CHAPITRE APPENDICE. SU
Et cette tradition de la Synagogue ancienne se divisait en deux branches : l’une patente, et c'était la tradition talmudique, fut ' couchée par écrit plus tard, forma le Talmud , un Talmud pur et distinct de ceux qui furent postérieurs au Christ, et fixa le sens de la loi écrite. Elle traitait des prescriptions mosaïques; on savait par elle ce qui était permis, obligatoire, illicite; elle constituait en outre le cété matériel et pratique de la tradition.
La seconde branche était sa partie mystérieuse et sublime. Elle formait la tradition cabalistique, ou la Cabale, c'est-à-dire, d’après le sens étymologique de ce mot , l’enseignement reçu par la parole. Cette cabale traitait de la natuFe~de Dieu, de ses attribîïïsT^es esprits et du monde invisible. Elle s’appuyait sur le sens symbolique et mystique de l’Ancien Testament, « qui était également traditionnel » ; c’était, en un mot, la théologie spéculative de la Synagogue. Ce qu’il y a d'eetentiel touchant les mystères de la eainie Trinité et de Y Incarnation n’y était pas omis ; et pluiieurt rabbins se convertirent à la seule lecture de la Cabale '.
.Mais cette science si vaste se hérisse de dilTicultés, grâce à l’obscurité des livres où elle se renferme, et la plupart des rabbins y restent étrangers, parce que les cabalistes n’y veulent initier qu’une élite d’adeptes, gens réfléchis, d’un âge mûr, et qui, réunissent en eux certaines conditions énumérées dans le Talmud. Telle est, nous dit le savant Drach, In Cabale ancienne et véritable. Nous la distinguerons avec soin de la Cabale moderne, fausse, condamnable et condamnée par le Saint-Siège; car cette dernière est l’œuvre des rabbins, qui ont également falsifié la tradition talmudique. Les docteurs do la Synagogue font remonter la Cabale ancienne jusqu’à Moïse, en admettant toutefois que les premiers patriarches du inonde en avaient connu par la révélation les vérités principales *.
Que si, parmi les hauts docteurs de l'Eglise, les uns témoignent à la Cabale le plus grand respect , tandis que d’autres n’expriment
' Dracli, Harm., t. I, p. x-xi; 1844. Aujourd’hui le zèle des ' rabbins n va jusqu’à dévouer à la mort ceux qui admettent la doctrine de la sainte Trinité ». Id., deuxième lettre, p. 27; 1827.
’ Une chose, ajoute Drach, nous a toujours frappé, c’est que dans le Zohar, ce principal code de la cabale, il se rencontre des traditions relatives ' aux sciences physiques , et que ces traditions sont parfaitement d'accord < avec les découvertes des plus profonds génies des temps modernes. Les Pères de l’Kglise, Pline l’Ancien, et de nombreux savants, attestent par leurs écrits l’antiquité de la cabale. Ibid., vol. !•', Harm., p. xv.
à son égard qu’effroi, que réprobation et mépris, la cause de cette singularité ne sera donc plus une énigme; et, nous le répétons, c’est qu'il existe deux cabales, la première vraie et sans mélange , celle que l’aneiênn^ Synagogue enseignait et dont le sens est franchement chrétien; la seconde, au contraire, fausse, pleine de superstitions ridicules, et devenue entre les mains de la Synagogue infidèle un réceptacle des damnables vanités « de la magie, de la thèurgie et de la goitie *. »
Les docteurs de l’ancienne Synagogue enseignent d’une commune voix que le sens caché de l’Écriture fut révélé sur le Sina'i à Mo'ise, et que ce prophète transmit |)ar initiation cette connaissance à Josuc et à ses autres disciples intimes. Cet enseignement mystique descendit ensuite oralement de génération en génération sans qu’il fût permis de le mettre par écrit. Et comme la ligne satanique ne cesse de se poser en parallèle au-dessous de la ligne d’ordre divin, nous savons que les nations idolâtres, c’està-dire celles dont le culte est démoniaque, suivirent la même voie et ne livrèrent qu’à des hommes éprouvés les traditions dont se formait la partie doctrinale de leurs mystères, source légitime des orgies pour ces croyants.
Cependant la captivité de Babylone jeta dans le sein d’Israël une immense perturbation, et la tradition cabalistique orthodoxe vint alors à tomber en oubli. Esdras, au retour des fidèles à Jérusalem , reçut en conséquence l’ordre de Dieu de la consigner par écrit. .Mais les soixantç-dix volumes dont elle se compose ne furent point rendus publics, et le prophète eut l’ordre de ne les point confier à d’autres mains que celles des sages*. Plus tard, lorsque les temps s'accomplirent , la culpabilité des docteurs de la Synagogue consista, non point dans les indiscrètes révélations des dépositaires, mais, loin de là, dans le soin jaloux qu’ils prirent, et que leur reproche le Sauveur, de cacher au peuple la clef de la science , l’exposition traditionnelle des livres saints, aux clartés de laquelle Israël eût reconnu dans sa personne sacrée le Messie
Observons à ce propos le caractère qui distingue essentiellement
' Dracli, llarm., vol.’ll, p. xviii.
’ Ibid., vol. Il, p. XXI.
* Saint Luc., c. xi, v. 52; — ibid., Drach, vol. 11, p. xxi-xxiii. La cabale parallèle est donc la clef de la science magique !