CHAPITRE TROISIÈME
ni docteurs de la loi selon la loi de Moïse , mais qui se donnent et qui nous sont donnés pour tels par les hommes du judaïsme , se trouvent être dans la dépendance de ceux qui sont et qu’ils appellent des laïques; c’est qu’ils vivent sous la direction de ces laïques qui dirigent leur éducation, qui tignetu leurs diplômes , et qui « les éliminent autant que possible du sein de ces assemblées supérieures. » En d’autres termes, les guides spirituels du Juif français, ses pontifes, ses pasteurs, sont conduits et tenus en bride parleurs ouailles 1 Et, ne l’oublions point, ces ouailles, ces laïques, on nous le déclare, n’ont point, en leur qualité d’étrangers au sacerdoce, un moindre droit que les rabbins eux-mêmes à engager la conscience d’Israël ' !
O confusion des confusions! ô prodige qui doit enfanter tant de prodiges!
En un mot, l’organisation qui sécularise de la manière la plus bizarre la religion judaïque dans le pays le plus éclairé de l’Europe , et qui transforme un gouvernement chrétien en régulateur du culte d’Israël , s’est tout d’un coup formé dans les premiers jours du dix-neuvième siècle au grand bonheur et à l’inexprimable joie d’Israël. Ce phénomène vraiment incroyable, inimaginable, monstrueux, — mais, autre et nouveau sujet de surprise! — ce phénomène que nul d’entre nous ne remarque , est d’une importance si capitale que nous laissons un écrivain de race juive nous le redire, et réunir en une page tous les émerveillements qu’a dû nous causer ce chapitre :
(I Dans l’état de décadence où se trouvait le judaïsme, les Israélites influents eurent recours au gouvernement de Juillet... Grâce aux sympathies dont ils étaient l'objet, ils obtinrent une constitution qui , sous la forme d’une ordonnance royale, était une vraie constitution civile du culte israélite. Ce document, daté du 23 mai 1844, fixa peu l’attention publique. Peu de personnes semblèrent comprendre la por-
‘ VoirDrach, ci-dessu4, elles Arch. üraél.j n® V, p. SOS, etc., 1868. Id. Le P. Ratisbonne, Question juive, p. SO, 4869.
7i LES JUIFS.
tée immense d’une organisation qui plaçait le judaïsme sous l’autoritc directe et immédiate du ministre chrétien chargé du département des cultes en France... Il suffit de jeter un coup d’œil sur les principales dispositions de cette ordonnance royale pour y reconnaître les atteintes profondes qu’elle portait aux traditions et à la hiérarchie de la synagogue. Ainsi on statue que la religion des Israélites français aurait désormais son foyer à Paris. Un consistoire central composé de laïques, et placé, comme le saint synode de Russie, sous les mains du gouvernement, dirige le spirituel et le temporel du culte; il peut être dissous par une ordonnance, et, dans ce cas, les rênes de la Synagogue sont confiées à une administration provisoire formée par le ministre. Au-dessous de ce consistoire suprême sont placés des consistoires départementaux, qui rendent compte de leur gestion aux préfets! » Et la même constitution, sauf quelques changements, étant appliquée par ordonnance du 9 novembre 1845 aux israélites de l’Algérie, il en résulte que dans cette colonie, soumise au régime militaire, « l’administration du culte mosaïque se trouve, de fait, dans les attributions du ministre de la guerrel Ainsi est-ce un général d'armée (chrétienne) qui exerce sur la synagogue algérienne la suprématie que le grand prêtre exerçait 'a Jérusalem ! »
Et ces consistoires qui « éliminent autant que possible les rabbins, s« recrutent parmi les négociants, les avocats, les artistes et les riches quels qu’ils soient, tous très-honorables sans doute, et nous admettons qu’ils soient versés dans l’étude des sciences humaines; mais, en général, ils sont complètement étrangers aux études théologiques et aux offices de la synagogue! »
« Cette organisation, si contraire à l’esprit et à la lettre de l’Ancien Testament, eut pour résultat la sécularisation complètedela religion Juive. Le judaïsme, absorbé dans l'élément politique, se trouve désormais régi comme une simple branche d’administration civile. Mais les Israélites,/asci»é« de plus en plus par la protection officielle dont ils se virent l’objet.