CHAPITRE DOUZIÈME
reconnaître aux hommes la véritable doctrine -, comment les Israélites auraient-ils pu supposer que Dieu leur soumettrait toutes les nations, eux h qui le prophète Daniel venait d’enseigner que chaque peuple a son ange gardien, comme Israël '? Ils étaient bien loin d’avoir cet esprit exclusif et ■d’une ambitieuse intolérance qu’on veut leur attribuer; il «’y avait, il ne pouvait y avoir r/e» de pareil dans leurs espérances messhniques* . »
En vain, s’écriait du haut de la chaire M. le rabbin Lazard, en vain chercherait-on k rendre k Jérusalem son ancien éclat. « 11 ne s’agit plus pour nous de la repeupler, mais de tourner vers elle nos pensées, » car elle n’est point notre ville matérielle, elle n’est que notre « ville idéale. » Et voilk comment « la prière quotidienne demandant le rétablissement de Jérusalem ne porte aucun préjudice k notre patriotisme national ’. » En un mot, « notre bannière religieuse porte quatre dogmes clairs et lumineux comme le SQ- ■leil : unité absolue et rigoureuse de Dieu; immortalité de l’âme; révélation sinaïque, et enfin venue du Messie. » Mais, par ce dogme de la venue du Messie , il ne faut entendre ■que « la perfectibilité indéfinie de l’humanité */ »
Toute la foi messianique va donc aboutir k cette grotesque «ubtilité, contre laquelle proteste une formule qui, chez tous les peuples, exprime la foi la plus inébranlable et la plus positive k la chose attendue : Je l’attends comme les Juifs attendent le Messie.
' La Bible ne dit-elle pas de cet ange : « Il ne vous pardonnera point lorsque vous pécherez. i> Exode, xxiii, 2t.
* Cet échantillon est un de ceux qui nous montrent ce qu’une plume juive ose faire supporter au papier. Le Talmud , I hisloire des traditions rabbiniques, qui sont le catéchisme des Juifs, l'histoire des faux Messies et des familles messianiques, nous disent ce que nous devons I)enser d’un tel arrêt. Voir Marc Lévy, Archives israéCites, VI, p. 249, t867 ; lire la suite, et voir le contraire plus bas.
* Archives israélites, XVII, p. 810; 4867. Ainsi le Juif cessant d’être Juif de nation, ne le serait plus que de culte ! I ! Et ce culte serait symbolique !... Faites accepter de pareilles énormités à la masse de la nation.
* Archives israélites, IV, p. 164 ; 1868. Auscher, rabbin. — O Israël! Il
Les réformateurs allemands, nous dit l’Israélite Rabbinowicz, voyaient dans « les passages qui parlent du retour des Juifs dans le pays de leurs ancêtres et du rétablissement du royaume de David..-, un obstacle à l'émancipation. » Déterminés à se débarrasser de cet obstacle, ils prirent donc bravement le parti de faire bon marché des espérances messianiques. Telle est la clef du mystère de ce revirement de bord! Mieux avisés, au contraire, et plus généreux, les Juifs anglais « ont compris que ce serait la une réforme qui ferait plus de mal que de bien. » Ils trouvèrent juste de respecter la foi séculaire des Juifs, qui ont droit, à leur sens, « de former les vœux les plus ardents pour une malheureuse patrie, quand même ils seraient décidés h ne retourner jamais, en personne, dans le pays de leurs ancêtres'. »
La foi n’est donc plus uniforme chez tous les fils de la dispersion 5 mais les moins aveugles sont ceux qui se découragent le plus vite lorsqu’il s’agit ducroire à leur Messie; et, dans leur pensée, le crédit de ce personnage va tous les jours baissant de plus en plus; car « il a laissé passer sans se montrer toutes les époques que les rabbins ont trouvées au bout de leurs nombreuses supputations*! » Leur foi sans cesse déçue s’est, à la longue, fatiguée! Les uns, entrant dans le sein de l’Église, se sont humiliés devant le Messie de Belhléhem et du Calvaire, et les autres se sont forgé de toutes pièces un protestantisme tout philosophique, tandis que d’autres encore semblent se reposer et se rafraîchir en se plongeant dans les profondeurs de l’indifférence. Cependant, l’immense majorité de la dispersion reste aveuglément fidèle à ses croyances messianiques et à ses rabbins, qui fort prudemment, et le docte Abrabanel en tête, ont décrété l’anathème contre quiconque aurait la présomption de fixer une date k l’arrivée du Messie : qu’il leur suffise de voir
> La réforme israélite à Londres, <5 novembre 1866; Archives israélites, XXII, p. 984; 1866.
* Seconde lettre d’un rabbin converli (Drach), p. 100; Paris, 1827.