‹ Le juifChapitre 258 sur 312 · CHAPITRE DOUZIÈME. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME. i

venir qu’ils conservent de la destruction de Jérusalem et l’espérance qu’ils ont de voir un jour cette cité sainte renaître de ses ruines. Sans roi , sans patrie , ils s’entretiennent sans cesse de leur nation ; l’éloignement des temps et des lieux semble n’avoir afTaibli en rien le souvenir de leur infortune. Ils parlent de la Palestine comme d’un pays voisin et d’un accès facile... Ils croient que l’époque de leur délivrance n’est pas très-éloignée , et regardent les révolutions qui agitent [univers comme des présages de liberté. Un signe certain de notre prochain affranchissement, disent-ils, c’est qu’en presque tout pays les persécutions suscitées contre nous se ralentissent'. »

CONCLUSION

De toutes parts aflluent donc les documents dont la multitude nous entraîne à reconnaître ce que reconnaît une assemblée de doctes professeurs de théologie, à la tête desquels se plaçait un saint prêtre d’origine judaïque, M. l’abbé Goschler : « Les talmudistes, disait-il, sont le noyau indestructible de la nation qui subsistera jusqu’à la (in dans son entêtement et dans sa fidélité à conserver les Écritures*. » Et lorsque nous prêtons l’oreille ’a ces inébranlables orthodoxes , nous acquérons de plus en plus la certitude que le Messie « est le pivot de leur foi et de leur espérance * ! »

Les paroles où se formulent les espérances immortelles et la foi de l’immense majorité du peuple juif, doivent donc se répéter à la fin de ces pages, afin que jamais elles ne sortent de notre mémoire, si nous prenons quelque souci de l’avenir :

Eh quoi I pour nous Juifs, n Jérusalem serait un vain mot? mais ce serait là le renversement immédiat de notre culte, de notre tradition, de notre raison d’êtrel Toute la religion

1 Partout donc les révolutions et les catastrophes sont l’espoir Juif orthodoxe. Hist. des Juifs, par Malo, p. 523-526. '

* Goschler, Dict. encycl. de la théologie cathol., t. XII, p. 453.

3 S. de Félicité (Vercruysse), la Régénération, p. 43: Courtrai, 1860.

juive est fondée sur l’idée nationale; il n’est pas une aspiration, pas une pulsation qui ne soit vers L4 patrie. En nous levant, en nous couchant, en nous mettant a table, nous invoquons Dieu pour qu’il hâte notre retour à Jérusalem, sans retard, de nos jours; et ce seraient là de vaines paroles? » El l’on cesserait de croire l’idée du Messie

« réalisable et acceptable!... »

« Heureusement il n’en est pas ainsi! » et nous pouvons, nous devons continuer de dire : « Je crois fermement que le Messie doit venir-, et, quoiqu’il tarde, je l’attends! » Nous l’attendons, et, sans que notre foi défaille, nous répétons de notre voix la plus ferme le grand toast national : « L’année prochaine à Jérusalem! » A Jérusalem ' !

‘ Vide suprà. « Beaucoup de Juifs, quand ils arrivent au terme de leur carrière, tournent leurs regards vers la Judée et viennent, disentils, attendre le Messie. Le Juif est tenace et persévérant... » J. B. Morot, Journal de voij. de Paris à Jérusalem, p. 193 ; 1869.

Dans un article intéressant , mais dont nous ne pouvons partager toutes les idées ni toutes les appréciations, M. l’abbé E. Midland nous signale les échecs que reçoit en Israël le Talmud, traité de vieille guenille, de fatras traditionnel, et contraire d’ailleurs à la loi formelle de Moïse. 11 nous dit cependant les efforts d’une nouvelle école pour le réhabiliter, tandis que « ce qui subit chez la p/uparï des Israélites une altération grave, c’est le surnaturel, l’inspiration biblique et le caractère sacerdotal. » — Le monothéisme, ainsi qu’il l’observe, constitue tellement l’israélitisme, selon quelques-uns, que MM. Strauss et Renan, par exemple, leur « apparaissent comme de véritables Israélites. » Cependant, ajoute-t-il, a côté de ces ruines « une double restauration cherche à s’opérer : la restauration de l'idée messianique, et de la nationalité juive. » Lire l’article intitulé la Crise israélile en 1867, dans le Correspondant, 25 décembre 1867.

DEUXIÈME DIVISION. — LE MESSIE JUDAÏQUE, SUITE, RÉALITÉS ET CONJECTURES.

L’attente d’un Messie, futur dominateur des peuples, est l’attente « du noyau indestructible de la nation. » — Quelques opinions dissidentes chez les réformistes, mais un événement les rallierait aux croyants. Si quelque séducteur se donnait pour le Me.ssie, les Juifs pencheraient-ils de son côté ou du côté des Etats qui les ont faits citoyens? — . Rapports évidents entre le Messie que le Juif attend , et l’homme

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