‹ Le juifChapitre 233 sur 312 · CHAPITRE ONZIÈME. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME. i

Les événemenls judaïques éclatent, et le télégraphe en Iransmel k peine la nouvelle que « l’infatigable président de \' Alliance universelle israélite » , M. Grémieux , le souverain de la franc -maçonnerie française et l’un des souverains spontanés de la France lors de la phas’e révolutionnaire de 1848, se met en campagne et obtient une audience de l’empereur Napoléon. Ce potentat lui promet de rendre justice aux opprimés. Mais déjk le ministre des affaires étrangères, M. Drouin de Lhuys, a prévenu son souverain; il s’est empressé d’intervenir, et, non content des paroles volantes sorties de la bouche impériale, il écrit le 20 juillet 1866 au citoyen français de la nation juive qui représente Israël : « Mon.sicur, vous avez appelé mon attention sur les actes de violence dont lesJuifs de Bucharest ont été récemment l’objet. J’avais été informé de cet incident par la correspondance de notre agent en Valachie..., et j’ai chargé notre consul d’exprimer de notre part, au gouvernement moldo-valaque , le vœu de ne plus voir de semblables scènes se renouveler à l'avenir, en lui recommandant de réclamer, lorsque , le moment sera opportun, une amélioration à la situation présente des Israélites de ce pays* , »

... Cependant, de nouvelles doléances parviennent au président de {'Alliance universelle israélite, et son activité redouble. « J’ai vu l’Empereur, écrit-il presque aussitôt; il était parfaitement au courant de cette tragédie... Je le trouvai aussi indigné que surpris! Tout en lui disant que ses ministres avaient pris l'initiative auprès de notre consul général a Bucharest, je lui demandai son intervetuion personnelle. A l'instant même, me répondit-il, je vais écrire par le télégraphe au prince Charles; c’était mon projet aujourd’hui même. C’est se mettre au ban des nations que de tolérer une telle persécution dans notre Europe. Je répliquai : « Le prince

‘ « M. A. Crdmieux vient d’être élu souverain grand maître du rite écossais de la franc-maçonnerie. C’est la plus haute dignité do l’ordre maçonnique en France. » Archives Israélites, VÈ p. 187; 1869. jIrcAft’es israéliles, XV, p. 661 ; août 1866.

est animé des intentions les plus libérales; mais celui qu’il faut mettre au ban des nations, c’est le ministre Bratiano, qui se dit pourtant libéral et démocrate. » L’Empereur ajouta ; « Cette oppression ne peut se tolérer ni se comprendre, je vais le témoigner au prince'. — Et moi, Sire.,., je vais, de mon côté, m’adresser il la presse -, je sais que toutes ses sympathies viendront à notre aide’... »

Même langage a retenti dans le parlement britannique, où le ministre des affaires étrangères « s’est exprimé en termes sévères sur les regrettables tendances qui se sont produites en Moldavie contre les Israélites. » C’est une affaire, a-t-il dit, « qui touche les chrétiens plus au vif que les Juifs eux-mêmes ; car, si la souffrance tombe sur les Juifs, c’est le déshonneur qui tonjbe sur les chrétiens’. Le gouvernement anglais, d’accord avec la France et l’Autriche, a fait parvenir de sages et fermes conseils au sujet de cette question... Et, pour comble, on assure que le chancelier de l’empire d’Autriche, M. le baron de Beust, a déclaré qu’il fallait une solution-, que « rhomieur du cabinet autrichien y était engagé ’ ! »

Sur ces entrefaites , le plus habile des gouvernements ‘ germaniques, — s’il est en Germanie d’autre gouvernement que celui de la Prusse, — traitant avec l’un des potentats qui représentent la nationalité judaïque, c’est-a-dire avec M. Crémieux, l’honorable président de V Alliance israélite

‘ Et l’oppression autrement terrible et permanente des Polonais catholiques? Un M. Crémieux quelconque a-t-il prié l’Empereur et le ministère d’écrire au souverain de toutes les Russies qu’il ne pouvait la tolérer ni la comprendre?... Et tant d’autres oppressions de populations catholiques, en Europe seulement I

* Archives israélites, XV, p. 541 ; juin 1 867, etc.

3 Ce sentiment est tout à fait le nôtre si la cause des Juifs est juste, et s’il y a persécution, car nous sommes ennemi do toute violence, et partisan, qui pis est, du droit d’intervention , ce premier et ce plus essentiel des principes de la politique conservatrice des sociétés chrétiennes.

* Archives israélites, X, p. 435-6; 1868. On sait quelle est l’immense et effrayante influence des Juifs dans cette Autriche qui confine à la Roumanie.

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