CHAPITRE DOUZIÈME
que le chrétien désigne sous le nom d’Antéchrist. — Tout se prép.ire pour la grande unité cosmopolite dont cet homme doit être l’exprc-^sion. — Lorsque s’achèvera l’œuvre de déchristianiser le monde, le monde ne pourra-t-il accepter pour maître un fascinateur de race judaïque? — Exemples de dominateurs repoussés, puis unanimement acceptés. — Exemples d’hommes tout à coup sortis du néant pour s'élever au pinacle en temps de tourmente. — Du train de vapeur dont vont les idées et les choses, comment s’étonner que surgisse du sein de Juda celui qui réalisera les idées de souveraineté cosmopolite dont les Juifs sont les apôtres? — Quelque Moïse ne se mettra-t-il nas à la tête de quelque formidable exode? — Les Juifs ne peuvent-ils au moins se faire les seconds, et l’appoint, des forces de quelque conquérant? — Exemples des ressources qu'Israël sait accumuler sur un même point; possibilités, facilités. — Coup d’œil jeté des hauteurs de l’histoire sur l’avenir.
L’allenle du Messie, telle est donc, aujourd’hui même, l’attente d'Israël! Et malgré la singulière et prodigieuse déroute, malgré l’écroulement qui, de ce côté de l Occident, tout a coup, après vingt siècles d'inébranlable résistance, vient de s’opérer dans le sein des croyances talmudiques, une foi vivace en cet immense personnage eu reste le pivot, le point essentiel et indestructible. Mais ce Messie sera-t-il simple mortel? Scra-t-il homme ou homme-Dieu? Telle est, parmi les croyants, la question litigieuse; car chacun aujourd’hui se fait un Messie et l’habille 'a sa guise. Humainement parlant enGn, l’avénement de ce futur dominateur des peuples est-il un fait admissible et que le monde puisse envisager sans se sentir pris d’un accès de fou rire?
La très-grande majorité, le véritable noyau de la race judaïque, continue, avons-nous dit, de voir en lui l'homme sur lequel se concentrent les désirs et l’attente des siècles. Quant h la minorité moins croyante, et aux yeux de laquelle une époque glorieuse ou messianique aurait la signification du Messie , le moindre événement suflirait à réconforter sa foi défaillante ou boiteuse et à la reconstruire sur le modèle de la foi de ses pères. Que par exemple le renom d’un homme extraordinaire vienne h retentir dans le monde, et que les croyants orthodoxes , éblouis ou séduits, s’écrient : Voici l’homme d’Israël, celui qu’Israël attendait-, voici le Messie! eh bien , k ce cri religieux et tout national, la mino-
rilé presque tout entière se rallierait au grand nombre, et cet homme deviendrait pour elle le Messie. Israël pourrait s’y tromper, ainsi que l’histoire témoigne qu’il lui arriva vingt fois de le faire dans le cours des siècles, ce qui ne l’empêcherait nullement de rester prêt à s’y tromper encore.
.Devant celte certitude, voici maintenant la question que nous nous permettons de poser : Chaque Juif, chez tout peuple qui lui donne le droit de cité, est-il ou non membre de deux nations à la fois? Car nul homme ne peut servir deux maîtres. Est-il membre de la nation juive d’abord par le sang, et surtout par le culte, avec lequel cette nationalité se confond; est-il, en outre, par le fait de notre législation, s’il se réclame de la France, membre de la nation française? Et dans ce cas est-il plus Français que Juif ou plus Juif que Français? Que serait-il, que ferait-il, par exemple, si quelque agitateur , si quelque conquérant, levant l'étendard du Messie et le front couronné de l’auréole qu’y jetterait le jour glorieux de la victoire , se donnait pour le désiré d’Israël? Et ce qui se demande à propos du Juif français, nous le demandons h propos de tout autre!
Enfin, s’il est un séducteur à qui les prophéties de l'Église ont donné le nom d’.\ntechrist-, si les chrétiens croient que cet aventurier commencera par les Juifs le cours de ses séductions, parce qu’il est dit qu’lsraël doit voir en lui son Messie, n’cst-ce pas pécher contre le bon sens que de tenir pour insensé le Juif qui se berce de sa prédominance future sur le chrétien?
Ne cherchons dans les mots que les choses, et dès lors, soit que nous nous placions au point de vue purement humain, ou que nous nous fixions des deux pieds sur le terrain des prophéties, qui font partie des trésors de science de l’Église, nous verrons les plus intimes rapports lier l’un à l’autre, ou |>lutôt amener ii se confondre en une seule, la croyance du Juif à son Messie et celledu chrétien à l’homme que son langage a nommé du nom d’Antéchrist.
