CHAPITRE TROISIÈME. i;j
prétend inculquer h tout bénévole auditeur que non-seulement la nation juive suit la loi de Moïse, mais qu’elle a son clergé, comme nous le nôtre : raison pour laquelle quiconque n'est point rabbin est dit laïque, ainsi que d’abord nous allons le voir. Chacun de la sorte contribue de son mieux , et le plus naturellement du monde, à donner le change au public. Suivons donc un instant de l’œil cette manœuvre qui s’exécute avec ensemble sur toute la ligne.
Chez nous, s’écriera par exemple l’un des zélés du judaïsme, « un laïque, un homme tout k fait étranger aux connaissances tbéologiques et'k la vie israélite, a pu se placer impunément devant l’arche du Seigneur et faire entendre
des doctrines hérétiques Et personne n’a protesté! Quel
Balaam , en voyant ce qui se passe chez nous , voudrait encore dire ; Que tes tentes sont belles, ô Jacob! Et ne préférerait-il pas pousser cette sublime exclamation 'a l’aspect des assemblées chrétiennes même les moins orthodoxes ' ! »
Déjà même cette distinction de prêtre et de laïque commence à prévaloir au dehors. Exemple : « Tandis qu’en France l’enseignement religieux israélite est représenté par un laïque au sein du conseil impérial de l’instruction publique, » dans une ville d’Allemagne, à Nackel, le conseil municipal se soulève contre ce même abus et tient ce langage : « L’instruction religieuse israélite est obligatoire ; or l'élu , étant laïque, n’est nullement compétent à représenter les intérêts de la partie israélite de l’école, et il demande de nouveau au gouvernement d’appeler le rabbinat dans le comité d’enseignement *. »
A côté de ces laïques, nous n'avons plus à nous étonner si le rabbin se trouve devenir un ecclésiastique, un prêtre, et si le langage non point orthodoxe , mais intéressé , du judaïsme reproduit et fait reproduire à tout propos cette
^ Univers israélite, journal des principes conservateurs du judaïsme, n® II, octobre 1867, p. 53.
Univers israélite, n“ Vit, mars 4867, p. 295.
phraséologie décevante. C’est ainsi que dans le royaume de Prusse, « une ordonnance royale publiée dans le staatsanzeiger du 16 août, s’exprime en ces termes L’autorisa-
tion est donnée par la présente de nommer des ecdésia»tiques juifs dans les duchés de Schleswig-Holstein... ‘ »
Mais écoutons encore, et ne craignons point de donner à nos citations quelque chose de l’insistance de ceux dont la parole s’attache à nous représenter comme vivant un .sacerdoce qui périt pour ne jamais renaître: — A Paris, reprend YUnivers israélite, « nous nous trouvons en présence d’un fait accompli ; nous espérons que notre nouveau souverain pontife n’oubliera pas qu’il est désormais le guide spirituel du judaïsme français tout entier, et non plus de la seule communauté de Paris, où il a pu tolérer des choses tout à fait inadmissibles chez nos coreligionnaires des départements, qui ne sont guère si avancés et si éclairés que MM. Cerfberr et Franck »
Le même langage sort , à plus forte raison , des bouches olTicielles; et, lors de l’installation du grand rabbin du consistoire central de France, nous entendons M. le colonel Cerfberr , président de ce consistoire , adresser une courte allocution ’a ce « nouveau pontife ». Fidèle k sa regrettable habitude, il se permet « une invasion très-illégitime de sa
part sur le domaine de la théologie L’exhibition de son
catéchisme, de son programme théologique, a quelque chose de singulièrement choquant, et les étrangers au culte judaïque peuvent « croire, que M. le colonel donne une leçon de religion juive au premier pasteur de notre culte, aux professeurs, aux élèves du séminaire, et ’a tout le rabbinat de France! »
Cependant, M. le grand rabbin Isidore, impassible et plein de sérénité devant ces mains qui touchent à l’encensoir, clôt pacifiquement la séance par ces paroles, où il se pose
• Archives Israélites, XIX, 1" octobre 1867, p. 908. Lire id. \’Univers israélite, 11, octobre 1866, p. 76.
* Univers israélite, décembre 1866, p. 147.