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CHAPITRE TROISIÈME

loisir de fonctionner, l’un des membres les plus indépendants du comité de surveillance et d’administration des écoles consistoriales tenait à haute voix ce langage : « J’é- » veille la sollicitude de l’autorité, j’appelle l’attention des » amis de l’ordre et de la justice sur la question de l’orga- » nisation du culte Israélite en France. Mon but est de me » soustraire, avec mes coreligionnaires, au despot'ume ««- » pide de l’administration qui nous régit. »

« J’ai tous les caractères qui constituent la véritable indépendance; je ne sollicite aucune faveur; j’en refuserais si elles m’étaient offertes. Les abus que je vais signaler, les vices que je vais démasquer, les turpitudes dont je me suis imposé l’obligation de présenter le tableau, me rendront sans doute l’objet de l’animadversion des hommes qui les perpétuent pour s’en nourrir... »

Et quelques-uns se récrieront peut-être... « A quoi bon, de grâce! initier le public ’a ces désagréables mystères?... » « Les Israélites n’ont -ils pas assez subi d’humiliations? N'ont-ils pas été assez longtemps en butte aux injustices des nations, aux préjugés des sociétés? Devait-il leur être réservé de voir un de leurs propres frères apporter aussi le tribut de sa critique? »

Mais je n’ai rien â redouter pour l’honneur des Israélites. « Assez de titres les recommandent k la confiance de leurs concitoyens des autres cultes. Ainsi je me garderai d’énoncer que nos rabbins sont éclairés, parce que cela est faux..,; qu’ils sont tolérants, parce que cela est faux...; que les hommes qui président k l’administration de notre culte s’acquittent de leurs fonctions conformément aux lois et selon les règles de la sagesse, de l’ordre et de l’économie... parce que cela est faux; que ceux qui sont chargés de porter aux indigents les produits de la charité remplissent avec impartialité ce pieux ministère, parce que cela est faux; que nos Israélites opulents consacrent leurs soins k la régénération des classes inférieures, parce que cela est faux; que les consistoires, enfin, méritent la reconnaissance de leurs admi-

nistrés et la confiance du gouvernement, parce que ces deux points me paraissent de toute fausseté »

Ce langage a quelque chose de précis et de net; mais, rempli qu’il est d’amertume, ne serait-il point outré? — Réponse : Près de trente ans après cette date, un écrivain appartenant a l’une des plus illustres familles de la race juive en répète au public le mot h mot. Écoutons ; « L’affranchissement moral des Juifs doit provenir plus encore de leurs efforts que du gouvernement. Ce doit être l'a, surtout, l’affaire de la sollicitude des consistoires; malheureusement, ceux-ci ont besoin eux-mêmes du progrès de la lumière! Préposés à la garde du troupeau, ils te laissent... dévorer par la lèpre... Au lieu d’en diriger le mouvement, ils semblent en ignorer la marche! » Enfin, ose dire M. Cerfberr k la date de 1847, et nous ne pouvons que lui laisser la responsabilité de sa parole : « Au lieu d’être composé d’hommes moraux, actifs, éclairés, pieux et probes, ils ne comptent dans leur sein que des Juifs riches, qui se bornent k n’être que riches*. »

D’où ce résultat : que les doléances et les réclamations les plus dures, les plus humiliantes pour les directeurs et les ministres du culte, et les plus désastreuses pour la religion judaïque, sont formulées par les hommes les plus honorables et k la fois les plus libéraux de la nation juive. Que des soins particuliers, s’écrient-ils dans leur sollicitude, soient donc enfin donnés « k l’instruction des rabbins; qu’ils soient tenus de communiquer fréquemment avec les fidèles ; que leurs prédications, exprimées dans les termes de la langue française, la seule qui soit nationale, aient pour objet la recommandation des devoirs sociaux; que l’esprit des décisions doctrinales du grand Sanhédrin domine

‘ Des consistoires israélites, p. 3 à b. Paris , < 820 , par M. Singer, membre du comité de surveillance des écoles consistoriales.

Celte plainte, que formule un des personnages considérables du judaïsme, est répétée en termes frappants de ressemblance par le club démocratique des fidèles. Voir la Vérité, journal des intérêts israélites, p. 4, 17 avril 1848 ; feuille qui se fondit avec une autre.

* Les Juifs, leur histoire, leurs mœurs, par A. Cerfberr de Mcdelsheim. Paris, 1847, p. 58.

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