‹ Le juifChapitre 255 sur 312 · CHAPITRE DOUZIÈME. ' i · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME. ' i

matrices le temps et l’espace , et triomplier à la gloire du Juif qui en est l’apôtre et le héros; tandis que le Messie est un homme, un personnage trî's-positif, au sens du Juif de l’orthodoxie bâtarde, et du Juif de la franche orthodoxie , resté dans les pays reculés de l’Europe, et dans les vastes régions de l’Afrique et de l’Asie, ce qu’étaient au commencement de ce siècle les condisciples de MM. Drach et Crémieux. Pour ces fidèles, qui forment la masse de la nation, l’époque philosophique que nous traversons n’est qu’une des étapes qui préparent le Messie, l’homme sous la loi duquel Israël doit un jour courber le monde*.

Une chose est par là même certaine, quoi qu’il se puisse

' Pout-('lre iiit'mo ne sera-t-il pas inutile d’observer chemin faisant, et on prenant note de la vitalité des traditions messianiques, que les plus grotesques su|jerstitions se mêlent providentiellement à l’attente de la tourbe judaïque et témoignent de rindéfertible et prodigieuse vigueur de la foi populaire. De graves rabbins nous enseignent par exemple que, « d’après les anciennes prophéties, le Messie est venu dans le temps marqué; (ju’il ne vieillit pas, et (ju’il reste caché sous terre, où il attend pour se manifester qu’Israél ait célébré comme il faut le sabbat. Les talmudistes ont abusé de ces paraboles en les interprétant; et ils assurent que ce .Me-^^sie donnera à son peuple, rassemblé dans la terre <le Chanaan, un repas dont le vin sera celui d’.Vdara lui-méme; lequel vin est conservé par les Anges dans de vastes celliers, au centre de la terre..... A ce repas, on servira pour

entrée le fameux poisson Léviathan de deux ou trois cents Ijeues

de long; » le peuple entier s’en rassasiera.

« Dieu avait, au commencement, créé le mâle et la femelle de ce singulier poisson; mais, comme leur postérité aurait pu donner lieu à do grands embarras sur lu terre, Dieu se ravisa fort heureusement, et tua la femelle, qu’il sala pour le repas du Messie. D’autres rabbins ajoutent qu’on tuera pour ce même jour le taureau Behemoth. Il est si monstrueux qu’il mange chaque jour le foin de raille montagnes. La femelle de ce taureau fut tuee par la même raison, mais elle ne fut jwint salée, attendu qu’on préférait le poisson. — Les Juifs les plus Ignorants, — les vrais Juifs, ceux des traditions rabbiniques, — jurent encore dans les affaires importantes sur leur part du Behemoth. » Des Juifs au dix-neuvième siècle, etc., p. iS, par M. Bail, ami des Juifs; Paris, 1816, î' édit.

Ces absurdités, mêlées d’immoralités dont le nombre et la qualité sont incroyables, ainsi que nos chapitres l’ont démontré, furent adoptées à titre de vérités vénérables par l’immense majorité des Juifs orthodoxes. — Lire dans le grave et docte Drach, ancien rabbin, lettre deuxième, p. 300 à 330; id., Harmonie, etc., t. II, p. 489, etc. Voir id., tous les écrits où s’est répandue l’encre des rabbins, par exemple \es Evangiles apocryphes, par G. Brunet, p. 343-374; Paris, 4863, etc., etc.

dire, c’est que la croyance au Messie vengeur est vivace, et prodigieusement enracinée dans les entrailles de la nation d’un bout h l’autre de la terre. Elle est la base de la religion judaïque; elle est la dernière consolation du Juif-, et, dans le cours même de cette année 1866, les documents que nous transmettent des correspondances -étrangères témoignent de sa fermeté singulière. Phénomène vraiment incroyable au milieu de la décomposition providentielle que les croyances judaïques commencent ’a subir depuis quelques années, et de la transformation sensible d’Traël, prélude et présage d’événements futurs.

Fidèles 'a cette tradition, les Juifs se rattachent donc « avec une ardeur et une fermeté extraordinaires h l’espoir de voir bientôt l’arrivée du Messie et pour la plupart « ils s’attendent 'a le voir naître parmi eux, ou plutôt chez certaines familles privilégiées et bien connues. La principale habite le point a peu près le plus central de l’Europe, la petite et affreuse ville de Sada-Gora, dans la Bukowine, véritable repaire juif, et de la pire espèce'. » Le chef actuel de cette famille messianique est pour les orthodoxes l’objet d’un culte religieux et qui touche de près au fétichisme-, car vous ne découvrez dans cet homme que le plus misérable des idiots. Courbé sous le faix d’une vieillesse prématurée, les yeux chassieux et encadrés de rouge , Isrolka, — tel est son nom, — « est le Juifle plus riche de tous les pays slaves-, et quiconque sait ce que les Juifs de la Russie et de la Pologne amassent de richesses dans leurs masures en ruine, saura ce que cela veut dire. »

Grâce à l’espoir de l’arrivée prochaine du Messie chez les Juifs des pays slaves, la famille Isrolka a amassé des millions depuis un siècle. « Les chefs de celte famille sont considérés comme des thaumaturges {baalsche^n) parmi leurs coreligionnaires. Sada-Gora es\ actuellement le rendez-

* D'autres familles messianiques existent à Belz, en Gallicie, à Kozk, en Podlachie, à Kozienica, gouvernement de Sandomir, et dans plusieurs communautés juives de l’empire des czars, etc.

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