En effet, si peu que les saintes Écritures ne soient point
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aux yeux du chrétien un radotage absurde et suranné-, si peu que demeure en lui cette croyance indispensable h la civilisation des sociétés humaines : que l’Église ne peut ni mentir ni se tromper-, songeons que l’Antéchrist n’est pas plus que le Messie une fable, un mythe, un symbole; rappelons-nous que son règne, terrible et fécond en révolutions inouïes, en prodiges de tontes sortes, est «ne réalité future, ce qui équivaut h dire un fait nécessairement en voie de formation, en train de nous arriver par les routes que, jour h jour, les événements lui consirniscnt. Mais gardons-nous, en même temps, d'oublier que ' ce personnage est un dominateur tellement semblable à celui que les Juifs attendent, qu’il sera difficile, impossible h ces aveugles de ne s'y point tromper; car il porte en lui la réunion, la synthèse parfaite de toutes les aspirations anticalholiques que dix-hnit siècles de juda'isme attribuent au libérateur futur de Juda.
Songeons en outre, ajoutera le chrétien, que de trèslongs intervalles ne séparent peut-être plus ce personnage de l’époque où notre vie s’écoule. Déjà, s’il nous agréé d’envisager l’avenir, tout semble se préparer pour son installation, nous voulons dire pour son passage. Et sous nos yeux , tfun bout à l'autre de la terre, le monde politique , le monde économique et commercial, conduit ou entraîné par les sociétés du monde occulte dont les Juifs sont les princes, se sont mis h brasser à la fois de toutes parts et avec une infatigable ardeur, la grande unité cosmopolite*. Ainsi se nomme, dans le langage du jour, le système d’où sortirait l’abolition de toutes frontières, de toutes patries, ou, si l’on veut, le remplacement de la patrie particulière de chaque peuple par une grande et universelle patrie qui serait celle de tous les hommes. Or, cette unité, qui réclame une tête, ne prépare-t-elle point, en se formant, le prodigieux avènement d’un unique et suprême dominateur dans lequel les
' Unibcalion des peuples, etc., réalisation partielle du socialisme...
^ « Notre politique sera essentiellement universelle, cosmopob’lr^etc.» (Sic.) Archives israélites, n“ 1 , p. 8, janvier 1 869.
Juifs pourraient voir le Messie en même temps que les chrétiens y reconnaîtraient l’Antéchrist?
Lorsque le christianisme, graduellement, méthodiquement chassé du gouvernement et de l’éducation des peuples, et •dès lors repoussé par la licence croissante des mœurs, par les appétits d’une ambition féroce et d’une cupidité sans frein, se voyant partout proscrit, honni, vilipendé, ne sera plus guère, au milieu des masses qu’il avait civilisées, qu’un objet de mépris et de haine pensons-nous que ce dominateur des peuples, que ce conquérant des intelligences faussées et des cœurs corrompus , que ce fascinateur suprême dont le vœu sera le vœu du genre humain, ne puisse appartenir à la race Judaïque? L’obstacle pourrait-il être, alors, un reste de ces sentiments chrétiens qui seront devenus un odieux préjugé pour les hommes du jour, et dont notre siècle déjà prend à tâche et se fait gloire de dissiper les vestiges?
Que si, dans plusieurs des circonstances que l’imprévu fit surgir avec la toute-puissance des révolutions modernes et la vivacité d’un ressort, nous avons vu , de nos yeux , un homme abandonné comme le doit être d’abord l’Antéchrist, sinon repoussé par le peuple auquel il s’offrait en sauveur, saisi par la force publique, condamné sans qu’une âme s’émeuve, emprisonné, gracié, repris après nouvelle tentative et condamné , puis oublié de nouveau, devenir tout à coup, parce que le souITle politique avait changé, l’homme de la situation, remuer, bouleverser en sa faveur les esprits, plier sous les millions de suffrages dont l’accablaient les indifférents ou les ennemis de la veille, se trouver maître en ■ un clin d’œil des volontés, de la vie et des forces d’un peuple, comment arriverions-nous à nier, indépendamment du langage prophétique des Écritures de l'Église, que, dans des circonstances préparées de longue date par les révolutionnaires du monde entier, un seul homme, un de ces coryphées de révo-
‘ 0 Lors!|ue le Fils de l'homme viendra, pensez-vous qu’il trouve de la foi sur la terre? » Saint Luc, ch. xviii, v. 8.