur proie, et sans cesse victimes des subites fureurs d’un public excédé par eux de misères.
Tondictatobialdu juif s’adressant aux souverains. — Les Roumains réduits à ruser contre le Juif, et contre les puissances étrangères réduites à intervenir on faveur du Juif. — De quelle encre les citoyens delà nation juive, dignes émules des citoyens du peuple-roi, écrivent aux potentats. — Exemple insigne et’ patience des princes. — Le Juif, « devant les atrocités » qui se commettent, se lamente « de l’hypocrisie qui régne en haut et en bas. »
Mais afin que la leçon qui nous est donnée soit complète, tenons un instant encore les yeux ouverts, et voyons quel est en ce pays l’aplomb merveilleux du Juif, appuyé sur ses frères du dehors ; voyons quel est au dehors l’ascendant de ceux-ci, leur audace, et de (jucl poids, avec quelle arrogance, tous ensemble font peser leur vouloir sur des potentats réduits par eux, — si l’on se fiait aux apparences, — h violenter la plus formelle volonté d’un peuple.... Deux lettres diront à ce sujet plus et mieux que nos paroles. La première est écrite de Paris, à la date du 28 juillet 1867, par l'honorable Israélite Crémieux, au souverain même de la Roumanie. Elle mesure cinq grandes pages. Les passages que nous jugeons opportun d’en extraire nous apprennent de quelle encre singulière aujourd’hui les simples citoyens de la nation juive, dignes émules des citoyens du peuple-roi, se prennent h écrire aux princes, eux qui mettaient, il n’y a qu’un instant encore, leur orgueil à nous rappeler quel triste plastron, dans leur enfance, faisait de leur personne la qualité de Juif.
« Voila un an que, dans des conversations que je ne puis ' Voir chapitres antérieurs.