CHAPITRE APPENDICE
force irrésistible'. (Ib., p. 395.) Mais s’il se fait que les mots ne renferment point la signification dans laquelle réside leur puissance d’agir , il importe de les changer, et il existe des règles prescrites pour arriver à ce changement. {Ib., 345.)
Ainsi parlent les cabalistes, et, pour le moment, nous nous contentons de dire que , se prononcer sur ce que contient et ce que ne contient point la cabale pharisaïque, ce serait une tâche ardue. Mais ce dont il n’y a point à s’étonner, c’est que son sein se soit ouvert à des vérités sublimes ; et , puisque nous l’avons donnée pour une contrefaçon de la vraie cabale , nous exprimons par cela même que, tout en la déformant, elle doit en rappeler les traits augustes. Si par exemple la mystique divine renferme dans certains nombres une incompréhensible vertu’, la cabale magique accumule aussitôt d’innombrables folies sur ce dogme, sur cette croyance adultérée dont Pythagore s’empara dans ses pérégrinations, et dont il rappelle dans ses leçons l’insondable antiquité*.
Mais cette cabale, objectera-t-on, revêt des apparences toutes magiques! Eh bien, que nous importe? Ignorons-nous que les plus spécieuses raisons ne sauraient manquer aux cabalistes d’établir l'innocence de la magie. Et quel scrupule doit arrêter l’homme devant la cabale? Elle est sacrée; les saints, nous disent-ils, en usèrent; elle fut leur puissance : ce fut par elle que Moïse, s’élevant au-dessus des magiciens de l’Égypte, se rendit redoutable par ses miracles ; ce fut par elle qu'Ëlie Ct descendre le feu du ciel, que Daniel ferma la gueule des lions, et par elle encore tous
' Dans le livre rabbiniqiie, Toldos Jeschu , ou vie de Jé.vus, terminant les Evangiles apocryphes trailuils et annotés par Gustave Brunet , l’écrivain judaïque nous donne des exeinpics de la force uiiraculeuse du nom de Dieu, p. :<85-6-8; Paris, ih63.
> Travaux de M. l’abbé Martet sur celte parole de l’apêtre saint Jean : Qui habet intellectum computet numerum bestiœ. Apocal cap. xiii,v. 18.
* Exeaiple de celte vertu des nombres : La uianifestalion de ce mystère BOUS découvre l’elticace et les influences du nombre sept, par la verhi duquel St sont faites toutes choses; car, selon ces mages de la Synagogue, sept Sépliirotli versent leurs influences sur tes sept Intelligences des sept planètes, et celles-ci ont un pouvoir immense qui consiste en sept choses sur l’économie de la terre, et sur les événements , etc., etc. Il y a sept portes de r&iiie, 8 savoir ; deux yeux, deux oreilles, une bouche et deux ouvertures au nez; il y eut sept jours employés à la création de ruiiivers; il y a sept sabbats depuis Pèques jusqu’à la PentecOte, et sept fois sept sabitats pour l’année du jubilé. Enfin, le septième millénaire sera le grand sabbat et le temps de repos pour toutes les créatures I II fallait doncqn'il y eût sept lettres doubles auxquelles on pût rapporter ces sept choses. Ibid., Hist. des Juifs, suppl., p. 340, etc., etc.
les prophètes découvrirent les événements que recélait un lointain avenir. En vérité, quoi de plus splendide?
Les talmudistes ont renouvelé cette cabale, qui déjà vers le temps de Jésus-Christ s’était répandue dans la Judée, et dont le mérite est d’autant plus incomparable, au sens de ses adeptes, qu’elle conduit les initiés à la perfection; car elle élève l’âme par degrés à la contemplation de ce qu’il y a de plus parfait dans la nature. (P. 390 et 411.) Et, si nos yeux s'arrêtent sur ce monde inférieur, elle nous le montre peuplé d’une multitude d’esprits de quatre espèces différentes qui résident , « chacun selon sa nature, dans les quatre éléments. Ces esprits sont des deux sexes; ils ont été créés en qualité d’amis et de serviteurs de l’homme, et la cabale pratique apprend les moyens de converser avec eux*. Elle est donc la clef de nos rapports avec le monde invisible, ou le secret du spiritisme antique ; et cette science admirable donne, parmi les cinq ordres de cabalistes, le premier rang à ceux que l’on nomme les contemplatifs, et qui porteraient de nos jours le nom de spirites.
Ardents à la poursuite des vérités célestes, ces sages enl rainent dans la voie que suit leur âme les sens et le corps, délivrés de toute attache aux objets sensibles. Élevés et mis en étroits rapports avec les Anges, ces canaux spirituels par lesquels la Divinité coule et verse en nous ses dons merveilleux, ils savent que, si notre bouche ne s’en approche, l’eau se répand au dehors, et, sans éteindre notre soif, se précipite et se perd dans les abîmes. Nous devons donc, corps et dme (voir note II, p. 540), nous unir aux Anges jusque dans les profondeurs de notre être. Ainsi fera le cabaliste transcendant, ainsi fait le philosophe de la haute magie. Mais ne voyons là que la première des dispositions exigées par la cabale; car nous devons y ajouter la prière, une prière séraphique, dans les embrasements de laquelle, indissolublement unis à Dieu, nous vivons sous le baiser de la Divinité*. Et que le devoir du cabaliste soit de se tourner vers les intelligences angéliques, rien ne semblera plus naturel à l’adepte, puisque, dépositaires des dons de Dieu, ces esprits exercent d’invisibles influences
' Lire Hist. de Satan, p. 127 ; 1861 , livre savant, où malbeureuscoicnt se glissèrent pitisicurs erreurs (par M. l’abbé Leranu.)
• Jbid., 391. Les pbilusophes de l’école d'.Xlexandrie, les Ihéui^es, sont de cette école, etc., etc., où la dévotion égarée, où la piété tendre et bondissant d’écarts en écarts, s’unit à la science et aux pratiques infernales.