CHAPITRE APPENDICE
de bon aloi. Prêtons cependant une oreille attentive aux paroles que dit et répète avec aplomb le mage Ëliphas Lévi ;
S’il existe « une vérité incontestable » c’est qu’il est « une haute science, une science absolue », donnant « aux hommes qui la prennent pour règle une puissance souveraine qui les rend maîtres de toutes les choses inférieures. » Or, « cette science c’est la magie, dont la cabale est le dogme. » Et peu nous importe, reprend ce cabaliste, perfide ennemi de l’Église, « si cette assertion semble paradoxale à ceux qui n’ont pas encore douté de l'infaillibilité de Voltaire, ce merceilleux ignorant, qui croyait savoir' tant de choses parce qu’il trouvait toujours moyen de rire au J lieu d’apprendre '. »
Omgi.nes célestes; essence, spiritisme cabaliste. — Le langage que nous allons parler est digne de quelque attention, en ce sens qu’il se trouve être à la fois l’expression de la croyance des pharisiens, des rabbins, des Juifs talmudiques ou orthodoxes qui sont leurs disciples, et des magiciens transcendants qui reconnurent pour maîtres les Juifs des siècles antérieurs. Car, nous dit un de leurs princes , « il est certain que les Juifs, dépositaires les plus fidèles des secrets de la cabale, ont été presque toujours, en magie, les grands maîtres du moyen flge’l
Or, la cabale pharisaïque, cette science d’une mysticité tellement effrayante que l’œil des simples docteurs ne . saurait la pénétrer, est, au dire des cabalistes, une science noble, sublime, et qui conduit les hommes à la connaissance des vérités les plus profondes*. Elle est d’autant plus nécessaire, selon les rabbins, que, sans elle, l’Écriture sainte ne pourrait être distinguée des livres profanes dans lesquels se rencontrent des éléments miraculeux, et des préceptes d’une morale aussi pure que la Ici. Elle seule aide à pénétrer dans les vérités qui sont cachées sous l’écorce du sens littéral. Dieu, s’il fallait les croire, fut le premier maître de cette science dans le paradis; car il en instruisit les
' Eliplias Lévi, Hist. de ta magie, p. 3 et 23 ; Paris, 1S60.
* Dogme et rit., idem, t. Il, p. 220, 2* édit.; Paris, 1861. An moyen Âge , l'auteur eût dû ajouter l’époque de la Renaissance, ou du protestantisme, qui fut à la fois, et tout naturellement, une époque de grands magiciens, et de grands hérétiques, ou de grandes révoltes.
’ Rouland, Hist. des Juifs, t. VI, supplément de Josèphe ; Paris, 1710 ; ouvrage très-savant, imprimé en Hollande, et d’où l’on supprima certains passages injurieux à l’Eglise. Nous l’avons déjà cité, et nous en extrayons, sur la cabale, ce qu’il contient d’essentiel ù notre sujet.
Anges immédiatement après la chute du premier homme. Et, comme il était important de révéler à l’homme tous les mystères. Dieu donna mission à l’ange Razicl de lui enseigner les vérités par le moyen de la cabale. Il donna des Anges pour maîtres aux ptriarches; après Adam, Sophiel fut celui de Sem; Raphaël enseigna Isaac, Métatron Moïse, et Michaël le roi David. Ainsi, selon ces docteurs, la cabale est aussi ancienne que le monde et descend originairement du ciel. On eut le loisir de l’étudier dans le désert; mais, alors, personne n’osa se permettre de l’écrire. Siméon Jochaïdes fut le premier qui ne craignit point d’en confier au papier quelques fragments. Ce fut lui qui composa le fameux livre du /ohar, que grossirent depuis cette époque de nombreuses additions, et l’on croit que ce Siméon vivait quelquc»s années avant la ruine de Jérusalem*.
De cette cabale, la première partie s’attache à la connaissance des perfections divines et des Esprits ou intelligences célestes; elle s’appelle le Chariot, ou J/ercaia, parce qu'Ézéchiel, affirme-t-on, en expliqua les principaux mystères dans le chariot miraculeux qui figure en tète de ses révélations. La seconde, c’est-à-dire le Béréschit , ou le commencement, roule sur l’étude du monde sublunaire. Ce nom lui est donné parce qu'il est le premier mot de la Genèse. {Ibid., 315-327.)
Ibid., p. 316-317. — Le mage on cabaliste conlemiKirain, Eliplias Lévi, — pseudonyme bien connu, — donne ti peu près la mèinc antiquité, ta même généalogie à la tradition cabalistique. « Remontons maintenant aux sources de la vraie science, et revenons à la sainte kabbale, ou tradition des enfants de Seth, emportée de Chaldée par Abraham, enseignée au sacerdoce égyptien par Joseph, recueillie et épurée par Moïse, cachée sons des symboles dans la Bible, révélée par saint Jean, et contenue encore tout enlière, sous des figures hiératiques analogues .ï celles de toute l’antiquité, dans l’Apocalypse de cet apôtre. » Eliplias, Hist. de la magie, p. 105; 1860. — Saint Jean est celui des di.sciples du Christ que les adeptes de, roccultisme, rose-croix , Templiers, hauts francs-maçons se sont choisis pour apôlre, mais en l’interprïlSâOleur façon !
« M. Frank... définit la science kabbalistc « une science mystérieuse distincte de la Miscbna, du Talmud, des Livres saints; mystique enfantée par le besoin d'indépendance et de philosophie (c’esl-à-dire science de révolte et de progrès révolutionnaire), et qui se répandit cher les Juifs avant la fin du premier siècle de l’ère chrétienne. » Th. Mangey, préface des Œuvres de Platon ; Hotmeü'j , Annales de philosophie, p. 29i,n» I06; 1868.
Or, elle existait, cette science, avant de se répandre; mais peu nous importe la date de son nom de cabale. Ce qu’elle nous enseigne de la vertu des nombres la relie par un côté à la doctrine de Pythagore, que ce philosophe magicien, ou théurge, fondateur de l’école italique, avait puisée dans l’Orient, source première des vérités religieuses et des révoltes religieuses, ou des superstitions.