CHAPITRE DOUZIÈME
Messie talmudique, c’est-a-dire au Messie qui doit exterminer et dépouiller les chrétiens!
Que voulez-vous, se récriera-t-on, les Juifs croupissaient alors dans une si crasse et dégoûtante ignorance! — Mais non, s’il vous plait-, cette excuse répugne aux Juifs; et, du ton le plus ferme, l'organe même de la réforme judaïque prononce ces paroles : Croyez-le bien, « si l’instruction de la jeunesse tient une grande place dans les préoccupations actuelles, si elle est devenue la question capitale, au point que d’une extrémité de l’Europe 'a l’autre il se fait comme une levée de boucliers contre l’ignorance, on peut affirmer qu'elle a été de tout temps en Israël une des questions qui ont le plus occupé les rabbins et les chefs de la nation; et que jamais cette ignorance que l’on veut extirper aujourd’hui n’a existé parmi nous. »
« Exclusivement religieuse jusqu’à cette époque, elle était pour ainsi dire gratuite et obligatoire. L'émancipation, en brisant toutes les barrières, en ouvrant un vaste champ b l’activité des Israélites et en les plaçant sur un pied d’égalité complète avec leurs concitoyens des autres cultes, jeta le désarroi dans toute leur organisation et dans toutes leurs habitudes, en France surtout, où ils durent abandonner leurs idiomes particuliers pour adopter la langue du pays. » Enfin « l’instruction religieuse subit le contre-coup de cet heureux chatigement , qui fut pour elle le signal de la décadence » de même qu’il fut pour les sciences profanes en Israël le signal du progrès!
.Mais celle anecdote que Dracb nous a racontée sans pa-
* ArcAices israélites, XX, p. 945-46; 1867. Singulier éloge de sa religion I appeler heureux le changement qui en entraîne la dé^dencc! — I.e lalmudisme, c’est-à-dire l’orthodoxie pharisaïco-rabbinique , y reçut le plus grave des échecs; car, nous dit l’ancien rabbin liracli : « Dans les écoles théologiques les cours se bornaient uniquement au Talmud; on négligeait le texte de la Bible. Le programme des écoles talmudiques a été depuis actualisé ; mais c’est aux dépens du
Talmud la science talmudique a beaucoup décliné. » Drach, Harm,
entre l’Eglise et la Syrtagogue, t. I, p. 234 ; 1844. L’orthodoxie en est atteinte; et plus elle s’etface, plus le Juif se rend acceptable.
raître en sentir l’importance, et qui semble nous vieillir de plusieurs siècles, nous croyons devoir la rapprocher du récit de M. Crémieux, qui, dans son discours à l’assemblée générale de Y Alliance Israélite universelle, nous peint, b cette même date et avec une égale naïveté, l’état piteux du Juif, si différent de son état triomphal à l’époque actuelle. — Lisons et méditons les récits de ces deux fils d’Israël, où se révèlent avec une si puissante et si comique énergie la marche cl les signes des temps.
K Comme déjà tout est changé pour nous. Messieurs, en si peu de temps! Quand j’élajs enfant..., je ne poaeais pas traverser les rues de ma ville natale sans recueillir quelques injures. Que de luttes j'ai soutenues avec mes poings! Eh bien, peu d’années après, je faisais mes études à Paris; et quand je rentrai à Nîmes, en 1817, je prenais ma place au barreau, et je n’étais Juif pour personne! J’ai vu bientôt les Juifs conquérir des places élevées, et ma jouissance a été grande. Oui, je vous le dis, Messieurs, je suis orgueilleux des Juifs, et il faut qu’on me passe ce sentiment de vanité; car, lorsque j’étais enfant, ils ne comptaient pour rien, et a mesure que l’âge est venu, je les ai vus pleins d’ardeur, pleins de courage, laborieux, bons citoyens, hommes utiles ; je lésai vus conquérir dans toutes les carrières une position élevée; j’ai entendu leurs noms retentir au milieu des plus beaux noms dont le pays s’honore. Courage, mes amis, redoublez d’ardeur; quand ou a si vite et si bien conquis le présent, que l’avenir est BEAU ' 1 »
... La vérité messianique remise en lumière conservera donc aujourd’hui deux sens : d’après le premier, celui de l’Israélite philosophe et progressiste, le Messie ce n’est point un homme, un personnage; c’est l’époque philosophique que nous voyons prendre forme sous nos yeux , renverser les superstitions religieuses, les édifices vermoulus de l’Église et du Talmud, et tout d’un coup marcher, s’avancer à pas de géant, remplir du bruit de ses doctrines réfor- ' Archives israélites, 1, p. 43; 4867.