CHAPITRE APPENDICE
Les théologiens cabalistes rencontrent et reconnaissent à chaque pas des mystères ; on ne saurait nommer une lettre qui ne renferme le sien, chacune ayant quelque relation aux Séphiroths, c'est-à-dire aux splendeurs de Dieu , aux ouvrages sortis de scs mains. La lettre A, par exemple, représente la doctrine, et indique la lumière inaccessible de la Divinité;... mais elle se trouve composée d’un vau et de deux iod, ce qui nous dit qu’elle renferme en outre de
grands mystères Et combien d'autres encore reposent sur
le bethl (3). L’un alTinne que celle lettre est une femme, et que ses deux lignes parallèles sont deux bras, entre lesquels elle reçoit et embrasse son mari, Thipheret. Les autres soutiennent que cette seconde lettre signifie en outre maûon , et se doit rapportera la sagesse, qui estia seconde splendeur, le second Séphiroth de Dieu, etc.
Nous observerons d’ailleurs que les dix premières lettres de l'alphabet hébraïque répondent aux dix séphiroth, et que les suivantes ont d’autres usages... C’est qu’il est Juste que les créatures aient leur lettre particulière; autrement elles seraient déshonorées. Ainsi le P capital est-il le symbole de Tàmc intellectuelle, tandis que p final indique les esprits animaux ; le tzadi représente la matière des deux , et les quatre éléments ; le koph, les minéraux et les mixtes, etc.; l’R, les fruits, les arbres et tout ce qui végète ; l’S est le symbole des reptiles, et de tout ce qui vit d’une vie sensitive. Enfin le T, le symbole de l’homme, est la dernière de l’alphabet, l’homme étant de tous les ouvrages de Dieu le plus parfait et le plus achevé.
Ce sont les cabalistes pharisaïques , les pères de nos magiciens , qui nous tiennent ce langage. Gardons-nous bien de l’oublier, et laissons-lcs mêler à l’erreur et à la magie la dose de vérité sans laquelle le mensonge ne saurait vi>Te; laissons-les user, dans le but de masquer le cuivre et son vénéneux oxyde, de quelques-uns des moyens dont l’antique Synagogue se servait pour voiler aux yeux indignes l’or pur des vérités transcendantes et célestes...
Le monde, continuent ces docteurs, a été formé sur un plan mystique de l’alphabet hébreu, et riiarmonic des créatures est semblable à celle des lettres dont Dieu s’est servi pour composer le livre de vie. C’est un certain assemblage de lettres qui fait la beauté et l’excellence de l’univers; et, puisque le monde a été comme façonné d’après les dictées de l’alphabet, il existe néces-
sairement certaines choses attachées à chaque lettre, et dont (Aacune se trouve être le symbole et l’emblème. C’est là ce que découvrent aisément les initiés de la cabale , mais il leur faut distinguer les lettres en simples et en doubles. Il en est sept doubles dont nous aurons à voir la signilication. [Ibid., page 335 à 339.)
Disons-le donc , en répétant leur doctrine : Dieu se sert avantageusement des lettres et des combinaisons de son nom pour agir sur les Anges; ces Anges influent sur les douze signes du zodiaque; ceux-ci versent leur influence sur la terre, et président aux diverses générations qui s’y succèdent. Ainsi les lettres ont originairement un admirable pouvoir, non-seulement parce qu’elles aident à découvrir les analogies du monde et certaines harmonies de l’univers, c’est-à-dire des choses terrestres et célestes que les ignorants ne sauraient voir, mais parce qu’elles sont autant de canaux par lesquels l’action de Dieu opère sur les intelligences*.
Que si telle est la vertu des lettres , quelle ne sera point celle de leurs composés ? Aussi les cabalistes magiciens se font-ils fort d’obtenir, par l’arrangement de certains mots dans un certain ordre , des effets miraculeux ; et ces mots donnent-ils naissance à des effets déterminés, selon la sainteté plus ou moins grande de l’idiome qui les produit. C’est pourquoi la langue hébraïque l’emporte infiniment'sur toute autre. Les miracles se proportionnent d’ailleurs à la valeur des mots qui expriment ou le nom de Dieu ou ses perfections et ses émanations. L’usage est donc de préférer, dans ce but, les Séphiroth ou les noms de Dieu. Il y a dix Séphiroth, qui sont: la couronne, la sagesse, l’intelligence, la force ou la sévérité, la miséricorde ou la magnificence, la beauté, la victoire ou l’éternité, la gloire, le fondement et le royaume. [Ib., p. 365.)
Les Séphiroth sont les noms, les attributs de Dieu, ou Dieu luimême dans scs attributs, et les Anges qui représentent ces attributs. — Des dix Séphiroth, sept sont les sept Anges de la présence de Dieu , et trois les splendeurs des trois personnes de la sainte Trinité. Ce sont là les Séphiroth de la cabale divine. Lorsque les mots , et particulièrement les soixante et douze noms de Dieu, sont rangés d’une certaine manière, ils acquièrent une
' Ibid., p. 3'i0-4l. Les lettres, en outre, servent de chiirres, et les nombres qu’elles décrivent ont une puissance extrême. Enlin, les accents ne sont pas inutiles aux lettres, et, de même que toutes les particules de la loi, ils sont armés d’énergie et de (louvoir. Ibid., p. 244-340.