CHAPITRE DOUZIÈME
pendant, parmi les Juifs, les uns croient au Messie d’une foi franche et vaillante, tandis que d’autres semblent nier ce Désiré des descendants de Jacob, et que d’autres encore altèrent et déforment les traits si vigoureusement accentués de sa ligure traditionnelle-, plus que jamais sachons donc, en nous livrant b la recherche du vrai, observer alternativement le pour et le contre-, et, d’abord, rappelons-nous qu’il ne s’agit plus de s’imaginer que le Juif soit ici, là-bas et ailleurs, ce qu’il était il y a quelques années encore, c’està-dire toujours et jiaitoiit égal et identique à lui-même. Nous nous garderons dès lors de prendre celui qui se trouve à portée de nos oreilles et de nos yeux pour le semblable en croyance du Juif, dont la parole et la vue ne nous sont point familières.
Ce qu’il y a de remarquable, nous dit un habitant de la capitale de la France, le docte et révérend Père Théodore Ratisbonne, Israélite converti, c’est le soin avec lequel les Juifs « fuient toute discussion sérieuse et dogmatique. On écarte surtout la grande question du Messie, la seule qui s’interpose entre les Juifs et les chrétiens. »
Aujourd’hui « les Juifs n’admettent plus ce point fondamental de la religion de leurs pères-, ils rejettent tout ensemble le mystère du péché originel et la promesse du Rédempteur. Ou bien, s’ils invoquent encore le Messie dans
la récitation obligatoire des psaumes, ils n’attachent
aucun sens à leurs paroles^ ils les regardent comme des formules surannées; ils déclarent même qu'on ne doit plus attendre le' Messie , ni demander d’autre affranchissement que celui qu’ils ont obtenu dans leur situation politique. Le Messie est venu pour nous le 28 février 1790 avec les Droits de l’homme. Ainsi s’exprimait l’un des organes les plus autorisés des Juifs modernes, M. Cahen, le traducteur de la Bible ' . »
Ces paroles se resti^eignent sans doute, dans l’intention du
' La Question juive, p. 18, 1863, 31 pages; et M. Cahen, Archives israélites, Vlll, p. 801 ; 1847.
docte Religieux, aux Juifs lettrés et réformistes d’une partie de l’Europe; hommes puissants par leur richesse, par leur influence, et souvent même par une éclatante honorabilité, mais qui ne forment dans la nation qu’un nombre minime.
Un autre chrétien, dont la plume nous représente la Terre sainte élevée îi la jonction de trois continents comme une forteresse dont l’enceinte attend Israël , s’exprime en termes qui méritent d’être rapportés ; « La solution dernière de la question d’Orient, nous dit M. Vercrnysse, ne se ferat-clle point par le rétablissement du peuple israélite dans son pays, la Palestine.?... Le rétablissement des Juifs en Palestine présente deux faces : le côté religieux et le côté politique. »
« Le peuple Israélite , et le peuple arabe ou ismaélite , sont les peuples qui peuvent prétendre à la plus ancienne nationalité du monde; ils ont été providentiellement préservés et conservés;... et, nous pouvons en être certains, les destinées de ces deux nationalités, uniques et mystérieuses, seront encore plus grandes dans l'avenir que duns le passé »
Cependant MM. Isidore Cahcn et Marc Lévy ne citent ces paroles que pour les combattre avec une singulière audace de doctrine réformiste. Écoulons : « Nous nous sommes souvent prononcés sur cette question dans un sens différent. L’histoire ne recommence point, et les Israélites, messagers de l’idée monothéiste, doivent se disperser dans le monde, non SC concentrer dans une forteresse » Il est d’ailleurs une calomnie que répètent à satiété tous les théologiens du christianisme, c’est que « les Juifs n’ont pas voulu reconnaître le Messie dans le fils de Marie, parce qu’ils étaient charnels, et espéraient en un Messie qui leur donnerait tout d’abord la domination absolue du monde; assertion gratuite et contraire à l’histoire. En effet, l’élection d’Israël n’a rien de mondain ; il a toujours compris que son royaume n'est pas de ce monde. Il est le pretnier parmi les nations , comme le prêtre est le premier parmi les croyants; U a pour mission de faire ‘ Archives Israélites, p. 884; 15 octobre 1866.