CHAPITRE DOUZIÈME. i
ment restaurée, reprendre ses sourires'et sa joie, si, derechef, elle s’ouvrait au peuple opulent et industrieux qui jadis féconda son sein?
Le jour où il plairait à Israël de mettre a profit, pour opérer ce rapatriement, l'une des grandes crises que la politique révolutionnaire prépare au monde, avec quelle facilité les légions et les millions des Juifs ne se laisseraient-ils point couler vers la Terre sainte! Et que le lecteur, mis sur la voie de se convaincre par sa propre raison, nous permette une hypothèse dans laquelle nous ne ferons entrer pour éléments que les faits rendus possibles [>ar l’état actuel et la marche des esprits et des choses.
Supposons, par exemple, non point une de ces crises où il s’agit fK)ur un ministre tel qu’était feu M. de Cavour, de débuter à la sourdine, et de rallier h sa politique les coureurs d’aventures malsaines des États limitrophes, pour les jeter sur tels et tels territoires de voisins, objet de ses convoitises; sup|K)sons, non point encore une de ces crises |)lus grandes où il s’agit, pour un ministre tel que M. de Bismark, de briser une seule et unique puissance, en soulevant h la fois contre elle ses voisins et ses propres sujets; car ces deux suppositions seraient trop mesquines : mais admettons une de ces crises épouvantables, immenses, une de ces tourmentes européennes dont la fermentation qui commence à travailler tous les peuples donne au monde entier le présage, et qui, tout ’a coup se déchaînant, précipite et fracasse les royaumes les uns contre les autres'. Notre hypothèse est bien posée, bien comprise, nous y sommes! Tout s’agite et se soulève-, un bruit affreux de ruines retentit, car les premiers coups sont portés. Mais pour un instant la mêlée cesse; on s’arrête, on se recueille, la lassitude et l’étourdissement donnent un semblant de calme : calme sinistre pendant lequel les cœurs se préparent à reprendre la partie
‘ Mélange, par exemple, des questions d’Orient et d’Europe, auxquelles s’immiscent l’Amérique et une partie de l’Asie, entraînées par la Russie et l’Angleterre, etc., etc.
jusqu’k ce qu’il en sorte un vainqueur, jusqu’k ce que s’accomplisse l’écrasement ûnal d’une moitié d’un continent....
Un cri part à ce moment et se répète de bouche en bouche : Les Juifs, les Juifs entrent en lice! Voici, voici se mouvoir et apparaître les Juifs, qui tout ’a coup se dégagent du sein des nations étrangères, et se dessinent en corps de nation. Une faveur croissante les accueille, car nous savons que les Juifs, au milieu de ces foules dont les coups sont suspendus, comptent de nombreux, d’intéressés et de chaleureux amis. Ils comptent ceux que les sociétés secrètes ont enrôlés dans toutes les ténèbres et dans les conciliabules des deux mondes-, et nous savons, depuis un siècle, quelle fut dans les grandes guerres l’action terrible de ces sociétés'-, ils comptent tout ce qui maudit avec eux le Christ, tout ce qui rêve avec eux le bouleversement des institutions et des sociétés chrétiennes-, ils ont enfin <i compter, bon gré mal gré, tout ce qui souffre du mal de la convoitise et de l’envie 5 tout ce qui se nourrit de songes malsains et d’utopies démagogiques -, tout ce qui fermente dans le monde des idées fausses et des sentiments vicieuxl — Eux? les Juifs , arriver? c’est un rêve! Où cela donc? — Un rêve? nous allons le voir. Regardez; car le télégraphe a donné ses mots d’ordre, et la vapeur a chauffé. Les uns, l'a-bas, favorisés par des populations ou par des partis, arrivent du pas des avalanches, après s’être condensés dans certaines régions de la terre , où , comme dans la proximité des rives danubiennes, les espérances dont les flatte l’avenir les ont accumulés par centaines de mille. Du nord et de l’est, de l’ouest et du sud, dans les champs de bataille de la guerre et de la politique, voici venir, voici tomber en troupes grossissantes, et comme la sauterelle du désert, des Juifs de toutes langues, les arbitres improvisés du monde!... Ces nouveaux venus, ces inattendus, sont-ils les alliés du Russe, de l’An- , glais,de tout autre? Nous l’ignorons.... Mais tournez les yeux du côté de la mer, et, dans ces nefs que berce la va-
‘ Lire le protestant Eckert, l’albé Gyr, etc.
Digitizr- )y "igU