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CHAPITRE DOUZIÈME

apparaître en son temps cet illustre restaurateur d’Israël! Mais si cette immense majorité reste ce qu’elle était, qu’élaitelle donc? Le passage suivant nous l’enseigne en termes fort clairs :

« Les sages et les maîtres de la Synagogue terminent ordinairement, de not jours, par la pensée de ce TniOHPHATEUK FUTUR les discours quHts tiennent dans leurs assemblées : ils excitent leurs coreligionnaires à l’observance fidèle de la loi, en soutenant leur espérance devoir l’avénement du Messie, et de jouir de tous les biens promis à Israël. Or, un de ces biens est le moment désiré du massacre des chrétiens, et de l’extinction complète de la secte des Nazaréens. » Le mot est clair, et ce qu’il dit encore aujourd’hui se disait il y a bien des siècles. Aussi saint Jérôme, qui connaissait à fond les doctrines judaïques, écrivait-il à propos de la petite pierre qui se détache du haut de la montagne pour briser la statue de Nabuchodonosor : « Les Juifs tournent ce passage k leur avantage, et refusent de reconnaître le Christ dans cette pierre. Elle ne désigne pour eux que le peuple d’Israël devenu tout d’uri coup assez fort pour renverser tous les royaumes de la terre et fonder sur leurs ruines son empire éternel ' . »

Plus lard, au quinzième siècle, le docte rabbin Abrabanel* annonce dans ses commentaires le règne du Messie, époque glorieuse où s’accomplira l’extermination des chrétiens et des gentils^-, et Reuchlin nous dit : Ils attendent avec impatience le bruit des armes, les guerres, le ravage des provinces et la ruine des royaumes. Leur espoir est celui d’un triomphe semblable a celui de Moïse sur les Chananéens , et qui serait le prélude d’un glorieux retour k Jérusalem,

1 L’Eglise et la Synagogue, p. 48-49; Paris, 1859.

* Quinzième siècle. Personnage fort estimé des Juifs, et qui fut ministre des finances en Portugal et en Espagne sous Ferdinand le Catholique. 11 fut banni avec le corps de sa nation, et, quoiqu’on puisse dire, ce bannissement des Juifs fut le salut de l’Espagne , dont ils étaient le fléau, comme ils le sont de la Roumanie.

* Sur Jérémie, ch. xxx.

rétablie dans son antique splendeur. Ces idées sont l’àme des commetUaires rabbiniques sur les prophètes. Elles ont été traditionnellement transmises et inculquées dans les esprits de cette nation-, et ainsi se sont préparés de tout temps les Israélites a cet événement, terme suprême des aspirations de la race juive' !

Le Messie des talmudisants, qui n’est point encore un vaincu, n’était donc nullement un mythe; et M. Félicité (Vercruysse) peut et pourra longtemps, sans doute, nous alTirmer que les Israélites ne renoncent point à celte croyance choyée de génération en génération pendant un si long enchaînement de siècles*. Car le Messie est « le pivot de leur foi et de leur espérance; et n’ayant point admis le Christ pour le prophète promis, Us attendent! mais il est à espérer qu’un jour ils reconnaîtront leur erreur-, ou bien il est h craindre qu’un grand nombre ne finissent par admettre l’Antéchrist pour le Messie. C’est ce que Dieu a prévu, et dont il a bien voulu les prévenir*... »

Ainsi donc, et malgré de nombreuses défections, ils attendent pour la plupart, ils se préparent à la réalisation de celte espérance infatigablement soutenue-, et, « toujours ils s’imaginent qu’ils sont les élus, ou le peuple de Dieu; >> ils se figurent qu’a ce titre « ils sont supérieurs à toutes les nations (Gojim); qu’ils en diffèrent physiquement et moralement, et que celles-ci devront être exterminées lors de la venue de leur Messie. » .\ussi le judaïsme n’a-t-il été jusqu’à ce jour, « au point de vue politique, religieux et physique, qu’un espritde caste, qui, par la rigueur et l’inexorable partialité de scs partisans, n’a son égal dans aucune classe

< Buxtorf, Synagogue judaïque , ch.xxxv. Maimonides dans Surenheinsius, Misclina, part, iv, p. 1 64 ; Abrabanel , Prœco salulis. V Eglise et la Synagogue, p. 18-20. — Cette préparation s’opère vigoureusement aujourd'hui même.

^Opuscule intitulé la Régénération du monde, dédié aux douze tribus d' Israël; Paris, 1860, et dont M. Vercruysse fils nous fit le trèsgracieux présent au congrès de Malines de 1861; ouvrage fort intéressant, mais dont nous ne saurions adopter toutes les idées.

3 Ibid., Vercruysse, p. 43. Voir la suite.

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