CHAPITRE TROISIÈME
Cerfberr, président du consistoire central, qui lui a donné droit de déclarer, au nom de la tradition, la supériorité de la doctrine sur les rites , quand il lui serait diflicile de trouver dans le Penlateuque, les prophètes et les Talmuds, un seul mot... qui l'y autorise!... Nous ne lui demanderons pas non plus comment, après avoir déclaré qu’on ne peut touchër aux dogmes, car c’est là « l’arche sainte », il vient, d’un souffle, détruire les dogmes de l’origine divine et de l’immutabilité de la loi!... Mais , malgré toute l’estime que nous professons pour M. Cerfberr... , nous ne pouvons comprendre comment lui, président du consistoire central, oubliant que les doctrines du grand Sanhédrin sont placées par tous let décrets et les ordonnances organiques de notre culte sous la sauvegarde du consistoire, a pu aller leur jeter un défi dans le temple du Seigneur, au milieu d’une nombreuse assemblée ! » « En présence de ces doctrines illégales, étrang/-s, inouïes, subversives du judaïsme,... nous avons un devoir à remplir envers la religion dont nous sommes le ministre, envers nos coreligionnaires dont nous sommes le pasteur... Nous devons déclarer qu’en présence de ces doctrines funestes, qui sont comme une menace pour notre culte dans la bouche du président d’une administration religieuse qui, parvenue successivement à se substituer à toutes les communautés israélites de France, tient entre ses mains tout l’avenir, toutes les destinées du judaïsme français, exerce une influence immense sur l’éducation des rabbitis, leur délivre les diplômes, et les investit de leurs fonctions-, nous devons déclarer, — disons-nous, — qu’en présence de ces doctrines il n’y a pour les Israélites français que cette alternative : » Ou réellement attachés à la croyance de leurs pères , ils ne peuvent négliger aucune voie légale pour détourner le danger qui menace leur culte et la liberté de leur conscience -, ou , partisans des opinions émises par M. le président du consistoire central, ils devront faire au gouvernement cette déclaration : « Le judaïsme que vous avez reconnu , et que vous salariez , n’est pas celui dans lequel
nous voulons vivre désormais ; et, tout en conservant le nom pour le nouveau gystème religieux qui en ce moment s’élabore dans la matrice de notre philoiophie, nous en répudions les pratiques et nous en contestons les dogmes'... »
Telles sont les paroles de M. S. Klein, le grand rabbin de Colmar. Et pourtant, depuis l’an 1862, les grands rabbins de consistoires sont nommés dans nos départements U par le consistoire central, sur une liste de trois rabbins présentés par le consistoire départemental’.» Le nombre de ces grands rabbins est, en France, celui des neuf circonscriptions israélites qui chacune ont un consistoire composé de six membres /dïvues. En outre, le consistoire central, formé d’autant de membres laïques qu’il y a de consistoires départementaux, siège k Paris. L’élection y est le mode de recrutement, et l’on trouve dans leur composition « des hommes qui sont dignes de la plus haute considération’. »
Produit d’élections sans cesse répétées, et, cependant, objet de cruelles et d'incessantes récriminations, comment donc, ces hauts conseils, dont les plumes autorisées du judaïsme nous offrent la peinture, deviennent-ils le triste reflet de la décomposition religieuse où tombe de nos jours la nation juive*? En demanderons-nous la cause exclusive k leur composition laïque, c’est-k-dire au renversement de toutes les notions du simple bon sens dans la composition d’un conseil religieux? Non! Mais ce qu’il y a de certain, c’est que, dans les consistoires, ce fruit précieux du grand Sanhédrin judaïque , les rahbins dont les pages précédentes nous ont révélé la valeur-, lesrabhins, qui ne sont ni prêtres
‘ Courrier du Bas- Rhin, 29 mars 1867 ; n® IX, Univers Israélite, mai 1867, p. 391-92-93.
Avant celle date les communautés choisissaient elles-mêmes leurs pasteurs, ou intervenaient efficacement dans l’élection, Arch. israél., p. 483, l" juin 1867, n"ll.
* « Les membres qui les composent sont renouvelés par moitié tous les deux ans. » Univers israélile, VII, p. 307, etc., mars 1868. Arch. israél., p. 207, etc., I'"' mars 1868.
* Lire 76., Univers israél., XII, p. 637 à 541, etc., août 1866; et une foule d’autres documents.