‹ Le juifChapitre 264 sur 312 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

soldais, et côte kcôte desquels il faudra sans doute compter les flottes et les armées de quelque coalition de puissances.

Grand spectacle, et qui, sous cette forme ou sous toute autre, n’importe laquelle, s’accomplira quelque jour, h la surprise immense de ceux que la nature de leur esprit et la force de leurs études préparent si fortement a ne rien voir. — Les Juifs! les Juifs! criera-t-on presque soudain de toutes parts, dans une des crises grandioses où les peuples jetés, lancés les uns contre les autres, se mêlent ainsi que dos corps broyés. Et les Juifs avancent! Ne viennent-ils pas de mettre a leur tête un des leurs? ou du moins ne viennent-ils pas d’acclamer, et sans lui demander quel est son sang, un conquérant, un homme doué du génie des fourberies politiques, un sinistre fascinateur autoûr duquel se pressent des multitudes fanatisées? Tous ensemble ils se prennent à l’appeler le Messie; écoutons, écoutons! Tous ensemble ils l’appellent frénétiquement le sauveur, la gloire, la paix et la Joie du monde. Porté sur le flot roulant de celte force militante, l’étrange triomphateur apparaît , et ces cris le précèdent : Gloire et bonheur à la terre délivrée! Le voilà donc enfin le vrai Messie; celui qui maudit et chasse ignominieusement le Christ, cet austère et sombre ennemi de l’homme; celui qui écrase l’infâme, celui qui en purge le monde. Il est l'aiiôtre et le prince de la fraternité universelle; sa sainte mission est d’unir les hommes, d’unifier les peuples, et de les combler des biens de la terre. La jouissance de tous les biens et de toutes les voluptés, voilà sa loi suprême, méconnue, outragée jusqu’à ce jour par tous les fourbes et tous les hypocondres qui , sous le signe détestable de la croix , et sous la crosse des évêques, dociles au gouvernement de la tiare, ont lyraniséla terre!

Un instant étonné, le monde s’arrête, hésite; puis, de toutes parts, les peuples en armes, et à demi brisés, s’écrient ; A nous, à nous le Messie des Juifs; qu’il vive et qu’il règne! A nous la paix et la joie dont il comble les hommes, et que toutes les nations de la terre ne soient

qu’une nation sous son sceptre. II est le roi des rois. Heureux et fiers d’être ses lieutenants, que nos souverains de toutes dates s’abaissent sous la force de son bras. Qu’il soit notre monarque, notre père; non, qu’il soit notre Dieu! Peuples, genoux en terre, et croyons à sa parole : que l’humanité, le seul et vrai Dieu de la terre, s’adore elle-même dans ce représentant du plus admirable et du plus divin de tous les hommes!

Mais à quoi bon ce tableau de fantaisie, dans lequel, évitarU toute intervention surnaturelle, et toute impossibilité politique,^, on remarquera le soin que nous avons pris de réunir certains traits que les traditions des peuples attribuent aux jours tourmentés de l’Antéchrist? A quoi bon ces éléments réunis, et auxquels notre plume semble donner par anticipation la forme définitive de l'histoire? Car s’il est indubitable pour l’observateur qui tient h se placer en dehors de toute prophétie que quelque chose de nouveau , d’incroyable, d’immense, se prépare, se brasse dans le monde, s’annonce même en faveur de la nation juive par des indices avant-coureurs, il n’est guère moins certain, lorsqu’il s’agit de révolutions dont la f^ougue longtemps comprimée menace de bouleverser le monde, que l'événement attendu sous un aspect, aime h se présenter sous un autre, et ne fait son entrée sur la scène que par une des portes dont les battants semblaient devoir refuser de s’ouvrir. A quoi bon celte peinture, répéteronsnous donc, si ce n’est k constater que, dans le monde révolutionnaire nouvellement éclos, les événements indiqués, loin de revêtir le moindre ’caractère d’impossibilité, sont possibles de tous points, et le sont de mille manières ' !

* Soigneux que nous fûmes de ne tenir compte, en fait d’éléments historiques , que de réalités palpables , nous ne nous sommes préoccupés que des Juifs, et nous avons omis, dans la construction de notre hypothèse, l’existence^et l’intervention des dix tribus d’Israël. Quelques hommes sérieux*?et savants^prétendent, et nous ne l’ignorons nullement, que le noyau de ces dix tribus, relégué dans l’une des oasis intérieures de l’Afrique, y forme un peuple à part, tout prêt à venir, an beau jour, et par une nouvelle exode, jeter un poids inattendu dans la balance des événements

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