‹ Le juifChapitre 261 sur 312 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

biles et prodigieuses ressources d’Israël, pour gouverner les foules appelées k jouer sous ses ordres le dernier acte des révolutions et pour s’emparer du rôle suprême?

Mais, s’il ne peut se résigner à n’élre que le second de ce génie ambitieux dont l’étoile ferait luire k ses yeux le triomphe que rêve sa secrète et terrible ambition, ou donc Juda rencontrerait-il ce levier d’Archimède capable de soulever le monde? En quel lieu de la terre sentirait-il se mouvoir sous sa main la population judaïque nécessaire k cet exode triomphal, k celte conquête d’un pouvoir universel, k l’exercice de cette prodigieuse domination que doivent k la fois subir et accepter les peuples conquis ou séduits?

Nous ne saurions le dire, et pourtant nous répliquerions sans le moindre embarras : Ce sera partout-, et de plus, s'il le faut, ce sera dans un lieu déterminé, n’importe lequel 1 de sera partout; car c’en Ui que demeure le Juif, ce peuple dont le flot mobile et cosmopolite se répand, comme par une pente naturelle, dans tous les plis de ce globe. Ou bien ce sera dans un lieu déterminé, si les menées des sectes révolutionnaires, et certaines agglomérations judaïques, ont préparé soit en Europe, soit ailleurs, la surprise de ces événements. Et leur arrivée peut être rapide, car déjk de nos jours, c’està-dire aux débuts de l'ère du progrès des choses matérielles, un instant de vapeur suffit sur terre ou sur mer au transport de multitudes immenses. Déjk même, grâce au caprice apparent du hasard, ou grâce aux calculs du génie, tant un peuple de Juifs se trouve, comme s’il s’agissait de l’exécution d’un dessein mûri de longue date, aggloméré dans un État qui porte un nom redevenu moderne, le nom de Roumanie, ce pays qu’Israël et scs adversaires ont appelé d’une même lèvre la nouvelle Palestine.

Or, ne l’oublions plus : le coin de terre que baigne le Danube près de se noyer dans la mer Noire, et sur lequel tout k l'heure s’arrêtait notre regard, héberge et condense une force que quelques brèves années ont portée de vingtcinq k près de cinq cent mille âmes, chiiïre qui nous parai-

trait énorme si nos yeux ne le voyaient croître et se prêter k un développement anssi rapide que monstrueux-, si, de plus, à quelques heures de celte puissante et croissante population, la Russie, la Pologne, la Hongrie, l’Autriche ne nourrissaient des essaims de ces fils de Jacob dont la fécondité s’alfirme par un soudain et inexplicable réveil Résumons-nous donc, et reprenons-nous k nous le demander : cette nation universelle, aidée de tout ce que notre monde contient et produit de mécontents et de mécréants-, aidée de tout ce qui se dit et, se croit philosophe-, aidée par tous les hommes de philanthropie naïve; par tous les rêveurs vides d’une croyance déterminée, ou dont l’ignorance ne prend pour guide qu’un catholicisme sentimental; aidée par l’association latente de la maçonnerie universelle, dont les principaux directeurs du judaïsme sont l’âme et la vie ; aidée par l’association patente de V Alliance Israélite universelle qui rallie et soude k son corps les éléments désagrégés de tous les cultes-, cette nation, disons-nous, n’cst-elle pas en voie, ne se trouve-t-elle pas k la veille de devenir la première force du monde? Maîtresse de la presse et de l’enseignement; maîtresse de l’or et de l’industrie dans la plupart des royaumes-, maîtresse de la vapeur qui donne des ailes k des nations entières formées en corps d’armée*, et les vomit sur un point de l'espace, sans plus d’efforts qu’il y a peu d’années une diligence jetait d’une ville k la ville voisine quelques familles bourgeoises; en un mot, recrutant toutes les forces vives des peuples, cette nation pourrait-elle éprouver un embarras sérieux k laisser, un beau jour, tomber comme des nues un essaim de population sur un point donné de l’Europe : sur la Palestine, si tel est son but; sur cette terre désolée, plongée dans un deuil ineffable depuis qu’elle est veuve d’Israël, et que nous verrions si prompte-

* L’Allemagne seule en compte t, 230, 000, l’Europe 3,238,000, etc. Géographie et statistique médicale^, ut suprà, t. II, p. 132-135; 1857. Le nouveau Fremdemolalt nous dit, en avril 1869, que la Hongrie, voisine de la Roumanie, compte 500,000 Juifs.

* La Prusse à Sadowa ; premier essai, qui sera bien dépassé,

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