CHAPITRE DOUZIEME
c’est-à-dire qu’il reçoit, assisté de son secrétaire intime, quelques pèlerins annoncés longtemps d’avance, se laisse bêtement regarder pendant quel((ues instants, sans prononcer la moindre parole, et accepte le don traditionnel, qui ne peut être intérieur à dix florins (25 francs). Dans l’aprèsmidi, il fait sa promenade en voiture. Naguère encore sa voiture était suivie d’un carrosse rempli de musiciens-, mais cet accompagnement musical n’a plus lieu, probablement par suite d’une défense des autorités oflicielles.
» L’aïeul de Rebiclie Isrolka, il y a jdus de quarante ans de cela, étalait un luxe semblable en Russie, et poussait la témérité de son orgueil jusqu’à entretenir une garde personnelle de vingt Cosaques qui accompagnaient continuellement sa voiture. L’empereur Nicolas, que le basant avait rendu témoin d’une pareille scène, lui interdit catégoriquement cet étalage de luxe oriental, et le lit arrêter, puis jeter dans la prison deKiew, car ce Juif osa braver les ordres du souverain. Ses nombreux partisans et ses richesses lui ayant ouvert les portes de la prison, il vint chercher un refuge à Sada-Gora, dans la Bukowine autrichienne, où l’empereur Nicolas le réclama comme sujet russe. Mais l’argent de la famille Isrolka fut plus fort que l’empereur, et décida douze paysans de la Bukowine à affirmer par serment que le réfugié était né à Sada-Gora.
» Il y a quelques années, Rebiche Isrolka fut accusé d’avoir fabriqué de la fausse monnaie. Des pièces fausses étaient sorties de chez lui et avaient été mises en circulation. Ce fut pour les chrétiens une occasion toute trouvée de jouer un tour à l'arrogant Juif, dont le lu.ve insolent offusquait tout le monde. Rebiche Isrolka fut arrêté sans aucun ménagement, et malgré les récriminations bruyantes des Juifs. Cette arrestation produisit une véritable émeute. Isrolka fut mis en prison, et subit plusieurs interrogatoires. Mais si souvent qu’on l’interrogeât, jamais on ne put tirer une parole de lui. Comme on devait s’y attendre, les partisans et les membres de la famille d’isrolka se réunirent pour
se concerter sur les moyens d’obtenir la mise en liberté du père du Messie. Mais le juge auquel l’aflaire fut conûée était un de ces hommes sur lesquels les séductions n’ont pas de prise ; il ne voulut lâcher à aucun prix un prisonnier contre lequel s’élevaient des accusations aussi graves. Comme ce fonctionnaire ne put être gagné ni par des promesses ni par des menaces, on chercha â le perdre de réputation auprès de ses supérieurs, ce qu’on croyait possible, l’argent aidant. Mais ce plan ne réussit pas.
» Les partisans d’Isrolka eurent alors l’idée de tirer leur chef des griffes du juge en obtenant la promotion de celui-ci h une place plus élevée. Une députation munie de recommandations sonnantes et diplomatiques se rendit â Vienne; le juge fut nommé conseiller à la cour supérieure, et quitta le pays. Son successeur relâcha Isrolka, en l’acquittant faute de preuves.
» La fabrique de fausse monnaie fut découverte plus tard ailleurs. 11 devint donc évident qu’on avait eu grand tort de croire à la culpabilité d’Isrolka et de sa famille, en tant que faux monnayeurs. Ces gens sont non-seulement trop riches, mais encore trop stupides pour commettre un pareil forfait ’. »
Nous croyons devoir donner pour suite â ce récit le trèscurieux extrait d’un rapport que fit le docteur Buchanan, en 1810, à l’Église anglicane^ à propos de cette foi messianique dont 1a persévérance est non moins remarquable chez les Israélites de l’Inde que dans la partie la plus centrale de l’Europe.
« Pendant mon séjour en Orient, j’at partout trouvé des Juifs animés de l'espoir de retourner à Jérusalem et de voir leur Messie. Mais deux choses m’ont surtout frappé, c’est le sou-
‘ Extrait de la Volks- Halle de Leipzig, Monde, 9 janvier 1866; — ibid., en partie. Univers israélite, I, p. 34; 1866, traduit du Fremdemblatt de Vienne, reproduit par l’Israélite de Mayence du 30 mai. — Id., Arch. israél., XIII, p. 591; 1866. Celte révue antimessianiq^ue s’étonne que des journaux sérieux d'Autriche, où se trouve Sadaüora, et de France, répètent ces laits sans réserve.